La SGF a toujours sa raison d'être
Photo : Jacques Nadeau
le président de la SGF, Claude Blanchet, promettait en février des interventions encore plus énergiques: des investissements de 2,55 milliards de dollars par année dans 24 domaines déterminés. Et pour appuyer ses projets, la SGF comptait sur une co
Va pour une cure minceur et une sérieuse remise en question de l'étendue de son mandat, mais la Société générale de financement (SGF) a toujours un rôle important à jouer dans l'économie québécoise. Il suffit de bien le définir.
Telle est l'opinion d'experts et de gens du milieu des affaires interrogés par Le Devoir. «Tous les États et provinces d'Amérique du Nord — et il y en a une soixantaine — ont des organismes qui font de la prospection pour attirer des investissements internationaux. Ce serait imbécile de supprimer la SGF», tranche l'économiste Pierre Fortin, professeur à l'UQAM.
Au-delà des principes théoriques, philosophiques et économiques, il faut regarder la réalité en face, et cette réalité est qu'on attire des investissements à l'aide d'organismes gouvernementaux, souligne Daniel Charron, directeur à la recherche et à l'analyse des Manufacturiers et exportateurs du Québec. «On ne peut pas se cacher la tête dans le sable et dire que ce n'est pas bon que l'État intervienne.»
Recentrage nécessaire
Malgré tout, un recentrage des activités de la SGF est nécessaire, croit M. Charron. «C'est vrai que la SGF est utile dans certains cas. On a vu que son travail dans le secteur de la pétrochimie a permis des réinvestissements importants dans l'est de Montréal. C'est aussi vrai que sa présence n'est pas nécessaire dans tous les cas. On peut souvent se demander si son intervention est utile ou si elle va trop loin.»
À la fin du mois de février, la direction de la SGF a présenté à la fois son bilan des cinq dernières années et son plan d'affaires jusqu'en 2006. De 1998 à 2002, le bras industriel de l'État a participé à 221 projets qui ont généré des investissements de 10,6 milliards dans l'économie québécoise. On estimait que ces efforts avaient généré 56 000 nouveaux emplois.
Une promesse
À la même occasion, le président de l'organisme, Claude Blanchet, promettait des interventions encore plus énergiques: des investissements de 2,55 milliards de dollars par année dans 24 domaines déterminés. Et pour appuyer ses projets, la SGF comptait sur une contribution de un milliard sur cinq ans de la part du gouvernement du Québec.
C'est cet engagement financier qui fait tiquer le nouveau gouvernement libéral. Plus tôt cette semaine, le ministre du Développement économique, Michel Audet, expliquait au Devoir qu'il n'était plus question qu'«on pompe dans la SGF entre 300 et 500 millions par an». M. Audet estimait que l'unique actionnaire n'en avait tout simplement plus les moyens.
«Au début des années 80, la SGF a pris le virage pro-actif», souligne le professeur d'économie à l'Université de Montréal Fernand Martin, qui a lui-même siégé au conseil d'administration à la fin des années 70 lorsque Guy Colombe dirigeait l'organisme. «Du temps où on était là, on était très prudents. C'est après que la direction est devenue plus cow-boy.»
M. Martin ajoute que c'est l'État qui a transformé la SGF en véritable arme économique. «Le gouvernement est devenu plus interventionniste et c'est normal que les investissements soient devenus plus "agressifs". [...] La SGF demeure un levier utile et nécessaire, à condition d'appuyer de bons projets. Le principe n'est pas mauvais, c'est l'usage qui peut le devenir.»
Bien qu'il n'ait pas scruté à la loupe les effets de l'activité de la SGF sur l'économie québécoise, Fernand Martin remarque qu'elle a été plus aventurière au cours des dernières années. «Et quand on prend plus de risques, le risque de se tromper est plus grand. À en juger par ce que le ministre Audet a dit cette semaine, l'organisme devrait dorénavant réduire le volume de ses activités. La SGF a vécu toutes sortes d'expériences par le passé car elle doit répondre aux attentes des gouvernements québécois qui se succèdent.»
Selon Daniel Charron, l'idée n'est pas de cibler des secteurs ou des régions à fort potentiel mais plutôt d'avoir des objectifs précis à atteindre. «On peut vouloir améliorer la productivité, la richesse collective, abaisser le taux de chômage. Le gouvernement doit s'assurer de réduire les écarts historiques. [...] Mais il faut à tout prix cesser de penser que l'État doit mettre le nez dans chaque grand projet pour que ça fonctionne.»
Au passage, M. Charron rappelle que l'ancienne ministre des Finances, Pauline Marois, avait entamé une vaste révision des programmes d'aide aux entreprises l'automne dernier lorsqu'elle a annoncé son programme pour atteindre le plein-emploi. «Elle voulait aller chercher des économies de un milliard et elle avait même dit que cet argent devait aller directement aux entreprises par le biais d'un allégement de leur fardeau fiscal.»
Les entreprises veulent l'abolition de la taxe sur le capital et elles aimeraient un engagement clair du nouveau ministre, insiste Daniel Charron. «L'État intervient habituellement pour contre-balancer les faiblesses de l'économie. Si on ne réduit pas le fardeau fiscal, on risque de laisser échapper de bons projets.»
Telle est l'opinion d'experts et de gens du milieu des affaires interrogés par Le Devoir. «Tous les États et provinces d'Amérique du Nord — et il y en a une soixantaine — ont des organismes qui font de la prospection pour attirer des investissements internationaux. Ce serait imbécile de supprimer la SGF», tranche l'économiste Pierre Fortin, professeur à l'UQAM.
Au-delà des principes théoriques, philosophiques et économiques, il faut regarder la réalité en face, et cette réalité est qu'on attire des investissements à l'aide d'organismes gouvernementaux, souligne Daniel Charron, directeur à la recherche et à l'analyse des Manufacturiers et exportateurs du Québec. «On ne peut pas se cacher la tête dans le sable et dire que ce n'est pas bon que l'État intervienne.»
Recentrage nécessaire
Malgré tout, un recentrage des activités de la SGF est nécessaire, croit M. Charron. «C'est vrai que la SGF est utile dans certains cas. On a vu que son travail dans le secteur de la pétrochimie a permis des réinvestissements importants dans l'est de Montréal. C'est aussi vrai que sa présence n'est pas nécessaire dans tous les cas. On peut souvent se demander si son intervention est utile ou si elle va trop loin.»
À la fin du mois de février, la direction de la SGF a présenté à la fois son bilan des cinq dernières années et son plan d'affaires jusqu'en 2006. De 1998 à 2002, le bras industriel de l'État a participé à 221 projets qui ont généré des investissements de 10,6 milliards dans l'économie québécoise. On estimait que ces efforts avaient généré 56 000 nouveaux emplois.
Une promesse
À la même occasion, le président de l'organisme, Claude Blanchet, promettait des interventions encore plus énergiques: des investissements de 2,55 milliards de dollars par année dans 24 domaines déterminés. Et pour appuyer ses projets, la SGF comptait sur une contribution de un milliard sur cinq ans de la part du gouvernement du Québec.
C'est cet engagement financier qui fait tiquer le nouveau gouvernement libéral. Plus tôt cette semaine, le ministre du Développement économique, Michel Audet, expliquait au Devoir qu'il n'était plus question qu'«on pompe dans la SGF entre 300 et 500 millions par an». M. Audet estimait que l'unique actionnaire n'en avait tout simplement plus les moyens.
«Au début des années 80, la SGF a pris le virage pro-actif», souligne le professeur d'économie à l'Université de Montréal Fernand Martin, qui a lui-même siégé au conseil d'administration à la fin des années 70 lorsque Guy Colombe dirigeait l'organisme. «Du temps où on était là, on était très prudents. C'est après que la direction est devenue plus cow-boy.»
M. Martin ajoute que c'est l'État qui a transformé la SGF en véritable arme économique. «Le gouvernement est devenu plus interventionniste et c'est normal que les investissements soient devenus plus "agressifs". [...] La SGF demeure un levier utile et nécessaire, à condition d'appuyer de bons projets. Le principe n'est pas mauvais, c'est l'usage qui peut le devenir.»
Bien qu'il n'ait pas scruté à la loupe les effets de l'activité de la SGF sur l'économie québécoise, Fernand Martin remarque qu'elle a été plus aventurière au cours des dernières années. «Et quand on prend plus de risques, le risque de se tromper est plus grand. À en juger par ce que le ministre Audet a dit cette semaine, l'organisme devrait dorénavant réduire le volume de ses activités. La SGF a vécu toutes sortes d'expériences par le passé car elle doit répondre aux attentes des gouvernements québécois qui se succèdent.»
Selon Daniel Charron, l'idée n'est pas de cibler des secteurs ou des régions à fort potentiel mais plutôt d'avoir des objectifs précis à atteindre. «On peut vouloir améliorer la productivité, la richesse collective, abaisser le taux de chômage. Le gouvernement doit s'assurer de réduire les écarts historiques. [...] Mais il faut à tout prix cesser de penser que l'État doit mettre le nez dans chaque grand projet pour que ça fonctionne.»
Au passage, M. Charron rappelle que l'ancienne ministre des Finances, Pauline Marois, avait entamé une vaste révision des programmes d'aide aux entreprises l'automne dernier lorsqu'elle a annoncé son programme pour atteindre le plein-emploi. «Elle voulait aller chercher des économies de un milliard et elle avait même dit que cet argent devait aller directement aux entreprises par le biais d'un allégement de leur fardeau fiscal.»
Les entreprises veulent l'abolition de la taxe sur le capital et elles aimeraient un engagement clair du nouveau ministre, insiste Daniel Charron. «L'État intervient habituellement pour contre-balancer les faiblesses de l'économie. Si on ne réduit pas le fardeau fiscal, on risque de laisser échapper de bons projets.»
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