Gaz de schiste: le gouvernement du Québec resserre les conditions d’exploration

Le ministère de l’Environnement exigera dorénavant que les entreprises obtiennent un certificat d’autorisation pour la phase exploratoire lorsqu’il y a de la fracturation hydraulique.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Le ministère de l’Environnement exigera dorénavant que les entreprises obtiennent un certificat d’autorisation pour la phase exploratoire lorsqu’il y a de la fracturation hydraulique.

Québec — Dans l’espoir de calmer le jeu, le gouvernement Charest a annoncé lundi un resserrement des conditions d’exploration des gaz de schiste.

La nouvelle est tombée le jour même du début des travaux du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) sur l’extraction de cette ressource gazière hautement controversée. Pendant ce temps, le porte-parole de l’industrie, André Caillé, se retrouve sur le carreau pour au moins deux semaines, sur recommandation de son médecin.

En matinée, le ministre de l’Environnement Pierre Arcand a annoncé que les entreprises gazières devront obtenir un certificat d’autorisation pour la phase exploratoire lorsqu’il y a de la fracturation hydraulique.

En fait, les entreprises devront détenir un certificat d’autorisation préalable aux travaux de fracturation, c’est-à-dire avant d’injecter des millions de litres d’eau, contenant du sable et des produits chimiques, pour casser la roche. Pour avoir ce certificat, les promoteurs seront tenus de respecter les conditions exigées par le ministère et fournir toutes les informations requises, a indiqué le ministre Arcand.

«Ma job, c’est de m’assurer que le public soit le plus sécurisé possible et de m’assurer qu’en tant que ministre de l’Environnement, on fait la meilleure job possible», a laissé tomber M. Arcand en entrevue à La Presse Canadienne. «En vertu des lois actuelles et en vertu de ce que j’appelle le "principe de précaution", je fais le maximum», a-t-il ajouté.

Ainsi, des inspections régulières sur les sites auront lieu afin de faire le suivi des conditions d’attribution du certificat et des normes environnementales. À cet effet, un programme spécial d’inspections sera mis sur pied pour accroître la surveillance et le contrôle des normes. Les mesures annoncées par le ministre Arcand ont été fort bien accueillies par l’Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique (AQLPA).

Le conseiller juridique de l’organisme, Dominique Neuman, a confié qu’il s’agissait d’une évolution positive du dossier. «C’est un premier pas très important, mais il faudrait qu’il y ait d’autres mesures qui soient prises, notamment en ce qui concerne le contrôle de la qualité du puit lui-même. Les fuites, à la fois de gaz dans l’atmosphère et d’eau de fracturation, constituent un enjeu», a résumé Me Neuman.

Compte tenu du nombre de questions laissées sans réponse, l’AQLPA maintient toutefois sa demande de moratoire complet sur l’exploration et l’exploitation du gaz de schiste au Québec. Même chose pour l’opposition péquiste, qui estime que l’annonce «en catastrophe» du ministre de l’Environnement confirme l’improvisation totale du gouvernement Charest dans ce dossier.

«C’est un signe évident qu’on improvise depuis le début. Quand on est forcé de resserrer les règles, c’est admettre qu’on n’a pas l’environnement réglementaire pour agir avec doigté et intelligence», a soutenu dans un communiqué la porte-parole de l’opposition officielle en matière de développement durable, Martine Ouellet.

Repos pour André Caillé

Président de l’Association pétrolière et gazière du Québec, André Caillé devra pour sa part suivre les travaux du BAPE à distance pour au moins deux semaines.

Le cabinet de relations publiques National a confirmé que M. Caillé, qui a consulté son médecin le week-end dernier, devra prendre du repos et ne plus participer à des activités professionnelles. M. Caillé a dû annuler le discours qu’il devait livrer mardi midi devant la Chambre de commerce de Québec.

L’ancien grand patron d’Hydro-Québec n’a pas eu la partie facile ces dernières semaines dans son rôle de porte-parole de l’industrie du gaz. Il a été chahuté au cours des trois séances publiques d’information qu’il a menées au nom de l’Association pétrolière et gazière.

Avant d’être mis au repos, M. Caillé n’avait pas prévu assister ce soir à la première assemblée du BAPE à Saint-Hyacinthe.

Le BAPE a reçu le mandat principal de «proposer un cadre de développement de l’exploration et de l’exploitation des gaz de schiste de manière à favoriser une cohabitation harmonieuse de ces activités avec les populations concernées, l’environnement et les autres secteurs d’activité présents sur le territoire».

Son rapport devra être déposé au ministre Pierre Arcand le 4 février 2011.


7 commentaires
  • Trobadorem - Inscrit 4 octobre 2010 14 h 41

    Poudre aux yeux....

    ....avant la poudre à canon ?

  • NELL HALLE - Inscrit 4 octobre 2010 17 h 06

    prompt rétablissement M Caillé!!!


    C'est une manière de ne pas ce présenter au séances du Bape.
    Ces gens -la peuvent inventer tout, pour ce soustraire au questions difficile. On n'a pas finis de c'en faire raconter toute sortes d'histoire.
    nell hallé

  • 54lili - Inscrit 4 octobre 2010 19 h 30

    la peur du PM

    de perdre son pouvoir chéri est tellement évidente dans cette nouvelle règle pour l'exploration des gas de schiste (règle non-écrite) qu'il faudra surveillé de très près ces inspections des puits..

    qui sera nommé à ces postes, d'autres amis du PLQ qui feront les
    béni oui oui au ministère de l'environnement..

    je n'ai aucune confiance dans ce gouvernement dans ce dossier, pas plus que d'autres..

    on doit le maintenir sous haute-surveillance pour le reste de son mandat dont on espère la fin au pc..

  • MJ - Inscrite 4 octobre 2010 20 h 33

    La nouvelle ruée vers l’or! (1)

    Au Nouveau-Brunswick, apprend-on au Téléjournal du soir, se profile le même scénario qu’au Québec (mêmes inquiétudes pour l’environnement, mêmes redevances ridicules, etc.).

    Qui sont ces entreprises gazières qui s’imposent également là-bas? On se croirait au Far-West où règne la loi du plus fort sans consultation préalable. S’agit-il d’une “ruée vers l’or” au pays des gaz de schiste, quand on considère que le gouvernement fait pratiquement don de notre richesse ou ressource naturelle aux entreprises gazières, en tenant compte des redevances minimes qui seront versées par ces dernières au gouvernement?

    Voir le film “The Treasure of the Sierra Madre” (1948) avec Humphrey Bogart qui démontre jusqu’où va la cupidité qui se nourrit de l’espoir de faire fortune dans cette longue traversée du Mexique à la découverte de gisements d’or.

  • MJ - Inscrite 4 octobre 2010 20 h 37

    La nouvelle ruée vers l'or! (2)

    Au Nouveau-Brunswick, ces entreprises gazières, ont-elles un lien de parenté avec celles d’ici, à part le fait troublant de sembler être en accointance avec le gouvernement du N.-B. qui veut aussi aller de l’avant avec l’exploration et l’exploitation des gaz de schiste? Quelle coïncidence, cette répétition de l’histoire!

    Au Téléjournal Midi, j’ai appris, à ma grande déception, que le Parti Québécois et l’ADQ ont déclaré ne pas être contre l’exploitation des gaz de schiste au Québec (maintenant? ou plus tard? - Ce n’était pas clair au Téléjournal), eux qui réclament à grands cris un moratoire sur la question. Si c’est pour maintenant, n’est-ce pas antinomique et prématuré de leur part?