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Des pertes d'emplois partout

François Desjardins   10 janvier 2009  Économie
Au chapitre de l’emploi, les États-Unis ont connu leur pire année depuis 1945.
Photo : Agence France-Presse
Au chapitre de l’emploi, les États-Unis ont connu leur pire année depuis 1945.
Le marché du travail s'est tenu debout autant que possible en 2008, mais les données publiées hier, qui traduisent un effondrement dans la construction et des difficultés dans le commerce, montrent qu'il ne résiste plus à la récession nord-américaine. Alors que l'économie canadienne a perdu 34 000 postes en décembre, les pertes au Québec ont atteint 9400 emplois, un chiffre qui aurait été plus élevé s'il n'y avait pas eu de campagne électorale pour générer de l'embauche dans les administrations publiques.

Pendant ce temps, au sud de la frontière, la situation a empiré une fois de plus. Le département du Travail a fait état hier d'un mois de décembre catastrophique, où 525 000 nouvelles pertes d'emplois ont mis une touche finale à la pire année depuis 1945, incitant les économistes à dire que le gouvernement doit appliquer au plus vite ses mesures d'aide à l'économie et aux travailleurs licenciés afin de limiter les dégâts.

«C'est un rappel brutal quant à l'urgence de prendre des mesures», a dit le président élu, Barack Obama, lors d'une conférence de presse en matinée. Un plan de relance de 775 milliards $US est à l'étude au Congrès américain, contenant à la fois des mesures visant à créer de l'emploi et des baisses d'impôt pour séduire les républicains. «À l'évidence, la situation est très grave. Elle se détériore et cela exige de prendre des mesures immédiates», a ajouté le 44e président des États-Unis.

Les effets au Québec

Les données de Statistique Canada montrent que cette récession dans laquelle se sont embourbés les États-Unis a maintenant des effets concrets de ce côté-ci de la frontière.

«La morosité a fini par rejoindre le marché du travail québécois en décembre», a estimé Joëlle Noreau, économiste au Mouvement Desjardins, selon laquelle la première moitié de 2009 donnera lieu à de nombreuses pertes d'emplois.

Au Québec, le taux de chômage a augmenté de 0,3 point à 7,3 %. Entre autres, le secteur de la construction a vu 18 500 emplois partir en fumée, tandis que dans les commerces 17 000 personnes ont perdu leur travail.

Mais la pénurie de main-d'oeuvre dans quelques créneaux et le vieillissement des gens aptes au travail limiteront à 8,2 % le taux de chômage au Québec et en Ontario, a prédit Mme Noreau. «C'est loin des sommets atteints lors de la récession du début des années 1990, qui se sont chiffrés respectivement à 13,3 % et 10,9 % en 1993.»

Au Canada, le taux de chômage s'est chiffré à 6,6 %, en hausse de 0,3 point de pourcentage depuis novembre. Lorsque 2008 a débuté, il se situait à 5,8 %.

La contre-performance du marché du travail canadien est attribuable à la disparition de 71 000 emplois à temps plein, a constaté Statistique Canada. Environ 36 000 postes à temps partiel ont vu le jour. «En 2008, toute la croissance de l'emploi a été attribuable au travail à temps partiel», a écrit l'agence.

Ce que fera Ottawa

Chacun de leur côté, le ministre des Finances Jim Flaherty et le premier ministre Stephen Harper se sont dits préoccupés par les pertes d'emplois qui planent sur 2009. L'année sera «très difficile», a dit M. Flaherty selon le compte rendu de plusieurs médias qui l'ont entendu parler à Thornhill, en Ontario.

Aux yeux de Sébastien Lavoie, économiste à la Banque Laurentienne, le ministre des Finances «prendra certainement bonne note» de la dégradation du marché du travail dans son prochain budget, prévu le 27 janvier.

«Il serait approprié d'introduire une réforme du programme d'assurance-emploi. Par exemple, une augmentation et un prolongement des prestations ainsi qu'une uniformisation de la période de qualification permettraient de cibler directement les régions et les ménages qui en ont le plus besoin, ce qui ne serait pas le cas avec une baisse d'impôt généralisée pour les particuliers», a dit M. Lavoie, dont les propos rejoignent ceux de plusieurs autres économistes, de même que le Conference Board et le Fonds monétaire international.

Lors de son passage à Montréal cette semaine, le ministre des Finances, Jim Flaherty, a mentionné que des ajustements au régime d'assurance-emploi figuraient parmi les pistes envisagées pour redonner du tonus à l'économie. Les syndicats, pour ne nommer qu'eux, demandent à Ottawa de faciliter l'admissibilité au régime.

Les spécialistes s'attendent en grande partie à ce que la Banque du Canada fasse passer son taux directeur de 1,5 % à 1 % lors de sa prochaine décision, le 20 janvier. Ce geste viserait à réduire le coût des emprunts pour les consommateurs et les entreprises.

Détérioration éclair

Lorsque l'année 2008 a débuté, le taux de chômage n'avait jamais été aussi faible. Mais les problèmes venus du sud de la frontière ont progressivement contaminé le marché du travail. Selon Statistique Canada, 98 000 emplois ont vu le jour entre décembre 2007 et décembre 2008, soit une augmentation de 0,6 %. Un an plus tôt, la création d'emplois s'était chiffrée à 358 000, pour une croissance de 2,2 %.

«Dans l'ensemble, nous croyons que le marché du travail canadien va perdre encore 250 000 emplois en 2009, faisant remonter le taux de chômage au-delà de 8 % d'ici la fin de l'année», a écrit dans une note de recherche Dina Cover, économiste à la Banque TD.

Aux États-Unis, les observateurs ont été surpris hier par l'augmentation rapide du taux de chômage, qui a touché un sommet de 16 ans en décembre, soit 7,2 %. La perte de 2,6 millions d'emplois en 2008, du jamais vu en plus de 50 ans, ne fera qu'alourdir la tâche qui attend l'administration de Barack Obama.

«Les consommateurs vont avoir de plus en plus peur de perdre leur emploi», a dit à l'agence Bloomberg l'économiste en chef d'IHS Global Insight, Nariman Behravesh. Le plan Obama a «besoin d'être gros, audacieux et rapide».






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  • Yann Takvorian
    Inscrit
    samedi 10 janvier 2009 07h31
    La tête dans le sable
    « Depuis quelques mois, je garde les titres des médias québécois et canadiens au sujet de la Crise.

    Alors que partout ailleurs dans le monde, on annonce qu'elle sera forte, presque catastrophique sur l'emploi et l'économie, le Canada et plus encore le Québec pérorent qu'elle ne passera pas par eux et que l'un comme l'autre pourraient même être les seuls au monde a en tirer profit.

    Il semble que la crise d'optimiste, de jovialité ou de fatuité a fondu à la mesure des données réelles.

    Ainsi, en Septembre on pouvait lire: Le Canada ne connaitrait pas de récession. Ses fondamentaux sont solides.

    En Octobre, on pouvait lire: L'Ontario connaitrait une récession légère, mais pas le Québec.

    En Novembre, on pouvait lire: La crise menace l'immobilier. Récession au Canada, ralentissement de la croissance au Québec.

    En Décembre, on pouvait lire: 70000 pertes d'emploi au Canada mais l'économie du Québec pourrait de pas flancher (Rudy le Cours)

    Il semble donc normal que, graduellement, la fiction de certains rejoigne la réalité des autres. La propagande financière, l'optimisme béat ne fonctionnent qu'un temps. C'est comme la météo. Annoncer une week-end de beau temps alors qu'il fera pourri n'aide en rien au temps qu'il fera.

    Il suffit de lire Agoravox, le Monde, les Echos (...) pour véritablement découvrir cette Crise, s'y préparer aussi. Et Obama n'y changera rien, ses milliards non plus.

    Quand l'homme de la rue est plus réaliste que les experts auto-titrés, il serait temps de faire taire ces derniers, pour de bon. »

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