Réflexion sur les tarifs - Une «révolution culturelle», selon Raymond Bachand

Dans un discours devant le Conseil du patronat, hier, le ministre des Finances, Raymond Bachand, a évoqué l’«effort collectif important» qui permettra d’effacer les déficits.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Dans un discours devant le Conseil du patronat, hier, le ministre des Finances, Raymond Bachand, a évoqué l’«effort collectif important» qui permettra d’effacer les déficits.

Sans offrir le moindre détail au sujet de son prochain budget, le ministre des Finances du Québec a néanmoins eu recours à l'expression «révolution culturelle», hier, pour qualifier la réflexion qu'il souhaite au sujet de la gratuité des services publics, en particulier la part que devrait payer le citoyen comparativement à celle de l'État.

Le ministre Raymond Bachand n'avait jamais utilisé cette expression auparavant, mais il s'en est servi à deux reprises lors d'un discours devant le Conseil du patronat pour décrire l'état d'esprit dans lequel il faudra se mettre à l'approche du budget et de la question des tarifs.

Chiffres et tableaux à l'appui, il a martelé le message selon lequel le gouvernement du Québec n'a pas le choix de limiter à 3,2 % la croissance annuelle de ses dépenses, et ce, même si la croissance moyenne des dernières années se situe à 4,6 %.

Le gouvernement, qui enregistre présentement un déficit de 4,7 milliards pour 2009-2010, souhaite aussi augmenter ses revenus pour les années à venir.

«Sur chaque service que l'État offre, il y a une question fondamentale, et je pense que c'est une révolution culturelle, qui est celle-ci: "Quelle est la juste part que moi, comme citoyen, je dois payer, et que la collectivité doit payer?"», a répété le ministre lors d'un point de presse en marge de son allocution.

L'expression «révolution culturelle», archiconnue pour sa description de la purge chinoise qui a fait des centaines de milliers de morts dans les années 60 et 70, a aussi fait irruption hier dans le troisième fascicule du comité consultatif prébudgétaire. Ce comité est coprésidé par M. Bachand.

Dans le fascicule, les quatre économistes mandatés par le ministre pour analyser le financement du système et son avenir utilisent l'expression six fois en 102 pages. Ils s'en servent toutefois pour évoquer une nouvelle façon de «gérer les dépenses publiques».

Lors de son allocution, le ministre Bachand a dit que le gouvernement Charest veut maintenir les services publics, car «ce n'est pas en période de récession qu'il faut couper là-dedans». Le retour à l'équilibre budgétaire sera l'affaire de tout le monde, a-t-il prévenu lors d'un point de presse.

«On a un effort collectif à faire, parce qu'on veut maintenir les valeurs québécoises. On veut maintenir la santé pour nos enfants et nos parents, on n'a pas le choix. On veut un système d'éducation performant, et on veut maintenir le soutien aux familles», a dit M. Bachand.

«Quand vous regardez ça, y compris ce que coûte le ministère des Transports, c'est 80 % des dépenses du gouvernement. Alors, il faut plus de productivité. Tous ensemble, si ce sont les services qu'on veut, il faut accepter de payer pour ça», a conclu le ministre auprès des journalistes.

Le «gros effort» en santé, a dit M. Bachand, pourrait porter sur des améliorations de productivité.

Québec veut rééquilibrer son budget d'ici à l'exercice 2013-2014. Dans un rapport déposé la semaine dernière à l'Assemblée nationale, le Vérificateur général a estimé que, pour atteindre cet objectif, le gouvernement Charest devra trouver des mesures de 28,2 milliards d'ici quatre ans, dont les trois quarts ne sont toujours pas déterminées.

«Quand j'ai dit la semaine dernière que ça serait difficile, n'interprétez pas ça pour penser qu'on ne le fera pas. Ça va être difficile parce que c'est un effort collectif important», a dit M. Bachand.
20 commentaires
  • François Ricard l'inconnu - Inscrit 23 février 2010 07 h 12

    Juste part

    M. Bachand, quand vous attaquerez-vous à l'économie au noir? Quand obligerez-vous ces gens à payer leur juste part?
    Un de mes voisins a acheté une maison l'an passé.
    Il a fait installer une cheminée préfabriquée :le coût 2 800$ plus taxes; payée comptant 2 600$
    Refaire le toit 3 100$ plus taxes; payé comptant 2 500$
    Achat de 5 cordes de bois : 500$ plus taxes; payé comptant 450$
    Refaire l'entrée en asphalte : 800$ plus taxes; payé comptant 500$
    Intallarion d'un air climatisé: 2 500$ plus taxes; payé comptant 2 100$

    Et ces gens, en plus de tricher sur les taxes,font sûrement la même chose au niveau de l'impôt.
    ALORS POURQUOI METTRE CE TYPE DE DÉPENSES DÉDUCTIBLES D'IMPÔT POUR CELUI QUI PAIE? Vous recupéreriez un fort pourcentage des argents normalement dûs tout en incitant les consommateurs à procéder à des travaux utiles à notre économie.

    Les différentes amendes et pénalités pour ceux qui enfreignent les lois. Pourquoi ne pas faire comme en certains pays d'Europe et les baser sur le revenu total de celui qui commet l'infraction plutôt que d'avoir le même tarif pour tout le monde, ce qui pénalise davantage le gagne-petit.

  • Bernard Gervais - Inscrit 23 février 2010 08 h 17

    Charest a-t-il jusqu'ici donné l'exemple ?

    Pas de doute, compte tenu de la situation plus que précaire dans laquelle se trouvent actuellement les finances du Gouvernement du Québec, le bon ministre Bachand va nous demander de faire de nouveaux sacrifices, de nous serrer encore plus la ceinture !

    Cependant, si on veut que les gens acceptent de telles contraintes, il faut d'abord - et c'est la moindre des choses ! - donner soi-même l'exemple, ce qui est tout le contraire de ce qu'a fait jusqu'ici Jean Charest, depuis qu'il a été élu premier ministre !

    On ne compte plus les histoires d'horreur, les cas de gaspillage de fonds publics de toutes sortes de son gouvernement. Et nous ne les connaissons pas tous !

  • 93Licar - Inscrite 23 février 2010 08 h 49

    La part du citoyen

    «(...) la part que devrait payer le citoyen comparativement à celle de l'État (...)»
    La part de l'État, elle est payée par qui, selon le Ministre Bachand?

    ((...) au sujet de la gratuité des services publics (...)»
    Est-ce la «gratuité» payée par les impôts et les taxes diverses?

    Je ne sais pas si je verrai un jour un Ministre des Finances affirmer que ça va faire mal parce qu'il va enfin, dans les différents ministères, institutions et organismes gouvernementaux, gérer au mieux des intérêts des citoyens, l'argent des citoyens, que ces élus et nommés, administrent.

  • jacques noel - Inscrit 23 février 2010 09 h 08

    La santé et la population

    Le budget de la santé est de 27 milliards. Chaque nouvelle carte-soleil qu'on imprime coute donc 3,400$.

    Avec 370,000 chomeurs et 266,000 assistés sociaux aptes au travail, le Québec va accueillir cette année 50,000 immigrants. A 3,400$ la carte, la seule facture de la santé est 170 millions! Juste pour 2010.

    Comme on va ajouter un autre 50,000 immigrants l'an prochain, la facture va être de 170 millions pour la cohorte de 2011 et 170 pour celle de 2010. En 2012, la facture va monter à plus d'un demi-milliard!!

    Comme 80% des nouveaux arrivants débarquent à Montréal, l'immigration contribue aussi à engorger le système.

    Mais au Québec, il n'y a pas moyen d'avoir de débat sur la question.

  • alen - Inscrit 23 février 2010 09 h 22

    Oui mais...

    Je n'ai pas d'objection à ce qu'on revoit notre panier de services et à ce qu'on me demande de faire ma part.

    J'aimerais cependant que ce soit fait sur une base franche et directe plutôt qu'à partir de la propagande de 4 professeurs que le ministre paye en double (comme prof. et comme consultant) pour nous dire ce qu'il ne pourrait lui-même dire.

    Le ministre a en effet dans son ministère toutes les données et toute l'expertise pour mettre la vérité sur la table.