Grève dans la construction - Québec exclut une loi spéciale

Quelque 175 000 travailleurs de la construction sont en grève générale illimitée.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Quelque 175 000 travailleurs de la construction sont en grève générale illimitée.

Syndiqués et patrons sont condamnés à s’entendre : le gouvernement du Québec écarte un recours à une loi spéciale afin de forcer les travailleurs du secteur de la construction à retourner sur les chantiers.


« On n’a pas connu de grève depuis plus de 25 ans, et ce que je souhaite, c’est que ça cesse rapidement, a déclaré la première ministre Pauline Marois, lundi après-midi, en marge de l’annonce d’un corridor de recharge électrique Québec-Vermont. Nous sommes très, très attentifs », a-t-elle toutefois ajouté.

 

Sincérité mise en doute


La grève des travailleurs devra se régler par la négociation, a répété tout au long de la journée la ministre du Travail, Agnès Maltais. « Il n’y a pas de loi spéciale. Il n’y en a pas en préparation. Il n’y en a pas dans ma vision », a déclaré l’élue en marge d’une annonce dans le quartier Limoilou, à Québec. « Ce n’est pas le gouvernement qui décide des conditions de travail dans l’entreprise privée », a-t-elle ajouté, avant de se tourner une nouvelle fois vers les parties patronale et syndicale. « N’attendez pas que le gouvernement règle le problème. C’est votre responsabilité personnelle d’aller chercher un compromis », a-t-elle lancé aux deux camps.


Pourtant, aux tables de négociations « ç’a été le calme plat » au cours de la première journée de grève, a indiqué le porte-parole de l’Alliance syndicale de la construction, Yves Ouellet. « On n’a pas eu de téléphone. »


Depuis minuit, lundi, les 175 000 travailleurs de la construction sont en grève pour une période indéterminée. Tous les chantiers du Québec - ou presque - étaient paralysés. Les méga-chantiers de La Romaine, du CHUM, du CUSM, avaient notamment troqué les bruits des marteaux et le vrombissement des moteurs des de véhicules lourds pour les slogans « grève générale illimitée, so, so, so, solidarité ! » des grévistes.


La partie patronale doute de la sincérité des cinq syndicats représentés par l’Alliance syndicale - c’est-à-dire le Conseil provincial des métiers de la construction (International) (CPQMC-I), la FTQ-Construction, la CSD-Construction, le Syndicat québécois de la construction, ainsi que la CSN-Construction -, a souligné la négociatrice de l’Association de la construction du Québec (ACQ), Lyne Marcoux. « Je pense qu’on peut en arriver encore à un règlement, sauf qu’il faudrait que les syndicats soient sincères, à l’heure actuelle, et nous démontrent que ce n’est pas autre chose qui est en dessous de cette grève-là », a-t-elle affirmé.


L’offre patronale marquerait « cinq reculs » si elle était mise en oeuvre, selon M. Ouellet.


L’Alliance syndicale de la construction réclame des hausses des clauses pécuniaires à hauteur de 3 %, puis 2,75 % annuellement pour les trois années suivantes, tandis que l’ACQ offre, au minimun, de suivre l’évolution de l’inflation. « Au minimum, la demande du porte-parole syndical de maintenir le pouvoir d’achat des travailleurs serait satisfaite », a assuré l’association patronale. Pas suffisant. « Tout ce qu’on leur demande, c’est qu’ils ne jouent pas sur le pouvoir d’achat des travailleurs », a fait valoir M. Ouellet, malgré les assurances de la partie patronale.


Labeaume en faveur d’une loi spéciale


Le maire de Québec, Régis Labeaume, « n’hésiterait pas », lui, à soumettre à l’Assemblée nationale un projet de loi spéciale pour relancer les chantiers au Québec. Les travailleurs de la construction « ne passeraient pas la semaine » avec lui aux commandes, a-t-il souligné. Quelque 200 000 $ sont nécessaires chaque jour pour maintenir le chantier de l’amphithéâtre de Québec, malgré l’arrêt des travaux. « Ça, c’est à part les retards, les réclamations. Tout ça. Juste avoir le chantier tel quel, ça nous coûte 200 000 $ par jour. »


La Fédération des chambres de commerce du Québec juge à première vue les demandes syndicales « démesurées », mais s’est gardée de demander l’adoption d’une loi spéciale.


Le secteur de la construction représente 7 % du PIB du Québec, soit 22 milliards de dollars.


 

Avec Jessica Nadeau

Avec La Presse canadienne

11 commentaires
  • Claude Dufresne - Inscrit 18 juin 2013 06 h 28

    L'issue dépend des jeunes travailleurs !

    « Tout ça. Juste avoir le chantier tel quel, ça nous coûte 200 000 $ par jour. »
    (Régis Labeaume)

    À chacun ses responsabilités. Celui d'un maire est de gérer une ville (ou un village), celui d'une alliance syndicale, de protéger les conditions de vie de ses travailleurs. En ce moment, l'alliance se bat uniquement pour maintenir ces conditions, ce qui démontre bien qu'ils sont obligés de faire cette grève s'ils veulent respecter leurs rôles. Tous ceux qui défendent le patronat sont les ennemis du travailleur et de la vie, la vraie, celle qui ne se passe pas derrière des titres semi-virtuels, semi-doctorarisés et celle à qui, réellement, l'on doit tout.

    Ils n'ont qu'à endurer cette grève dont ils ont la capacité d'endurer et leurs intégrités sera sauvé pour quelques décennies encore, jusqu'à ce qu'une prochaine force cupide (et peut-être même illégale à ce moment-là) attaque à nouveau ceux à qui nous devons tout : les prolétaires.

    Mais ce n'est pas gagné. L'issue de cette grève dépend, selon moi, des jeunes travailleurs qui sont endettés et qui ont des engagements à respecter. Ils sont nombreux... et l'avenir leur appartient !

    • André Michaud - Inscrit 18 juin 2013 10 h 24

      Réalisez-vous que ce sont les consommateurs et les payeurs de taxes qui vont payer les augmentations de gens gagnant déjà en moyenne 34$ de l'heure ? Les riches s'en foutent eux qui peuvent payer plus cher..ce sera encore la classe moyenne qui en paiera le prix!

      Déjà le coût des maisons étaient de moins en moins abordables, et ce deviendra encore moins acessible pour les non riches...même chose pour les édifices publiques qui coûteront plus chers aux citoyens..donc augmentations de taxes et impôts..

      Les prolétaires à 34$ de L'heure gagnent plus que bien des professionnels, et même certains entrepreneurs...on est loin de parler de démunis. Eux peuvent se payer des maisons à 200,000$, mais a t'on pensé à ceux qui gagnent moins de 20$ de L'heure?

      Je ne défend pas ici les entrepreneurs mais les citoyens de la classe moyenne et pauvre..car soyez assuré que ce sont eux qui en pairont le prix.

    • Richard Laroche - Inscrit 18 juin 2013 12 h 53

      Je suis très rarement d'accord avec M. Michaud. Fallait quand même que je laisse un commentaire pour le dire!

      Bémol: faut voir la situation. Y'a deux relations à distinguer.

      D'une part, la relation entre les contribuables et la construction. Comme l'explique M. Michaud, chaque "gain" dans l'industrie de la construction est un "coût" pour l'ensemble des contribuables.

      Ensuite, il faut examiner comment sont répartis ces gains dans la construction entre les "entrepreneurs" et les "syndiqués". Il faut identifier le maillon gourmand. Si on observe que les patrons empochent des augmentations de profits exagérés pendant que les travailleurs stagnent, on a notre coupable. À l'inverse, si les patrons en moyenne vivent de salaires de crève-faim en faisant très peu de profits nets pour soutenir les emplois et les conditions de travailleurs gras-dur, ça penche de l'autre bord.

      Le problème, c'est que ces négociations se déroulent à huis clos entre deux oligopoles qui tiennent la population en otage. Le mieux à faire pour un ou l'autre des camps (celui qui est le maillon le moins gourmand) serait de créer une "fuite" d'information au public, qui démontre clairement qui est le vrai gourmand et qui s'en met le plus dans ses poches, pour créer un scandale et forcer le gouvernement à intervenir.

  • Charles F. Labrecque - Inscrit 18 juin 2013 07 h 17

    Irresponsable

    Serait-ce une déclaration irresponsable de la part de la ministre du gouvernement de dire aux parties en négociations que de leur dire faire croire qu'ils devront se déchirer entre-eux puisque le gouvernement ne sera qu'un observateur. En réalité cette grève lui sera bien plus dommageable que le sera pour les entrepreneurs puisqu'ils pourront se retaper dans l'avenir. Cependant le gouvernement grand perdant perdra à jamais les impôts non versés en plus à avoir à payer les surplus réclamés par les entrepreneurs pour payer les surplus demandés par les ouvriers selon leurs nouvelles conventions. Si la grève persiste alors encore une fois la mémé-la première devra encore reculer. C'est à voir.

    • Hélène Thompson - Inscrit 18 juin 2013 09 h 58

      Quel amalgame simpliste que vous faites ici m. Labrecque... On dirait entendre duhaime à radio X. Si je suis votre logique, le gouvernement devrait mettre son nez dans toutes les négociations privées du Québec?!? De surcrois voir à ce que ces négociations soient en défaveurs des employés pour pas que ça coûte plus chère? On est dans un pays libre où on a droit de négocier nos conditions de travail, on est pas en Chine. N'importe quel ministre sans dessin peut voter une loi spéciale et forcer les employés à travailler par la violence ou la strangulation financière. Le défi c'est justement de ne pas tomber dans cette décision facile et irresonsable qui finirait avec 200 000 travailleurs enrager a qui on vient de dire "vous, vous n'êtes pas des citoyens, vos droits, on s'en fiche, travaillez et prennez ce qu'on vous donne". Dans la réalité, la vrai, ces employés vont faire des jobs à contre coeur et ralentir le rythme pour les 6 prochains mois au minimum. Quand on est pas respecté, on a pas le coeur à l'ouvrage.

    • Daniel Bérubé - Abonné 18 juin 2013 10 h 44

      D'accord avec l'opinion de Mme. Thompson: ramener au travail de force reste souvent négatif. Comment avons-nous vu de bris de toutes sortes faient par des employésES forcé de retouner au travail ? Les coûts étaient souvent plus grands que prévus... car ces employés connaissent les choses les plus sujettes à nuire aux entrepreneurs, aux gouvernements, et que même s'ils reviennent plus vite au travail, le peuple demeure perdant...

      L'humain, motivé par des agirs qu'il considère valables, est capable d'en faire pas mal quand il existe un climat de motivation et de "t'ai pas game!" entre personnes. Rien n'est parfait en ce monde, employeurs comme employés...

  • Alexie Doucet - Inscrit 18 juin 2013 09 h 09

    Patronat en mauvaise posture

    J'imagine difficilement comment la partie patronale et les autorités gouvernementales et para-gouvernementales peuvent imposer leur volonté dans ces pourparlers et selon quels arguments, quand on sait ce qui se passe dans l'industrie de façon générale et généralisée. C'est sûrement pas par manque de moyens financiers.
    Allez les dirigeants, on se vide les poches et on déchire les enveloppes brunes...

  • André Lefebvre - Inscrit 18 juin 2013 10 h 26

    Statu quo.

    Patrons, soyez conséquents avec vous-mêmes! Si les sindiqués vous proposent le statu quo avec indexation au coût de la vie annuellement, acceptez et cessez de vouloir faire peur avec la situation économique. Ce ne sont pas les "travailleurs" qui sont responsable de cette situation; ce sont vous-mêmes.

    Quant au gouvernement, si vous mettiez vos culottes, aucune augmentation de quoi que ce soit, pour qui que ce soit, ne serait acceptable avant que soit payée cette "maudite" dette que vous dites tellement importante. Quand j'ai des dettes à payer, je n'augmente pas mes dépenses.

    De plus, la loi sur l'impôt demande que ceux qui profitent le plus de l'économie actuelle soient ceux qui "contribuent" le plus au coût sociaux. Ce serait une meilleurs application du "dogme" de "chacun doit faire sa part" que celle qui prévaut actuellment dans notre société.

    On ne doit pas aller chercher l'argent là où il y en a le plus quantitativement, c'est à dire chez les "petits"; l'impôt est est une obligation sociale qui s'adresse aux individus et non à la "société". Chacun doit "faire sa part" équitablement selon ses revenus personnels. Par exemple, soyons assuré que celui qui est "rémunéré" à 1 million par mois, soit imposé à, au moins, 50%. Est-ce trop demander? Est-ce le "démunir"?

    Donnez-le moi et je vous promet de payer 60% de mes revenus. Avec l'autre 40%, je vais tenter d'aider ceux qui en ont besoin; peut-être deviendront-ils, eux aussi, millionnaires.

    André Lefebvre

  • Dominic Lamontagne - Inscrit 18 juin 2013 12 h 41

    Printemps Érable...

    Encore une fois les syndicats ont voté sans consulter les travailleurs avec des méthodes archaïques..... À quand un vote électronique pour un mandat de grève réaliste....

    • Hélène Thompson - Inscrit 18 juin 2013 22 h 34

      faux, informez-vous.