L'OMC à Montréal - Pettigrew interpelle les pays pauvres
Les pays en voie de développement auraient tout intérêt à se plaindre un peu moins et à se commettre un peu plus en faveur d'une libéralisation de leurs échanges, a déclaré hier le ministre du Commerce international, Pierre Pettigrew.
Hôte, à partir de lundi à Montréal, d'une réunion préparatoire de trois jours où il recevra 25 collègues du monde entier en vue d'une importante conférence de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) en septembre à Cancún, le ministre canadien ne cachait pas, hier, son agacement devant les critiques entendues depuis des années sur le peu de place réservée jusqu'à présent aux pays pauvres dans le nouvel ordre économique mondial.
«Le commerce mène au développement dans la mesure où ils en font, du commerce, a-t-il déclaré, hier, en entrevue au Devoir. Mais en ce moment, trop souvent, des pays pauvres, t'entends uniquement ce qu'ils ne veulent pas. "On ne veut pas ci." "On ne veut pas çà." "On veut pas que vous entriez chez nous." D'accord, on va essayer d'en tenir compte. Mais alors qu'est-ce que vous voulez? Ce que je voudrais entendre d'eux, c'est quand est-ce qu'on passe à l'offensive? Pourquoi toujours être sur la défensive?»
Le ministre canadien ne croit pas que tous ces atermoiements du Sud soient dus à leur vulnérabilité économique face aux pays du Nord ni à leur crainte de perdre à l'OMC le peu de liberté d'action qui resterait à leurs gouvernements. «Leur problème en est un de compétences, pense-t-il. Ils n'ont pas les négociateurs et l'expertise pour identifier les secteurs [économiques] où ils auraient des chances de bien faire.» Ils ne savent pas non plus de quelle façon en promouvoir le développement sous le couvert de l'OMC, regrette-t-il, et ce, en dépit de l'aide technique offerte en ce sens par le Canada et plusieurs autres pays.
Réunissant à la fois les principales puissances commerciales ainsi que des représentants de toutes les parties du monde, la «mini-ministérielle» de Montréal servira à sonder les coeurs et les reins des membres de l'OMC, dit Pierre Pettigrew, quant à leur degré de détermination à aller jusqu'au bout du cycle de négociation lancé à Doha, au Qatar, en septembre 2001. Censé se conclure le 1er janvier 2005, le «Programme de Doha pour le développement» a pour principal objectif de permettre aux pays du Sud de profiter à leur tour de la libéralisation des échanges en leur accordant, notamment, un meilleur accès aux marchés des économies développées, en réduisant le niveau de subventions accordées aux producteurs du Nord dans les domaines sensibles de l'agriculture et du textile, et en leur permettant de se soustraire à certaines règles le temps d'assurer leur décollage économique.
Déblocage à Montréal
Arrivé à mi-parcours, avec la Conférence ministérielle qui se déroulera à Cancún, au Mexique, du 10 au 14 septembre, le processus de négociation, dans lequel sont impliqués 146 pays, multiplie déjà les retards dans le dossier crucial de l'agriculture. Il a également rompu, depuis décembre, sa promesse de permettre aux pays pauvres, pour des raisons humanitaires, de faire fi des règles de protection des droits intellectuels et d'employer des médicaments génériques moins chers pour lutter contre les pandémies du sida, de la tuberculose ou de la malaria.
Rappelant que la réunion de Montréal ne sera qu'une rencontre «informelle» ne disposant d'aucun pouvoir décisionnel, Pierre Pettigrew se montre tout de même confiant en ses résultats. «Ce que j'espère, confie-t-il, c'est qu'à Montréal, nous allons constater qu'il sera possible, d'ici Cancún, de nous entendre sur les modalités en agriculture. Que d'ici Cancún, il sera possible de nous entendre sur un système multilatéral pour donner aux pays pauvres les médicaments nécessaires pour combattre les pandémies.»
Pour ce faire, le ministre canadien a précisé d'entrée de jeu à ses invités que les discussions à Montréal se concentreront exceptionnellement sur ces deux questions plutôt que d'aborder l'ensemble des enjeux débattus à l'OMC.
Outre le degré d'implication des pays en voie de développement dans les négociations en cours, il dit avoir hâte de voir quelle flexibilité les représentants de l'Union européenne démontreront maintenant qu'a été adoptée une nouvelle Politique agricole commune (PAC) ouvrant la porte à une réduction des subventions accordées aux producteurs européens. Il a également hâte de voir à quoi ont mené les importantes tractations des dernières semaines entre le gouvernement américain, l'industrie pharmaceutique américaine à l'origine de l'impasse du mois de décembre, et l'un des principaux pays producteurs de médicaments génériques, le Brésil.
La police s'en occupera
Reconnaissant volontiers que les derniers mois n'ont pas été faciles à l'OMC et que le temps file pour arriver à un accord, Pierre Pettigrew ne continue pas moins de se dire optimiste quant au résultat du processus en cours. Il souligne notamment «l'exceptionnel» degré d'engagement personnel des ministres du Commerce des pays membres si tôt dans les négociations. «Habituellement on ne les voit pas arriver avant les dernières semaines de négociation», note-t-il. S'il admet que le Programme de Doha est remarquablement chargé, sans exclure que l'on puisse finalement juger nécessaire de reporter sa date finale, il ajoute que tout cela «n'est qu'une question de volonté» et que les échéances peuvent toujours être rencontrées «à condition que l'on y mette les ressources nécessaires.»
Il dit, d'autre part, ne pas trop s'en faire avec les manifestants qui protesteront sûrement contre la réunion dans les rues de Montréal cette semaine. «Moi, je serai à leur écoute sur le fond, a-t-il déclaré en conférence de presse en matinée hier. Mais s'il y a trop de bruit et que ça dégénère, qu'est-ce que vous voulez, la police s'en occupera.»
Reconnaissant que la mondialisation a donné lieu à de nombreux dérapages dans le passé, il avoue toutefois assez mal comprendre comment ses opposants peuvent à la fois se scandaliser des pratiques commerciales américaines qui tuent les économies de tellement de pays en voie de développement et s'opposer à la construction de l'OMC. «Ce n'est pas moins d'OMC qu'il faut. C'est plus d'OMC!», clame-t-il.
Hôte, à partir de lundi à Montréal, d'une réunion préparatoire de trois jours où il recevra 25 collègues du monde entier en vue d'une importante conférence de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) en septembre à Cancún, le ministre canadien ne cachait pas, hier, son agacement devant les critiques entendues depuis des années sur le peu de place réservée jusqu'à présent aux pays pauvres dans le nouvel ordre économique mondial.
«Le commerce mène au développement dans la mesure où ils en font, du commerce, a-t-il déclaré, hier, en entrevue au Devoir. Mais en ce moment, trop souvent, des pays pauvres, t'entends uniquement ce qu'ils ne veulent pas. "On ne veut pas ci." "On ne veut pas çà." "On veut pas que vous entriez chez nous." D'accord, on va essayer d'en tenir compte. Mais alors qu'est-ce que vous voulez? Ce que je voudrais entendre d'eux, c'est quand est-ce qu'on passe à l'offensive? Pourquoi toujours être sur la défensive?»
Le ministre canadien ne croit pas que tous ces atermoiements du Sud soient dus à leur vulnérabilité économique face aux pays du Nord ni à leur crainte de perdre à l'OMC le peu de liberté d'action qui resterait à leurs gouvernements. «Leur problème en est un de compétences, pense-t-il. Ils n'ont pas les négociateurs et l'expertise pour identifier les secteurs [économiques] où ils auraient des chances de bien faire.» Ils ne savent pas non plus de quelle façon en promouvoir le développement sous le couvert de l'OMC, regrette-t-il, et ce, en dépit de l'aide technique offerte en ce sens par le Canada et plusieurs autres pays.
Réunissant à la fois les principales puissances commerciales ainsi que des représentants de toutes les parties du monde, la «mini-ministérielle» de Montréal servira à sonder les coeurs et les reins des membres de l'OMC, dit Pierre Pettigrew, quant à leur degré de détermination à aller jusqu'au bout du cycle de négociation lancé à Doha, au Qatar, en septembre 2001. Censé se conclure le 1er janvier 2005, le «Programme de Doha pour le développement» a pour principal objectif de permettre aux pays du Sud de profiter à leur tour de la libéralisation des échanges en leur accordant, notamment, un meilleur accès aux marchés des économies développées, en réduisant le niveau de subventions accordées aux producteurs du Nord dans les domaines sensibles de l'agriculture et du textile, et en leur permettant de se soustraire à certaines règles le temps d'assurer leur décollage économique.
Déblocage à Montréal
Arrivé à mi-parcours, avec la Conférence ministérielle qui se déroulera à Cancún, au Mexique, du 10 au 14 septembre, le processus de négociation, dans lequel sont impliqués 146 pays, multiplie déjà les retards dans le dossier crucial de l'agriculture. Il a également rompu, depuis décembre, sa promesse de permettre aux pays pauvres, pour des raisons humanitaires, de faire fi des règles de protection des droits intellectuels et d'employer des médicaments génériques moins chers pour lutter contre les pandémies du sida, de la tuberculose ou de la malaria.
Rappelant que la réunion de Montréal ne sera qu'une rencontre «informelle» ne disposant d'aucun pouvoir décisionnel, Pierre Pettigrew se montre tout de même confiant en ses résultats. «Ce que j'espère, confie-t-il, c'est qu'à Montréal, nous allons constater qu'il sera possible, d'ici Cancún, de nous entendre sur les modalités en agriculture. Que d'ici Cancún, il sera possible de nous entendre sur un système multilatéral pour donner aux pays pauvres les médicaments nécessaires pour combattre les pandémies.»
Pour ce faire, le ministre canadien a précisé d'entrée de jeu à ses invités que les discussions à Montréal se concentreront exceptionnellement sur ces deux questions plutôt que d'aborder l'ensemble des enjeux débattus à l'OMC.
Outre le degré d'implication des pays en voie de développement dans les négociations en cours, il dit avoir hâte de voir quelle flexibilité les représentants de l'Union européenne démontreront maintenant qu'a été adoptée une nouvelle Politique agricole commune (PAC) ouvrant la porte à une réduction des subventions accordées aux producteurs européens. Il a également hâte de voir à quoi ont mené les importantes tractations des dernières semaines entre le gouvernement américain, l'industrie pharmaceutique américaine à l'origine de l'impasse du mois de décembre, et l'un des principaux pays producteurs de médicaments génériques, le Brésil.
La police s'en occupera
Reconnaissant volontiers que les derniers mois n'ont pas été faciles à l'OMC et que le temps file pour arriver à un accord, Pierre Pettigrew ne continue pas moins de se dire optimiste quant au résultat du processus en cours. Il souligne notamment «l'exceptionnel» degré d'engagement personnel des ministres du Commerce des pays membres si tôt dans les négociations. «Habituellement on ne les voit pas arriver avant les dernières semaines de négociation», note-t-il. S'il admet que le Programme de Doha est remarquablement chargé, sans exclure que l'on puisse finalement juger nécessaire de reporter sa date finale, il ajoute que tout cela «n'est qu'une question de volonté» et que les échéances peuvent toujours être rencontrées «à condition que l'on y mette les ressources nécessaires.»
Il dit, d'autre part, ne pas trop s'en faire avec les manifestants qui protesteront sûrement contre la réunion dans les rues de Montréal cette semaine. «Moi, je serai à leur écoute sur le fond, a-t-il déclaré en conférence de presse en matinée hier. Mais s'il y a trop de bruit et que ça dégénère, qu'est-ce que vous voulez, la police s'en occupera.»
Reconnaissant que la mondialisation a donné lieu à de nombreux dérapages dans le passé, il avoue toutefois assez mal comprendre comment ses opposants peuvent à la fois se scandaliser des pratiques commerciales américaines qui tuent les économies de tellement de pays en voie de développement et s'opposer à la construction de l'OMC. «Ce n'est pas moins d'OMC qu'il faut. C'est plus d'OMC!», clame-t-il.
Haut de la page

