Muhammad Yunus, pionnier du microcrédit - Le banquier des pauvres s'intéresse au Canada

Muhammad Yunus<br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Muhammad Yunus

Le banquier des pauvres et Prix Nobel de la paix 2006, Muhammad Yunus, aimerait bien mettre sur pied une antenne canadienne qui fonctionnerait selon le mode de sa Grameen Bank, a-t-il indiqué hier en marge d'une allocution à Montréal.

M. Yunus, dont les pratiques de microfinancement dans les pays très pauvres ont récemment pris racine aux États-Unis, songe notamment à transplanter sa philosophie auprès des communautés autochtones qui ont besoin d'accès au crédit pour le développement de leurs économies locales.

Le microcrédit existe déjà au Canada. Le Réseau québécois du crédit communautaire, par exemple, réunit 12 fonds communautaires et 11 «cercles d'emprunt». Le total des prêts offerts depuis une dizaine d'années est d'environ 8 millions, le prêt moyen étant de 6000 $ pour un taux de remboursement de 90 %.

«Il n'y a pas longtemps, on m'a soumis l'idée de venir au Canada, par exemple à Toronto, à Montréal ou chez les Premières Nations. J'ai répondu que nous serions enchantés de le faire, à condition d'être invités à le faire», a-t-il dit à l'issue d'une allocution organisée par le Conseil des relations internationales de Montréal (CORIM).

Fondée au Bangladesh en 1983 pour offrir des services bancaires et des petits prêts de quelques centaines de dollars, principalement aux femmes, la Grameen Bank a choisi New York comme port d'entrée aux États-Unis. Elle a ensuite élu domicile au Nebraska, à San Francisco et à Indianapolis. Elle le fait aussi en Amérique du Sud et va bientôt débarquer en Haïti, a-t-il dit.

Jusqu'ici, la Grameen Bank a consenti des prêts de 9,7 milliards $US. Au Bangladesh seulement, l'établissement compte 8,3 millions de clients-emprunteurs, dont 97 % sont des femmes, qui en sont également actionnaires. La Grameen Bank couvre par ailleurs 97 % des villages du pays.

Le fondateur espère par ailleurs que le Canada embarque un jour dans son plan visant à rediriger de 10 à 15 % de l'aide internationale, consentie par les pays riches aux plus pauvres, vers un énorme fonds d'entrepreneuriat social. Le Japon a déjà accepté.

Multiples exemples

M. Yunus, qui fait de l'entrepreneuriat social la pierre angulaire de sa mission, a retenu l'attention de son auditoire hier comme peu d'orateurs — souvent des p.-d.g. qui se limitent à lire un texte truffé de lieux communs — savent le faire.

Multipliant les exemples, il a fait sourire la salle à plusieurs reprises en décrivant la façon par laquelle il arrive à convaincre des entreprises à participer à des projets précis. Celui d'Adidas: produire des chaussures à moins d'un euro pour prévenir les infections causées par des parasites. Un autre: Grameen a mis sur pied une coentreprise avec la compagnie allemande BASF pour fabriquer des moustiquaires, très utiles dans les pays où continue de sévir la malaria.

M. Yunus, économiste de formation, a profité de son passage à Montréal pour jeter les bases d'une collaboration avec l'Université McGill et sa Faculté de gestion Desautels. Selon l'entente signée jeudi soir, ils veulent développer des projets dans le secteur de la santé tout en faisant la promotion de l'entreprise sociale.

«On songe notamment à mettre sur pied un programme pour former des infirmières, qui contribueraient au système de santé du Bangladesh et à l'extérieur», a dit M. Yunus.

Le Prix Nobel de la paix 2006 a déjà eu des discussions avec des chefs autochtones dans le passé et affirme qu'il serait «relativement facile» de s'implanter au Canada. Cette idée, a-t-il ajouté, pourrait faire l'objet d'une réflexion de concert avec l'Université McGill.
5 commentaires
  • Sanzalure - Inscrit 2 octobre 2010 09 h 22

    Un riche de gauche

    L'économie solidaire, c'est la preuve qu'on peut faire fonctionner l'économie sans être prédateur.

    Serge Grenier

  • Jean-Michel Carrier - Inscrit 2 octobre 2010 10 h 14

    Humm.. prometteur, mais à quel taux?

    Si le taux de taux de remboursement est de 90%, cela signifie que 10% des prêts ne sont pas remboursés (faillite, incapacité financière, etc.). Ainsi, le taux d'intérêt facturé sur les micro-prêts doit être supérieur à 11% pour combler les non-remboursements et assurer la pérennité de l'organisme. Et à ce taux, l'organisme ne fait toujours pas d'argent. Si l'organisme désire être rentable donc, voire offir un salaire à ses employés, rencontrer les exigences réglementaires, payer son loyer, etc, le taux d'intérêt pratiqué doit atteindre au bas mot 18%... ne s'agit-il pas du taux d'une carte de crédit ?

    À moins bien sûr que la logique soit tout autre et que les pertes de l'organisme ne soit compensée par des subventions et un influx constant de capitaux.

  • Charles Lavoie-Nadeau - Inscrit 2 octobre 2010 22 h 33

    Prometteur à des taux raisonnables

    Les taux d'intérêt offerts par les banques de microcrédit se situe généralement entre 12 et 20%. En effet, si on exclu certains abus, ces taux sont suffisant pour maintenir une solvabilité convenable. Même si dans un environnement développé comme le nôtre, ces prêts peuvent sembler élevés, il s'agit néamoins d'une nette progression. En comparant ces taux avec les cartes de crédits ou des prêts auxquels nous avons accès n'est pas représentatif.

    En effet, les milieux défavorisés ne sont justement pas éligibles à ces prêts ce qui attirent les prêteurs illégaux offrant des taux de 20 à 50% par jour. Ce qui a été créé par M. Yunus n'est pas un miracle mais il est certainement un pas vers l'avant, et comme beaucoup de ces entreprises sont effectivement financés par le FMI ou les gouvernements locaux, on peut envisager des taux comparables aux nôtres.

  • Marie-Claude Bélanger - Inscrite 2 octobre 2010 23 h 40

    @ M. Carrier

    C'est une banque, donc il est possible que ce ne soit qu'une portion de leurs fonds qui soit investie dans les prêts de micro-crédit. Ils en placent peut-être aussi en partie dans des actions qui rapportent davantage?

  • MJ - Inscrite 3 octobre 2010 10 h 30

    De l’entrepreneuriat social: Pourquoi pas? Innovateur et imaginatif

    A première vue, excellent moyen pour encourager les entreprises locales, répondre aux besoins en santé ou autres de certaines communautés pour différents secteurs de leur économie - communautés pour lesquelles l’accès au crédit est parfois impossible ou trop onéreux - le tout, dans le but de sortir du cercle vicieux de la misère endémique et de la dépendance.