Explications sur la crise économique mondiale - La reine et les «sorciers de la finance»
«Si tous ces problèmes étaient si gros, comment se fait-il que persone ne les ait vus venir?»
Photo : Agence Reuters
Elisabeth II: des questions royales
Un «manque d'imagination collective», causé notamment par une confiance excessive dans les «sorciers de la finance» et un mélange «d'auto-aveuglement et de prétention» d'une rare ampleur, est à l'origine de la crise économique mondiale, a expliqué la semaine dernière un groupe d'experts à la reine Élisabeth II.
Lors d'une visite officielle à la prestigieuse London School of Economics, en novembre dernier, la souveraine britannique avait eu droit à un petit exposé sur les causes de la crise financière et économique.
Sa réaction avait attiré l'attention de plusieurs parce qu'elle traduisait bien l'humeur de la population. «Mais si tous ces problèmes étaient si gros, comment se fait-il que personne ne les ait vus venir?», s'était interrogée la monarque.
Un peu plus d'une trentaine d'experts en finance, en économie mondiale et en histoire ont participé le mois dernier à un forum organisé par la British Academy et visant à apporter une réponse à la reine.
L'exercice a mené à la rédaction d'une lettre de trois pages envoyée au palais de Buckingham, la semaine dernière, avant de se retrouver dans un premier journal britannique (The Observer), dimanche, puis dans tous les autres, hier.
Il n'est pas tout à fait juste de dire que personne n'a vu venir la crise, précisent d'abord les auteurs de la lettre. Après tout, plusieurs experts et institutions nationales et internationales ont prévenu du danger que représentait la sous-évaluation des risques dans le secteur financier ou le déséquilibre mondial entre les pays développés et les puissances émergentes comme la Chine et l'Inde, à l'origine, notamment, de la bulle immobilière aux États-Unis ou en Grande-Bretagne. Personne n'a toutefois su prédire le moment où cette crise éclaterait, ni l'ampleur qu'elle aurait, rappellent les experts.
L'une des raisons est que chacun s'employait à calculer les risques dans son petit champ d'activité en «perdant souvent de vue le portrait d'ensemble», écrivent les deux professeurs ayant servi de rapporteurs au groupe d'experts: l'historien Peter Hennessy et l'économiste Tim Besley, également membre du comité de politique monétaire de la Banque d'Angleterre. «On croyait [aussi] que les sorciers de la finance avaient découvert des façons nouvelles et astucieuses de gérer le risque». Rarement a-t-on vu «un mélange d'auto-aveuglement et de prétention d'une pareille ampleur».
Il faut bien admettre que tout le monde s'est plu à se bercer d'illusions, observent les experts. Les ménages étaient ravis des faibles taux de chômage, du crédit facile et des biens importés bon marché.
Les banques faisaient de l'argent comme de l'eau. Les gouvernements se réjouissaient de voir que leur politique de contrôle de l'inflation et leur philosophie du laisser-faire leur apportaient à la fois la stabilité économique et de juteux revenus fiscaux.
Mentalité de troupeau et mantras
«Tout le monde semblait faire son travail comme il fallait, poursuivent les experts. Mais on n'a pas vu que cela s'amoncelait en une série de déséquilibres reliés entre eux et sur lesquels aucune autorité unique n'avait compétence. Lorsque cela s'est combiné à la mentalité de troupeau, aux mantras de la finance et aux gourous de la politique économique, on s'est retrouvé avec un dangereux cocktail.»
«En résumé, Votre Majesté, notre échec à prévoir le moment, l'ampleur et la gravité de la crise, ainsi qu'à la prévenir [...] a tenu principalement à un manque d'imagination collective de la part de plusieurs brillantes personnes, à la fois dans ce pays et au niveau international, à comprendre les risques que courait le système vu dans sa globalité.»
Les auteurs de la lettre disent maintenant espérer que les événements de la dernière année seront un «choc salutaire» et qu'on saura en tirer les bonnes leçons pour l'avenir. Ils font d'ailleurs part de leur intention de se retrouver bientôt de nouveau pour discuter de ces questions.
D'ici là, ils recevront peut-être un petit mot de la destinataire de leur première lettre qui n'y avait pas encore répondu hier matin, a dit en en entrevue à la BBC l'un de ses rédacteurs, le professeur Tim Besley.
Lors d'une visite officielle à la prestigieuse London School of Economics, en novembre dernier, la souveraine britannique avait eu droit à un petit exposé sur les causes de la crise financière et économique.
Sa réaction avait attiré l'attention de plusieurs parce qu'elle traduisait bien l'humeur de la population. «Mais si tous ces problèmes étaient si gros, comment se fait-il que personne ne les ait vus venir?», s'était interrogée la monarque.
Un peu plus d'une trentaine d'experts en finance, en économie mondiale et en histoire ont participé le mois dernier à un forum organisé par la British Academy et visant à apporter une réponse à la reine.
L'exercice a mené à la rédaction d'une lettre de trois pages envoyée au palais de Buckingham, la semaine dernière, avant de se retrouver dans un premier journal britannique (The Observer), dimanche, puis dans tous les autres, hier.
Il n'est pas tout à fait juste de dire que personne n'a vu venir la crise, précisent d'abord les auteurs de la lettre. Après tout, plusieurs experts et institutions nationales et internationales ont prévenu du danger que représentait la sous-évaluation des risques dans le secteur financier ou le déséquilibre mondial entre les pays développés et les puissances émergentes comme la Chine et l'Inde, à l'origine, notamment, de la bulle immobilière aux États-Unis ou en Grande-Bretagne. Personne n'a toutefois su prédire le moment où cette crise éclaterait, ni l'ampleur qu'elle aurait, rappellent les experts.
L'une des raisons est que chacun s'employait à calculer les risques dans son petit champ d'activité en «perdant souvent de vue le portrait d'ensemble», écrivent les deux professeurs ayant servi de rapporteurs au groupe d'experts: l'historien Peter Hennessy et l'économiste Tim Besley, également membre du comité de politique monétaire de la Banque d'Angleterre. «On croyait [aussi] que les sorciers de la finance avaient découvert des façons nouvelles et astucieuses de gérer le risque». Rarement a-t-on vu «un mélange d'auto-aveuglement et de prétention d'une pareille ampleur».
Il faut bien admettre que tout le monde s'est plu à se bercer d'illusions, observent les experts. Les ménages étaient ravis des faibles taux de chômage, du crédit facile et des biens importés bon marché.
Les banques faisaient de l'argent comme de l'eau. Les gouvernements se réjouissaient de voir que leur politique de contrôle de l'inflation et leur philosophie du laisser-faire leur apportaient à la fois la stabilité économique et de juteux revenus fiscaux.
Mentalité de troupeau et mantras
«Tout le monde semblait faire son travail comme il fallait, poursuivent les experts. Mais on n'a pas vu que cela s'amoncelait en une série de déséquilibres reliés entre eux et sur lesquels aucune autorité unique n'avait compétence. Lorsque cela s'est combiné à la mentalité de troupeau, aux mantras de la finance et aux gourous de la politique économique, on s'est retrouvé avec un dangereux cocktail.»
«En résumé, Votre Majesté, notre échec à prévoir le moment, l'ampleur et la gravité de la crise, ainsi qu'à la prévenir [...] a tenu principalement à un manque d'imagination collective de la part de plusieurs brillantes personnes, à la fois dans ce pays et au niveau international, à comprendre les risques que courait le système vu dans sa globalité.»
Les auteurs de la lettre disent maintenant espérer que les événements de la dernière année seront un «choc salutaire» et qu'on saura en tirer les bonnes leçons pour l'avenir. Ils font d'ailleurs part de leur intention de se retrouver bientôt de nouveau pour discuter de ces questions.
D'ici là, ils recevront peut-être un petit mot de la destinataire de leur première lettre qui n'y avait pas encore répondu hier matin, a dit en en entrevue à la BBC l'un de ses rédacteurs, le professeur Tim Besley.
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