La dette publique, nouveau péril pour l'économie mondiale

 Les dettes publiques devraient avoir grimpé de 45 % entre 2007 et 2010.
Photo: Agence Reuters Srdjan Zivulovic Les dettes publiques devraient avoir grimpé de 45 % entre 2007 et 2010.

Paris — Après avoir livré bataille contre la récession, les pays riches devront panser une autre plaie ouverte par la crise: l'explosion sans précédent de la dette publique qui pourrait mettre en péril leur stabilité.

Un seuil symbolique sera bientôt atteint. Selon l'OCDE, les 30 pays les plus avancés du globe verront leur dette grimper jusqu'à 100 % de leur richesse produite en 2010, un quasi-doublement de leur endettement en vingt ans. Le Japon verrait même sa dette publique flirter avec les 200 % de son PIB suivi par l'Italie (127,3 %), selon ces prévisions.

Au niveau mondial, la dette publique devrait avoir gonflé de près de 45 % entre 2007 et 2010, soit une hausse de 15 300 milliards de dollars, selon l'agence Moody's.

Les causes de cette flambée sont connues — chute des recettes fiscales liée à la récession, flambée des dépenses publiques pour soutenir l'économie — mais ses conséquences le sont moins.

«Une dette à 100 % du PIB signifie que tout ce qui a été produit pendant un an devrait être consacré au remboursement. Les gouvernements sont-ils en situation de le faire?», s'interroge Cinzia Alcidi, du Centre for European Policy Studies.

La question n'est pas purement rhétorique. Si les marchés venaient à douter de la capacité de remboursement des États développés, ils pourraient se détourner de leurs titres publics (bons du Trésor) et assécher leur circuit d'approvisionnement en argent frais. «Si la dette continue à grimper, on peut très bien imaginer qu'un pays ait du mal à se financer», observe Jean Pisani-Ferry, du centre d'études Bruegel.

Sans aller jusqu'au scénario noir de la faillite d'un État, comme l'Argentine fin 2001, cette défiance des marchés aurait un coût. «Si l'endettement se poursuivait, cela pourrait à terme être négatif» pour la bonne notation des États développés, qui leur permet d'emprunter à taux réduits, prévient Brian Coulton, de l'agence Fitch.

Un cercle vicieux pourrait s'enclencher. Contraints de relever les intérêts qu'ils payent à leurs créanciers, les États verraient la charge de la dette s'alourdir et pourraient s'endetter de nouveau pour y faire face. «C'est cela qui rend la dette explosive», souligne l'économiste Michel Aglietta. Selon un «scénario extrême» de la Société Générale, l'endettement pourrait même provoquer «une nouvelle récession».

Peu de solutions

Face à cette situation, les solutions ne sont pas légion. Sur le papier, le retour de la croissance permettrait de réduire les déficits et le recours à l'emprunt public, mais cette éventualité est «très incertaine» en raison de la timidité de la reprise, selon Brian Coulton.

Traditionnellement, l'inflation permet d'alléger la valeur relative de la dette dès lors que les prix progressent plus vite que les taux d'intérêt. Mais cette voie revient à rogner le pouvoir d'achat des ménages et peut provoquer «une fuite des capitaux privés vers les pays les moins inflationnistes», selon Michel Aglietta.

L'alternative semble donc réduite. «Il faudra augmenter les impôts ou couper dans les dépenses publiques», résume Jean Pisani-Ferry. Et choisir le bon moment pour le faire pour ne pas étouffer la reprise.

Et pour le moment, une certaine confusion domine: l'Allemagne songe à baisser les impôts, l'Espagne se prépare à les augmenter, tandis que la France exclut toute hausse des prélèvements.
3 commentaires
  • Jean-Michel Carrier - Inscrit 26 novembre 2009 20 h 52

    Mais d'où vient cet argent ?!

    Puisque tout le monde est si endetté, même Dubaï (!), d'où l'on croyait que tout l'argent du monde provenait... qui fournit les capitaux à nos états si endettés ?!! Ceux qui ont les moyens de fournir autant d'argent devraient logiquement n'être pas endettés, non ? C'est à se demander sur quoi l'économie mondiale tient-elle exactement.

  • Éric Brunelle - Abonné 26 novembre 2009 22 h 25

    Mais non

    La dette publique n'est certes pas un sujet réjouissant, mais elle est infiniment moins grave que le chômage endémique. Tant que le privé continuera de couper et de souffrir, comme Bombardier aujourd'hui même, il faudra bénir l'intervention des pouvoirs publics qui soutiendront l'économie et les emplois, tout en veillant à ce que cet argent soit judicieusement dépensé. Lorsque la reprise sera bien engagée, ce qui devrait demander encore deux ans ou plus, il faudra réduire la voilure et repayer les dépenses. Mais le faire trop tôt nous replongera en récession.

  • Pierre Vincent - Inscrit 27 novembre 2009 00 h 10

    Exit la rhétorique

    Il n'existe pas de réponse (ou de recette!) unique qui serait applicable à chaque pays. Les circonstances économiques particulières à chacun devrait guider l'arbitrage (à effectuer) entre ' augmenter les impôts ou couper dans les dépenses publiques' (citation extraite de l'article).

    La mesure traditionelle du fardeau de la dette publique, exprimée en pourcentage du PIB, est utile, mais néglige l'impact majeur des courbes démographiques nationales. (Inutile d'élaborer: on comprend...)

    Les flux commerciaux propres à un pays, et en particulier l'évolution du taux de change pondéré effectif, devraient être des considérations prépondérantes. Par exemple, pour le Canada (y compris le Québec), le taux USD/CAD est de loin le plus important. Ainsi, une éventuelle politique fiscale canadienne nettement plus 'vertueuse' que l'américaine, en contribuant à une appréciation relative de la devise canadienne, aurait des répercussions concurentielles tellement négatives qu'il faudrait prendre les grands moyens pour tenter de la renverser. Le Japon se retrouve ainsi dans la situation ridicule de devoir 'acheter' des dollars américains (en vendant des yens) en espérant diminuer la valeur relative de sa monnaie et demeurer concurrentiel. (A l'heure actuelle, les Japonais expriment leur inquiétude sur le taux Yen/Yuan, mais c'est une feinte simpliste...)

    Or, quand on observe la pratique américaine actuelle (oubliez la rhétorique du dollar fort et du retour graduel à l'équilibre budgétaire), force est de constater que les stimuli fiscal et monétaire y sont à un niveau plutôt élevé...

    De retour à l'article en provenance de l'AFP: j'avoue être fasciné par l'absence de discussion portant sur la politique monétaire. Mais pas surpris: en effet, à l'intérieur de la zone EURO, des positions vivement opposées s'affrontent, tant pour des raisons émotives (lesquelles ont des répercussions sur les scènes politiques intérieures respectives) que concrètes (débiteurs/créditeurs privés, y compris les banques).

    Alors de grâce la prochaine fois, pas de dogme, mais des politiques fiscales et monétaires intelligentes, dans notre intérêt national, individuel et collectif.