Le Québec en marche vers le bogue de l'an 2012

Le transport, tout comme l’énergie, les technologies de l’information, la construction et la santé font partie des secteurs qui risquent bientôt de souffrir d’une pénurie de main-d’œuvre. Dans le domaine du transport, on évalue les besoins à 70 000 nouveaux travailleurs d’ici à cinq ans, uniquement pour remplacer les retraités.
Photo: Agence France-Presse (photo) David McNew Le transport, tout comme l’énergie, les technologies de l’information, la construction et la santé font partie des secteurs qui risquent bientôt de souffrir d’une pénurie de main-d’œuvre. Dans le domaine du transport, on évalue les besoins à 70 000 nouveaux travailleurs d’ici à cinq ans, uniquement pour remplacer les retraités.

Le plus récent Bilan des perspectives du marché du travail vient apporter de l'eau au moulin de ceux qui estiment, à l'instar de Claude Castonguay, qu'il est urgent de mettre en place des mesures afin de maintenir les personnes âgées sur le marché du travail. Les données publiées hier confirment en effet que le Québec se dirige très rapidement vers des pénuries majeures de main-d'œuvre dans plusieurs secteurs névralgiques de l'économie, dont l'énergie, les technologies de l'information, la construction, le transport et la santé.

«La marche vers ce que nous avons déjà appelé "le bogue de 2012" sera peut-être ralentie par la récession, mais ce que nous observons depuis près d'une décennie, tant d'un point de vue sectoriel que régional, confirme la tendance vers le manque, voire les pénuries de main-d'oeuvre, certaines étant déjà bien identifiées, explique Patricia Richard, directrice générale des contenus pour Jobboom.com. Ce phénomène va évidemment accentuer les difficultés déjà ressenties à former une relève suffisante, surtout dans certains secteurs de la formation professionnelle et technique.»

«Le bogue de 2012, c'est quelque chose qui est annoncé depuis plusieurs années. Mais ç'a pris du temps pour vraiment s'en rendre compte et pour prendre des actions contre ça, souligne aussi la directrice, recherche et rédaction de l'édition 2010 du guide Les Carrières d'avenir, Julie Gobeil. Mathématiquement, on voit arriver un mur.»

De quoi appuyer l'idée, défendue par Claude Castonguay, que les Québécois devraient porter plus longtemps leur chapeau de travailleur. Dans une étude publiée la semaine dernière, il plaidait d'ailleurs pour des correctifs aux règles fiscales, aux régimes de retraite et aux programmes de formations destinés aux travailleurs, mais aussi pour un changement d'attitude de l'ensemble des acteurs de la société. Appliquer tout un train de mesures en ce sens permettrait, selon lui, d'ajouter l'équivalent de 270 000 travailleurs dans la province. On compenserait ainsi près de la moitié de l'impact prévu du choc démographique sur la croissance économique québécoise.

Besoins importants

L'idée de M. Castonguay fait son chemin, surtout que les besoins en main-d'oeuvre auxquels le Québec sera confronté apparaissent importants. Selon les données contenues dans le Bilan 2010 des perspectives du marché du travail, l'énergie et les technologies de l'information et des communications (TIC) se démarquent par leurs projections et leurs investissements importants.

Le domaine de l'énergie, poussé par les projets d'efficacité énergétique et de développement de sources d'énergie renouvelables mis sur pied par Québec, devrait en fait créer 130 000 emplois d'ici à 2015, dont 31 000 uniquement pour l'énergie éolienne. Et Hydro-Québec, où 1000 employés quitteront la vie active chaque année jusqu'en 2012, prévoit aussi des embauches importantes.

Les principaux acteurs de l'industrie des TIC espèrent quant à eux créer 60 000 emplois d'ici à 2015. Or, les faibles cohortes des universités et des cégeps dans le domaine de l'informatique et du logiciel laissent entrevoir un important manque de main-d'oeuvre. Par exemple, au Collège de Rosemont, à Montréal, de 20 à 30 étudiants du DEC Techniques de l'informatique obtiennent leur diplôme; le service de placement de l'établissement reçoit toutefois de huit à dix offres de stages par étudiant. Une situation qui vaut pour plusieurs programmes dans la province.

Dans le domaine du transport, on évalue les besoins à 70 000 nouveaux travailleurs d'ici à cinq ans, uniquement pour remplacer les retraités. Du côté de la construction, où le roulement de main-d'oeuvre est élevé et les projets d'infrastructures nombreux, la Commission de la construction du Québec estime que 14 000 travailleurs seront nécessaires chaque année d'ici à 2013.

En santé, où la pénurie est déjà criante dans bien des corps d'emploi, on vit en outre le vieillissement de la population sur deux plans: d'abord, les patients sont plus nombreux et requièrent plus de soins, ce qui amènera la création de 37 000 nouveaux postes dans le réseau d'ici à la fin de 2013, selon les données d'Emploi-Québec. «En même temps, les salariés expérimentés quittent le réseau en masse pour prendre leur retraite. En tout, le ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec embauchera de 13 000 à 22 000 personnes par an jusqu'en 2015», ajoute Patricia Richard.

La hausse de l'embauche en environnement, qui a progressé de 2 % entre 2007 et 2009, devrait par ailleurs se poursuivre sur la même lancée au cours des prochaines années, en raison des nouvelles lois et réglementations.

Au total, selon le ministre de l'Emploi, Sam Hamad, 640 000 emplois seront disponibles au cours des prochaines années, dont un tiers exigeront une formation professionnelle au secondaire ou une formation technique au collégial.
6 commentaires
  • Sanzalure - Inscrit 19 janvier 2010 08 h 08

    À l'autre bout

    Pourquoi le mot décrochage n'est-il pas mentionné une seule fois dans cet article alors que c'est un élément principal de cette problématique ?

    Est-ce parce que les autorités refusent de prendre leur part de responsabilité dans cette situation ?

    Avez-vous déjà pris du Ritalin ? Avez-vous la moindre idée de l'impact majeur que cette drogue dure a sur une proportion significative des nouvelles générations ?

    Un jour on comprendra que les enfants du Ritalin ont été encore plus mal traités que les enfants de Duplessis.

    Pas surprenant que les nouvelles générations ne veulent pas de cette société qui n'a aucun sens. Faire travailler les vieux plus longtemps vous fera gagner quelques années, mais ne règlera pas le problème. Importer des travailleurs de l'étranger c'est une bonne chose, mais ça ne règlera pas le problème non plus.

    Le problème c'est que la société telle qu'elle est maintenant n'est pas viable et qu'il faut la changer en profondeur. Rien de moins !

  • Alain Lavallée - Abonné 19 janvier 2010 08 h 09

    Tout comme le bogue de l'an 2000 et la fin du monde maya de 2012

    C'est bien que vous ayiez choisi ce titre le bogue de 2012, pour décrire ce supposé manque effarant de main d'oeuvre ""anticipé"" pour 2012.

    Car ce bogue anticipé est du même ordre que le célèbre "bogue de l'an 2000" qui s'est avéré une inquiétude non fondée, mais ce fut heureusement sans conséquence.

    Il est aussi du même ordre que cette fin du monde prévue par le calendrier maya, prévue pour mars 2012 (qui a fait l'objet d'un film à succès).

    Ils sont dans la catégorie du ""à soir on fait peur au monde"" (expression de Robert Charlebois, lors de son premier passage à l'Olympia).

    Ce bogue anticipé de 2012 n'est qu'un pseudo-bogue pour plusieurs raisons:
    a) l'économie internationale , et encore moins l'économie étatsunienne, n'est pas sortie de la récession de 2008 où les marchés financiers ont plongé... il n'y a pas de reprise de l'emploi... et il y aura fort probablement une rechute fin 2010 et 2011

    b) les caisses de retraite ont été durement éprouvées (pertes de 40 milliards $ à La Caisse de Dépots et pertes dans les caisses privées...) tant et si bien que la rechute prochaine des marchés financiers ne permettra pas de retraotes dorées en aussi grand nombre que prévu.... les gens devront demeurer au travail plus longemps

    donc en résumé... pas de reprise de l'emploi en AMérique du Nord et même amplification de la chute de l'emploi aux États-Unis... pas de reprises des exportations au QUébec

    - problème de financement des retraites par les caisses de retraite... d'où retard des retraites..

    - dans ce cadre plus réaliste il apparaît clairement que le pseudo-bogue de 2012 sert à justifier une politique d'immigration sans précédent menée par le gouvernement de M. Charest.... de l'ordre de 50 000 par an pendant une décennie (2 ou 3 fois le niveau de l'immigration en France)

    - et cela a des conséquences que feront du demi million de nouveaux immigrants tous installés à Montréal dont les compéteneces ne correspondront pas nécessairement aux besoins .... ils gonfleront le taux de chômage !!!

  • Paul Racicot - Inscrit 19 janvier 2010 14 h 05

    Les actuaires nous avaient pourtant prévenus !

    Dans Le Devoir, au tout début des années '90, je lisais un article alarmant : les actuaires des caisses de retraite nous prédisaient de sérieux problèmes à la sortie des "babyboomers" : trop de retraités (de "dépendants") pour le nombre de personnes en âge de travailler.

    20 ans ont donc passé. Rien n'a été fait.

    Des experts nous avaient pourtant bien prévenus du problème ! Nos gouvernants en ont-ils pris connaissance? Sûrement. Nos gouvernants ont-ils agi en conséquence? Non.

    Comme quoi nos gouvernants gèrent notre présent et notre avenir «à la p'tite semaine», «à la va-comme-j' te pousse»... vers pas grand-chose... ou de sérieux emmerdements.

    En 1990, je les entendais déjà chuchoter, en regardant tous ces chiffres, toutes ces prévisions scientifiques alarmantes : «C'est compliqué. Les solutions sont difficilement réalisables. Et "politiquement pas payantes". Alors, ne prenons aucune décision. Laissons cette patate chaude au prochain gouvernement...»

    Et 20 ans ont passé. Et la patate brûle. Que font nos gouvernants? Je parie qu'ils chuchotent encore...

  • Pierre Jutras - Abonné 19 janvier 2010 14 h 16

    Le vrai problème ?

    Je me rappelle avoir lu récement les résultats d'une étude sur le bonheur (sic), dont j'ai retenu une donnée significative: l'être québécois est content de se rendre au travail à partir d'un niveau salarial annuel de 90 000$ , Tous ces emplois, qu'offrent-ils comme salaire ? Ça n'est peut-être pas la seule raison expliquant ce manque de main-d'oeuvre mais elle m'apparaît hautement significative. Surtout en priode de crise...

  • André Julien - Inscrit 19 janvier 2010 23 h 28

    le travail obligatoire ou choisi

    Pour conserver leurs travailleurs, les employeurs devront consentir à des changements profonds d'attitude. Cesser de croire que l'employé est une dépense pour l'entreprise. Offrir des meilleures conditions de travail, la flexibilité des heures, des semaines de travail plus courtes, plus de semaines de congé. Il est essentiel d'organiser le transfert des connaissances des anciens vers de nouveaux employés qui prendront la relève lors des périodes libres fournies aux anciens. La passation des connaissances aux débutants est la clé du succès. L'obligation ou la culpabilisation de l'employé pour continuer à travailler sera néfaste pour tous. Croire que des mesures coercitives peuvent réussir est en 2010 totalement utopique.