Avant de couper, gérez mieux

Le secteur public québécois aurait grand besoin, avant même que l'on remette en cause le contenu de son panier de services au nom de l'équilibre budgétaire, de se soumettre à une évaluation systématique de ses performances, sinon à la concurrence du privé, estiment les experts du comité consultatif du ministre des Finances, Raymond Bachand.

«La première question que nous devons nous poser est: pouvons-nous mieux dépenser et mieux financer nos services publics?», a déclaré en conférence de presse Robert Gagné, économiste à HEC Montréal et coprésident, avec le ministre Bachand, du comité consultatif qui dévoilait hier un deuxième fascicule consacré à la recherche de pistes de solutions concrètes aux problèmes économiques et de finances publiques du Québec. S'inspirant de nombreux exemples étrangers, notamment européens, le comité répond dans les deux cas par l'affirmative.

Amener un climat d'émulation

En matière de dépenses publiques, le comité se montre particulièrement critique à l'égard du secteur névralgique de la santé. Il dénonce entre autres la méthode d'allocation des budgets, basée sur des caractéristiques de la population et qui n'encouragerait pas les institutions à prodiguer de meilleurs services à plus de patients. À la place, on voudrait voir être appliquée une méthode semblable à celle du secteur de l'éducation, où «l'argent suivrait les patients» comme «l'argent suit les élèves» en éducation. On ne s'explique pas non plus qu'il soit dans les faits permis aux établissements de santé de faire des déficits alors que la loi dit le contraire. On voudrait aussi que le futur Institut national d'excellence en santé services sociaux (INESSS) réexamine continuellement le panier de services publics dans le domaine.

La seule façon, dit le comité, d'améliorer l'efficacité du secteur de la santé, comme de l'ensemble secteur public, est de soumettre systématiquement ses programmes à des mécanismes d'évaluation de performances et de récompenser financièrement les meilleurs en leur permettant, par exemple, de conserver les fruits de leurs gains d'efficacité. Si la mise en place de tels mécanismes d'évaluation apparaît trop difficile, on peut en appeler à la concurrence du secteur privé. Citant encore une fois en exemple le secteur de l'éducation, le comité vante le climat d'émulation qui y prévaut grâce à la coexistence d'établissements publics et privés.

Le monde de l'éducation n'échappe toutefois pas totalement au pot, le comité déplorant, comme dans le secteur de la santé, le fait que le Québec n'ait pas su faire un choix entre la centralisation et la décentralisation, et qu'il soit pris aujourd'hui à la fois avec des ministères surdimensionnés et des structures régionales (agences de santé, commissions scolaires) «elles-mêmes fort développées».

Les sociétés d'État commerciales n'ont pas échappé aux critiques du comité d'experts, qui est également constitué des économistes Pierre Fortin, de l'UQAM, Luc Godbout, de l'Université de Sherbrooke, et Claude Montmarquette, de l'Université de Montréal. Elles devraient elles aussi voir leurs performances être comparées à celles des autres entreprises de leur secteur. Or, la seule à être soumise à un pareil étalonnage (bench marking) est Hydro-Québec et l'on semble accorder bien peu d'importance à ses piètres résultats.

Plus de taxes et de tarifs

En matière de revenus, le comité d'experts a aussi plaidé pour «une fiscalité plus efficace». Rappelant que l'impôt des particuliers représentait la part la plus importante des revenus de l'État québécois, il a souhaité que l'on fasse plus appel aux taxes à la consommation et à la tarification des services publics, réputées moins dommageables pour la création de richesse. «On taxe comme des Nord-Américains, mais on dépense comme des Européens», a déploré Robert Gagné. Quant à l'effet régressif des taxes et tarifs pour les moins fortunés, il pourra être compensé comme on le fait déjà pour la TVQ.

Dans ses recommandations en matière de revenus comme de dépenses, le comité d'experts dit largement s'inspirer de mesures en vigueur dans les pays scandinaves et autres social-démocraties d'Europe du Nord. «On ne parle pas ici d'enfers néo-libéraux d'extrême droite», a ironisé à plusieurs reprises Robert Gagné. «Ce sont des pays qui ont les mêmes valeurs que le Québec et qui ont su faire preuve de pragmatisme», a expliqué son collègue Luc Godbout après la conférence de presse.

Dévoilé en décembre dernier, le premier fascicule du comité d'experts concluait que l'État québécois vivait largement au-dessus de ses moyens et qu'il devait rapidement faire des choix difficiles pour réussir à amortir le choc démographique. Un troisième et dernier fascicule est prévu le mois prochain et devrait présenter «différentes options concernant les revenus, les dépenses et la dette dans un contexte de création de richesse».

Bachand rassurant et Carbonneau estomaquée

Interrogé sur les ondes de RDI, le ministre Bachand a assuré hier que son opinion n'était toujours pas faite sur le contenu du budget qu'il compte présenter à la fin mars. «Plusieurs hypothèses sont sur la table.» Il a toutefois dit être conscient que la population ne voulait rien perdre de ses services de santé et d'éducation et a promis que «les gens démunis seront protégés».

La présidente de la CSN, Claudette Carbonneau, s'est dite quant à elle «estomaquée» par les propositions du groupe d'experts. «Après des mois de suspens, les masques tombent. Jamais un comité consultatif n'aura été aussi loin dans ses propositions de privatisation du système de santé», a-t-elle déclaré dans un communiqué de presse.
5 commentaires
  • Paul-André Robitaille - Abonné 28 janvier 2010 06 h 56

    Les recettes du privé

    Étant donné la crise et la perte d'emplois dans le privé, pourquoi ne pas faire comme le privé et d'y aller avec des coupes. A-t-on les moyens de soutenir une fonction publique avec sécurité d'emploi?
    Le privé utilise allègrement les services de travailleurs de pays où la main d'oeuvre coûte une fraction du prix, tel l'Inde. On l'a fait pour les centre d'appels, on le fait pour l'informatique. Des milliers de travailleurs d'ici ont perdu leur emploi au profit d'une meilleure rentabilité. Est-ce que l'État s'en est ému?
    Pour un fonctionnaire coupé ici, nous aurions 10 fonctionnaires indiens ou haïtiens.
    Si c'est bon pour le privé...

  • Michel Bisson - Inscrit 28 janvier 2010 08 h 28

    Et de la paresse intellectuelle

    Vous m'excuserez de ne pas partager tous les points de vue de ce comité...

    Ça fait des années que les industriels québécois demandent une réelle politique de dévelloppement économique, industriel et technologique du québec sinon on va rencontrer un cul de sac, et bien voilà on y est et on tente de s'y enfoncer un peu plus....En vain.....

    LEs amoncellement de paparasses et l'inneffficacité bureaucratique de plus en plus cassante rendent terriblement difficile les nouveaux investissements....Donc nos entrepreneurs se voient obligés de traverser la frontière, voir l'océan pacifique pour demeurer à flot.

    Plutôt que de taxer il faut faire un très grand ménage dans cet appareil gouvernemental et surtout dans les sociétés d'état, comme hydro-Québec qui est tellement inefficace, vous n'avez qu'à demander aux sociétés qui travaillent ou tentent de travailler avec hydro, aux industriels qui se font poser des entrées électriques plus grandes, pour réaliser à quel point le gaspillage systématique est ominiprésent au gouvernement...

    LEs sociétés d'état ont besoin de nouveaux gestionnaires efficaces et compétents..Qui ont une vision et qui sont capables de répondre aux défis qui se dressent devant nous..

    PErsonne n'a aucune imputabilité dans ce gouvernement..

    LE Québec n'a jamais été aussi mal géré qu'en ce moment.Hormis au temps de le bigot au temps où il construisait des fort à coup de corruption.

    LE Québec manque royalement de leadership en matière de création de richesse, et augmenter les taxes , les tarifs et les impôts sont les moyens les plus lâches et les plus contreproductifs qu'un gouvernement a pour gérer son inefficacité.

    ça me rappel un de mes enfants lorsqu'il était plus jeune.Il se faisait réchauffer une soupe, lorsqu'il se rendit compte qu'il l'l avait oublié sur le feu, et plutôt que de retirer le chaudron du feu il éteignit les lumières de la cuisine pour cesser de voir la fumée..

    Notre gouvernement Charest fait de même , plutôt que de porter des actions honnêtes et décisives afin de contrôler les dépenses et faviriser la création saine de la richesse, il nous enfonce dans la noirceur des taxes.

    Et regardez les millions et les millions que les Péquistes et les libéraux ont littéralement flambé en Santé et regardez les résultats...

    Il n'y a pas suffisemement d'argent dans tout le Canada pour suffire à tous les gaspillages que notre gouvernement Québécois généralise et mettez plus d'argent et ce sera la même chose...

    Nous sommes en crise mes chers amis, et de nos jours si les solutions claires ne sont msies de l'avant et bien les problèmes grandissent très vite...

    On ne peut plus cacher la pussière sous el tapis il s'en est accumulé beaucoup trop...

  • Pierrette L. Ste Marie - Inscrit 28 janvier 2010 09 h 02

    Le titre est exact.

    Si les patrons sont véritablement compétents à la fois sur les habiletés de gestion, de probité, de justice et efficients dans leur mandat,
    et que ceux qui les engagent cessent de les surrécompenser.
    si les employés ,pour leur part, partagent les mêmes qualités.
    Nous éviterons ainsi de surtaxer le citoyen moyen qui n'appartient assurément pas à cette catégorie de citoyens qui bénéficieront des avantages de la privatisation
    Il y a déjà assez de monde à la cour du roi.

  • Liliane - Inscrite 28 janvier 2010 13 h 26

    gérer mieux

    J'ai été témoin de certaines cultures de gestion qui ont permis au nombre de gestionnaires d'augmenter dans la fonction publique alors que le nombre des employé-e-s (professionnel et de soutien) diminuait. Par contre, le nombre de contractuel-le-s augmentait. La logique est tortueuse mais je crois qu'elle est simplement liée aux colonnes de chiffres. La colonne qui permet de démontrer que la fonction publique se rétrécit et coûte moins cher aux contribuables. Et une des autres colonne qui permet de continuer de dépenser autant qu'avant et même plus sans que ce soit visible dans les rapports officiels. En santé, les médecins-conseils se sont multipliés dans toutes les sphères d'activités et ont diminué dans la pratique active auprès des clientèles.., payés par la RAMQ. Nous sommes en pénurie de médecins pratiquants. Il y a quelques années, Yannick Villedieu avait écrit dans son livre "Demain la santé" (vers 1982) que l'administration du réseau coûtait environ 30 % du budget en santé au Québec. On en où en 2009 ? Il y a bien longtemps que je me pose la question...
    La gestion, ce sont de multiples fonctions qui demandent d'innover... alors que c'est ce qui est coupé depuis longtemps... la preuve, c'est qu'en changeant les structures, les gestionnaires pensent améliorer la qualité... que d'argent perdu !...En premier, la réflexion sensée et la créativité sont disparues et les systèmes étouffent dans des édifices mal aérés... La technocratie est au pouvoir et rien ne la renouvellera... avant longtemps. Les créateurs et les artisans de bonnes idées sont réduits à la voie de garage, pas large. Ceux qui vivent en profitant des systèmes... et en voulant privatiser, entretiennent leur message depuis au moins 40 ans et ne ratent aucune opportunité de discourir en ce sens et d'agir de façon à faire dévier le bien commun vers des intérêts de plus en plus privés et très privés... qui coûtent déjà trop cher.... C'est désolant quand on a travaillé si fort pour se doter d'un réseau que tant de pays nous envie... Je crois qu'il est encore et plus que jamais pertinent. mais la question est : Qu'est-ce qu'une bonne gestion des services publics ? Je la pose à nos analystes et nos gestionnaires responsables de gérer des fonds amassés par les contribuables à revenu moyen pour la majorité et pas beaucoup par les autres.

  • Sanzalure - Inscrit 28 janvier 2010 20 h 16

    Ridicule à pleurer

    Tout le monde donne son avis à propos des chiffres de revenus et de dépenses, mais personne ne fait remarquer que ces chiffres n'ont aucun sens.

    Le système de prix et de taux horaires est le royaume de l'arbitraire. Un bikini peut coûter des centaines de dollars alors qu'une calculatrice hyper sophistiqué se vend pour moins de 20$. Dans n'importe quel domaine, si on étudie sérieusement les chiffres, on doit admettre que c'est la pagaille totale.

    Alors si on additionne tous ces chiffres qui ne veulent rien dire, on arrive avec un gros chiffre qui ne veut rien dire lui non plus.

    On s'en fout des chiffres ridicules de revenus et de dépenses qui n'ont aucun rapport avec la réalité. Nous avons les matières premières, les outils et les compétences. On peut faire n'importe quoi. C'est ça la réalité.