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Finances publiques - Qui croire ?

Bernard Descôteaux   28 août 2009  Économie
La récession serait terminée, soutiennent les économistes, qui préviennent qu'il faut maintenant se préparer à en payer le prix. Les mesures d'atténuation de ses effets ont relancé la spirale des déficits gouvernementaux qu'il faut stopper. Selon le FMI, les augmentations d'impôts seront inévitables dans la plupart des pays... Un avis que les politiciens d'ici n'aiment pas entendre.

Beau temps, mauvais temps, augmenter les impôts est la dernière chose qu'un chef de gouvernement veuille évoquer. S'il garde les deux mains sur le volant du char de l'État, il n'en a pas moins un oeil toujours rivé au rétroviseur des indices de popularité, celle-ci tenant à si peu de choses. Il n'en parlera qu'en multipliant les précautions oratoires, si bien qu'il pourra prétendre le jour où l'inéluctable arrivera n'avoir jamais promis qu'il n'y en aurait pas.

Sur cette question, le premier ministre Jean Charest s'avance à pas de loup. Ainsi, il nous a dit au début du mois d'août ne pas écarter les augmentations de tarifs des services gouvernementaux mises de l'avant par les jeunes libéraux. Cette semaine, il faisait un autre pas, lançant à l'issue de la réunion de l'aile parlementaire libérale l'idée d'un dialogue avec les Québécois sur les finances publiques dont feront partie, il l'admet maintenant, les hausses de tarifs.

Des augmentations de tarifs sont inévitables, tous en conviennent. Même si elles étaient généralisées, il est cependant impossible qu'elles comblent le manque à gagner de 15 milliards prévu pour la période des années budgétaires 2009-10 à 2013-14. Dans le budget de mars dernier, un plan de retour à l'équilibre budgétaire proposait certaines mesures, dont une hausse de la TVQ d'un point de pourcentage en janvier 2011, mais elles ne rapporteront qu'un peu plus de 6 milliards. Reste à trouver entre 8 et 9 milliards, dont l'essentiel ne pourra que provenir des impôts.

Que dit donc Jean Charest de cela? En point de presse à la sortie du caucus, il affirmait: «Ce n'est pas un sujet qui a été soulevé dans nos discussions, et notre objectif est de garder les impôts des Québécois le plus près possible de la moyenne canadienne.» Décodons. Le premier ministre ne nous dit pas qu'il n'augmentera pas les impôts, mais dit qu'il veut éviter que le Québec ne redevienne l'une des provinces les plus imposées au Canada. Or, comme toutes les provinces sont aux prises avec des déficits, y compris la riche Alberta, elles devront toutes hausser leurs impôts. Comprenons que son objectif sera de contenir l'effort fiscal qui attend les Québécois à un niveau comparable à celui des autres

provinces.

Le gouvernement Charest atteindra-t-il son but? Peut-être, si en plus il comprime les dépenses gouvernementales qui, ces dernières années, ont crû de près du double de l'augmentation de l'inflation et de la démographie. Et à la condition aussi qu'Ottawa ne réduise pas les transferts aux provinces. Hier, le premier ministre Harper promettait de ne jamais faire une telle chose. Un engagement qu'aucun premier ministre provincial ne prendra pour argent comptant.

Comme d'autres politiciens avant lui, Jean Charest cherche à faire partager le poids de difficiles décisions et à s'en éviter les contrecoups. Pour qu'il soit productif, le dialogue qu'il propose aux Québécois se doit d'être franc. Ce ne sera possible que s'il leur présente le portrait réel de la situation des finances publiques et qu'il est prêt à débattre de tout, aussi bien des compressions de dépenses que des hausses de taxes et d'impôts. Pas que des tarifs.






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