Taxez les riches, dit le FMI

Le FMI constate également que les inégalités de revenus ne cessent de se creuser dans la plupart des pays développés au moment même où diminue la progressivité de leurs régimes fiscaux.
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Le FMI constate également que les inégalités de revenus ne cessent de se creuser dans la plupart des pays développés au moment même où diminue la progressivité de leurs régimes fiscaux.

Les gouvernements au Canada auraient toute la marge de manoeuvre voulue pour augmenter les impôts des plus riches, estime le Fonds monétaire international (FMI).

 

Le taux maximal d’imposition des Canadiens de revenus supérieurs pourrait être relevé de plus de 15 points de pourcentage sans que cela risque trop de les inciter à travailler moins ou à chercher des moyens de se cacher du fisc, estime le FMI dans la dernière édition de son Moniteur des finances publiques dévoilée hier et intitulée Le temps de taxer. Cet écart est généralement élevé dans les pays développés anglo-saxons, la palme revenant aux États-Unis avec un écart de plus de 25 points de pourcentage.

 

« Se demander si on peut faire plus n’est pas la même chose que se demander si on doit faire plus », se défendent tout de suite les auteurs du rapport, précisant bien qu’il revient à chaque pays de déterminer la taille optimale que devraient avoir leurs gouvernements. « Nous nous sommes contentés d’essayer de dresser le portrait le plus fidèle possible de la réalité », a expliqué en conférence de presse l’un d’eux, Michael Keen, directeur adjoint au bureau des affaires fiscales de l’organisation.

 

Sombre portrait

 

Ce portrait permet notamment de constater que les pays ont fait beaucoup de progrès dans l’assainissement de leurs finances publiques depuis la Grande Récession, mais que plus de 60 % de cet effort a pris la forme de réductions de dépenses plutôt que d’augmentation de revenus.

 

Sur le front des revenus, on constate que les solutions retenues par les gouvernements « obéissaient plus à des considérations tactiques qu’à la volonté de mettre en place des systèmes fiscaux plus solides et plus équitables, d’où le risque de voir resurgir des problèmes à plus long terme ».

 

Le FMI ne cache pas qu’il aurait préféré, entre autres, qu’on entende ses appels répétés pour une fiscalité verte remplaçant les centaines de milliards versés en subventions aux carburants fossiles par une taxe sur les gaz à effet de serre. Il pense aussi que la plupart des pays ne se servent pas assez des taxes foncières et des taxes à la consommation et s’étonne que les taxes sur la masse salariale aient augmenté à un moment où l’on cherche désespérément à stimuler l’emploi. Il constate aussi que l’impôt sur le profit des entreprises n’a pas cessé de diminuer et qu’en dépit des leçons qu’on disait avoir tirées de la crise financière, la concurrence fiscale féroce à laquelle se livrent les pays les empêche toujours de se défendre efficacement contre l’évitement fiscal des multinationales et d’instituer une taxe sur les transactions financières.

 

Le « cadre fiscal international est dysfonctionnel. Sa réforme pourrait permettre de dégager de gros volumes de recettes, encore qu’il soit difficile d’en quantifier le montant», note le rapport.

 

Réduire les inégalités

 

Le FMI constate également que les inégalités de revenus ne cessent de se creuser dans la plupart des pays développés au moment même où diminue la progressivité de leurs régimes fiscaux. Une augmentation du taux maximal d’imposition des contribuables les plus riches serait un moyen de renverser cette tendance. Un autre moyen, peut-être plus efficace encore, serait de recourir à d’autres formes de taxes, comme l’impôt foncier et les autres formes d’impôt sur le patrimoine et les successions. Le rapport du FMI rappelle, par exemple, que les 10 % des Canadiens les plus riches détiennent plus de la moitié des avoirs nets du pays contre seulement 5 % de la richesse pour la moitié de la population la plus pauvre.

 

Ces enjeux arrivent à un moment où la plupart des pays développés semblent en bonne voie de réduire leurs déficits budgétaires, mais où la moyenne de leurs dettes publiques se stabilise au « niveau historique » et insoutenable à long terme de 110 % de leur produit intérieur brut (PIB). Fait à noter : la situation commence aussi à être préoccupante, à ce chapitre, dans les économies émergentes, leurs généreux plans de relance durant la crise et le ralentissement de la croissance mondiale par la suite mettant à mal leurs finances publiques.

 

Les gouvernements préfèrent habituellement être en période de reprise économique vigoureuse et de croissance de leurs revenus avant de se lancer dans des réformes fiscales, admet le FMI. Ces changements urgents devraient quand même être possibles, dit-il, si l’on prend le temps de bien en expliquer les raisons et que l’on parvient à convaincre les contribuables que leurs efforts fiscaux supplémentaires seront utilisés à bon escient.

  • François Ricard - Inscrit 10 octobre 2013 06 h 49

    La distribution de la richesse

    L'actuel régime fiscal prévalant dans les pays industrialisés accable l'économie secondaire, facilite le pillage des ressources naturelles et encourage l'économie tertiaire de la finance à créer une richesse qui n'existe que sur papier et produit des crises à répétition.
    Aux USA,au siècle dernier, la période la plus prospère fut les années cinquante sous la gouverne du président Eisenhower. Les plus riches payaient alors 90% de leurs revenus en impôts. Les réglementations économiques concernaient surtout l'économie tertiaire et garantissaient qu'il n'y aurait pas trop de richesses concentrées dans trop peu de mains.
    Le néolibéralisme qui a suivi a renversé la donne. Les riches deviennent plus riches. les pauvres devienent plus pauvres.

    • Mathieu des Ormeaux - Inscrit 10 octobre 2013 11 h 34

      Croyons-nous encore et toujours que nos ministres s'en font pour notre bien-être? Le FMI devra les contraindre avant qu'ils décident de bouger leur petit doigt en faveur de la taxation des grandes fortunes. A la menace souvent avancée: "j'irai m'installer ailleurs, dans un pays plus clément" je réponds "partez". Leurs gros comptes de banque ne profitent à personne ici et ce sont eux, au contraire qui bénéficient de notre bel état de droit social.

      En 200 ans de démocratie, c'est à-peu-près toujours la même classe économique qui a dominé la scène politique - les riches. Nos politiques sont quasiment tous issus de familles bien nanties et rechignent devant la nécessité de taxer ceux et celles qui les ont porté au pouvoir (en finançant, par exemple, leurs campagnes d'élection).

  • Marc Lacroix - Abonné 10 octobre 2013 06 h 52

    Le FMI, noyauté par les communiste ?

    Soyons sérieux, la rhétorique de la droite prétendant qu'on ne peut pas trop taxer les plus riches , car ce sont eux qui font rouler l'économie en créant des entreprises donc, des emplois, est cousue de fil blanc. Avec les années qui passent, nous avons pu constater que de diminuer l'impôt des entreprises et des contribuables gagnant les plus hauts revenus n'avaient qu'un impact négligeable sur l'économie, car l'impôt "économisé" est investi — ailleurs —, dans des pays où la main-d'oeuvre ne coûte rien et où le droit du travail n'existe pas. Diminuer le taux d'imposition ici, n'aboutit qu'à aider les plus riches à l'être encore plus. Les émules du Tea Party auront beau conserver leur discours plus dogmatique que pragmatique, mais nous avons toutes les raisons de penser que le FMI n'est pas une filiale d'un quelconque parti communiste international; ses conseils devraient avoir des échos dans les décisions de nos gouvernements !

    • Jacques Moreau - Inscrit 11 octobre 2013 00 h 46

      Je crois qu'il y a 3 situations, le riche qui est prêt a contribuer plus, celui qui n'est pas prêt mais n'aura pas le choix, et celui qui n'est pas prêt et aura le choix de déménager ouil n'aura pas à payer. Ces 2 derniers feront leur possible pour s'esquiver. En bout de ligne les impôts et taxes devraient être équitables et ... réalistes. Tout comme la colonne des dépenses gouvernementales.

  • François Marquis - Inscrit 10 octobre 2013 07 h 10

    Il faut se relire

    « Cet écart est généralement élevé dans les pays développés anglo-saxons, la palme revenant aux États-Unis avec un écart de plus de 25 points de pourcentage. » Cette phrase a vraiment l'air de sortir de nulle part. De quel écart parlez-vous ?

    David Suzuki a dit que l'économie est un système de valeurs et non une science. Il n'y a pas d'hérésie à changer les règles... Juste des intérêts à contrarier.

  • Jean-Marc Simard - Abonné 10 octobre 2013 07 h 33

    Surprenant F.M.I.

    Je suis agréablement surpris de ce changement de cap suggéré par le FMI. Enfin cet organisme fait preuve de gros bon sens, car l'écart grandissant entre les pauvres et les riches ne peut qu'aboutir à un goulot d'étranglement économique et à une impasse financière, risquant de faire basculer le monde en une nouvelle récession douloureuse, voire une nouvelle guerre pauvre/riche...
    Les États doivent aller chercher l'argent où il est, soit dans les poches des plus riches et dans les banques engrangeuses...
    Le FMI serait-il devenu le nouveau robin des bois international ? Son intervention reste pour le moins surprenante, car je croyais que cet organisme était davantage du côté des riches...

    • Paul Sven - Inscrit 10 octobre 2013 22 h 29

      Vous ne semblez pas avoir très bien saisi (ou vous n'avez pas lu le texte original); le FMI ne propose pas de voler les riches pour redistribuer aux pauvres, mais de voler tout citoyen qui a des économies pour donner aux banques. Ce sont vos économies réalisées en vue de vos vieux jours qui les intéressent, rien de suprenant à cela...

  • Robert Côté - Abonné 10 octobre 2013 07 h 39

    Le courage politique

    Nous savons tous que les riches,les banquiers,les multinationales et même la mafia ont en main tous les outils pour faire mourir un tel projet
    Ceux qui pompent les fonds publiques par de multiples façons n'ont pas intérêt à ce que l'inégalité cesse.
    Les politiciens n'ont aucune forme de courage,et les gouvernemnts des provinces et celui du canada ne seront jamais solidaires pour fermer les paradis fiscaux et taxer les riches...le FMI peut bien jaser!!!