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Nouveau violent coup de déprime

Éric Desrosiers   21 novembre 2008  Économie
Photo : Agence France-Presse
Fatiguées de recevoir leur ration quotidienne de mauvaises nouvelles économiques, les grandes places boursières mondiales ont été prises hier d'un nouveau violent coup de déprime.

Le nuage noir a suivi la trajectoire du soleil, avec un recul de 6,89 % de la Bourse de Tokyo et de 4,04 % de celle de Hong Kong. Les Bourses européennes n'ont pas mis de temps à suivre, le CAC 40 français perdant 3,48 % et terminant pour la première fois sous la barre des 3000 points depuis cinq ans, en même temps que Londres cédait 3,26 % et Francfort 3,08 %. Puis ce fut le tour de Wall Street de tomber, le Dow Jones clôturant à 7 552,29 points (-5,56 %), son plus bas niveau depuis cinq ans et demi, et le Standard & Poor's 500 à seulement 752,44 points (-6,71 %), du jamais vu depuis avril 1997.

La tendance a été la même plus au sud, la Bourse de Buenos Aires cédant 6,58 %. Elle a même été pire au nord, l'indice composite S&P/TSX de la Bourse de Toronto perdant d'un coup 765,80 points et clôturant à 7724,76 points, soit une chute, en une journée, de 8,9 %.

La dernière fois que l'on a vu la bourse torontoise aussi bas, c'était en octobre 2003. Cela équivaut à une dégringolade de presque la moitié de sa valeur (-47 %) en seulement cinq mois, l'indice S&P/TSX affichant encore un rutilant 15 073 points à pareille date en juin.

Comme toujours, les cours du pétrole ont eu une influence importante sur l'humeur de la bourse canadienne. La chute de la demande, avec le ralentissement économique mondial, ainsi que la crise financière, qui force les spéculateurs en manque de liquidité à effectuer des retraits massifs, ont fait passer le prix du baril de pétrole sous la barre des 50 $US. Vendu, à la clôture, 49,62 $US, le baril du «light sweet crude» n'avait pas été si bon marché à New York depuis le mois de mai 2005. C'est trois fois moins que le prix qu'on en demandait au mois de juillet de cet été.

Les titres du secteur des métaux ont également reculé hier à Toronto, tout comme ceux des grandes banques canadiennes (-16 %), secouées dans leur cas par l'annonce par la Banque TD de pertes de 350 millions attribuables à la crise financière.

Ces mauvaises nouvelles n'ont pas manqué d'affecter le dollar canadien, qui a terminé la journée à 77,31 ¢US, en recul de 2,52 ¢ par rapport à la veille.

Un bouquet de mauvaises nouvelles

Cette mauvaise tenue des marchés canadiens a tenu aussi au fait que tout le monde avait à l'oeil ce qui se passait en même temps aux États-Unis, et que ce qu'on y voyait n'avait rien de rassurant.

La principale mauvaise nouvelle de la journée a été l'annonce de l'impasse des négociations au Congrès sur un éventuel plan de sauvetage des trois grands constructeurs automobiles américains (voir autre article, en page A9). Des élus avaient d'abord laissé entendre qu'un compromis était sur le point d'être trouvé, mais le chef de la majorité démocratie au Sénat, Harry Reid, a éteint ces espoirs d'une douche froide en affirmant qu'aucun plan n'était envisageable à court terme.

Le Département américain du Travail a pour sa part annoncé une hausse du nombre des nouveaux chômeurs indemnisés, avec 542 000 nouveaux dossiers déposés. Cette augmentation est supérieure aux attentes des analystes, qui savaient pourtant que le marché de l'emploi ne se portait pas très bien. Le taux de chômage atteignait 6,5 % en octobre aux États-Unis, son plus haut niveau depuis 14 ans. La Réserve fédérale américaine a prévenu qu'il devrait encore monter pour se rendre jusqu'à 7,6 % l'an prochain.

Un autre ministère américain, celui du Trésor cette fois, avait aussi une mauvaise nouvelle à annoncer. Un fonds monétaire privé lui a demandé d'être liquidé. Le Département du Trésor a fait savoir qu'il allait, de «manière unique et exceptionnelle», compenser les pertes subies par ses investisseurs. Le montant total de ce dédommagement pourrait s'élever à 5,6 milliards. Les faillites de fonds monétaires, instruments de placement à court terme censés être très sûrs, sont extrêmement rares.

Les marchés américains se sont également remis à s'inquiéter de l'état de santé de ses institutions financières en dépit des centaines de milliards que Washington leur a transfusés. Les titres bancaires ont fait hier l'objet d'attaques, pour une deuxième journée consécutive. L'indice S&P Banking Index a reculé de 4 % après avoir perdu 10 % la veille. Les principales banques visées ont été Goldman Sachs, Morgan Stanley, JPMorgan Chase, Bank of America, mais surtout Citigroup. Avec un titre sous la barre des 5 $, son plus bas niveau en 15 ans, Citigroup dispose désormais d'une capitalisation boursière (28 milliards) à peine plus élevée que le montant de l'aide (25 milliards) que vient de lui octroyer le gouvernement fédéral dans le cadre de son plan de soutien au système financier.

Signe des temps, le marché refuge des obligations d'État américaines a battu hier de nouveaux records historiques. Le rendement du bon du Trésor à quatre semaines n'est plus que de 0,0045 % en taux annualisé, alors que celui du bon à dix ans est de 3,022 %, du jamais vu depuis que l'on a commencé à compiler ces statistiques, en 1962.

Cette descente, de creux en creux, des marchés boursiers n'est pas sans inquiéter de nombreux observateurs. «C'est très dangereux, le marché teste ses planchers», a commenté l'analyste Lindsey Piegza, de FTN Financial. «On ne reçoit que des indicateurs économiques calamiteux.»

«Tant qu'il n'y aura pas de nouvelles positives, la tendance restera à la baisse», a renchéri un autre analyste, Mace Blicksilver, de Marblehead Asset Management.

Pas le moment de discuter

La situation n'est pas plus brillante en Europe. Là aussi, l'économie a triste mine, les banques ont la déprime et les constructeurs automobiles y vont chacun leur tour d'annonces de mises à pied. L'Union européenne doit dévoiler mercredi un plan de relance économique équivalant à 1 % du produit intérieur brut européen, soit de 130 milliards d'euros (163,4 milliards $US). La présidente de la Commission des affaires économiques du Parlement européen, Pervenche Bérès, a déclaré que l'on ferait mieux de doubler tout de suite cette somme, à 2 % du PIB.

Quoi qu'il en soit, a dit le directeur général du Fonds monétaire international (FMI), Dominique Strauss-Kahn, ce n'est pas le moment pour les gouvernements «de s'enfermer dans des carcans» budgétaires comme la limite de 3 % de déficit que les membres de l'UE ont convenu de respecter dans le cadre de leur union monétaire.

Toutes ces mauvaises nouvelles en Europe et aux États-Unis affecteront peut-être encore les marchés asiatiques aujourd'hui. Hier, c'est la rarissime annonce d'un déficit commercial au Japon qui avait lancé le bal macabre. Entré en récession depuis le troisième trimestre, le pays du Soleil levant a vu un yen fort et le ralentissement brutal de la demande chez ses principaux clients infliger à ses exportations leur pire chute en sept ans.

Aux prises depuis des mois avec deux crises, financière et économique, qui n'en finissent plus, le secrétaire au Trésor américain, Henry Paulson, a convenu hier qu'une réforme de la réglementation financière s'impose (voir autre article, en page A9). Il a toutefois ajouté que ce n'était pas le temps de s'embarquer dans une entreprise aussi importante et aussi complexe lorsqu'on n'arrive, pour le moment, qu'à courir de feu en feu.

***

Avec l'Agence France-Presse et Presse canadienne






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  • Gilles Bousquet
    Inscrite
    vendredi 21 novembre 2008 08h08
    Le tout aux PARADIS FISCAUX
    « Est-ce que les PDG et autres dirigeants des grosses entreprises en difficulté vontrecevoir encore des gros salaires et bonis de "performance" quand leurs compagnies sont dans la dèche ? Je croirais qu OUI, si on se fie au passé mais leurs balounes "réputations" commencent à se dégonfler.

    Faudrait que les tonnes de milliards de dollars des paradis fiscaux soient rapatriés dans les pays d'origine pour investir ici afin de replacer l'économie sur leurs rails. »

  • Michel Thibault
    Abonné
    vendredi 21 novembre 2008 15h33
    Tôt ou tard
    « Avec toutes les bombes larguées sur l'Irak et l'opulence dans laquelle vivent certains, il est normal que les bourses finissent par tomber. Quelqu'un doit finir par en payer le prix. »

  • Roland Berger
    Abonné
    vendredi 21 novembre 2008 17h36
    Toujours aussi naïf
    « Monsieur Bousquet voudrait que les sommes faramineuses cachées dans les abris fiscaux soient rapatriées pour servir au développement du pays qu'habitent ceux et celles qui les utilisent. Les abris fiscaux sont nécessaires aux partisans du néolibéralisme. Ils doivent y cacher leur argent pour prévoir les mauvais coups de fortune qui s'abattent sur le monde ordinaire. C'est cynique comme point de vue. Évidemment. Mais qui dit mieux ?
    Roland Berger
    St-Thomas, Ontario »

  • Mylène Veilleux
    Inscrite
    samedi 22 novembre 2008 07h58
    Une idée...
    « La crise et ses impacts sur la bourse me portent à penser qu'il devrait être un engagement de la part des sociétés de garantir la valeur de leurs actions à un prix plancher connu. Une forme d'action du genre CPG à % du prix de vente initial. Évidemment, ce ne serait possible que s'il y avait santé financière de l'entreprise. Donc, concrètement, il y aurait un ordre d'achat en tout temps au prix fixé. »

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