Gare à une réglementation excessive
Photo: Daniel St-Louis
L'ancien premier ministre britannique, Tony Blair, a mis les gouvernements en garde hier contre le danger de trop en faire dans le resserrement de la réglementation des marchés financiers et de l'économie à la suite de la crise. Il les a également prévenus que le temps où un pays pouvait régler seul les grands problèmes de ce monde était révolu, y compris pour les États-Unis.
L'ex-chef travailliste était le conférencier invité d'un grand dîner organisé par la Banque TD au Palais des congrès de Montréal, auquel ont assisté près de 1500 personnes, principalement issues du milieu des affaires. Il en a profité pour aborder les questions de la crise financière mondiale, de la lutte contre le terrorisme et des changements climatiques, mais surtout pour parler de la seule façon, selon lui, de s'y attaquer en cette ère de mondialisation.
«La cause immédiate de la crise financière mondiale a été l'effondrement des subprimes, mais la cause fondamentale est l'intégration économique mondiale», a-t-il expliqué. Il est normal, dans ces circonstances, que les gouvernements se portent au secours de leurs entreprises et de leurs économies en danger, a poursuivi celui dont le successeur à la tête du Royaume uni, Gordon Brown, est devenu une star depuis que son plan d'aide aux banques britanniques a été copié par un peu tout le monde. «La deuxième étape consistera à identifier avec beaucoup de soin les domaines qui présentent des dangers systémiques et requièrent un resserrement de la réglementation.»
Mais on doit prendre garde de ne pas aller trop loin, a-t-il prévenu. «L'objectif n'est pas d'arrêter la mondialisation, mais de la faire mieux fonctionner.» On a besoin pour cela d'adapter les structures gouvernementales à la nouvelle réalité, d'investir dans le développement du capital humain et de permettre aux entreprises d'améliorer leur compétitivité et de faire des profits.
En fait, s'il n'y avait qu'un seul geste à poser, ce serait celui de relancer et de conclure les négociations du cycle de Doha à l'Organisation mondiale du commerce. «Cela enverrait un message fort que la solution n'est pas dans le repli sur soi, mais au contraire dans une plus grande ouverture sur les autres.»
La fin de l'unilatéralisme
Que l'on parle de la crise financière, de la menace terroriste ou des changements climatiques, on se retrouve chaque fois devant «des problèmes qui ne peuvent pas être réglés par les pays de façon isolée», a expliqué, parfois en français, l'ancien premier ministre de 55 ans. «Personne ne peut plus non plus espérer se mettre à l'abri derrière ses frontières.»
Cela vaut également pour la plus grande puissance mondiale, a-t-il dit en cette veille d'élection présidentielle américaine. «Il est important que les États-Unis continuent d'exercer un leadership. Mais il est important aussi que les États-Unis écoutent ce que les autres ont à dire, a déclaré Tony Blair. En contrepartie, si l'on s'attend aujourd'hui à ce que les États-Unis fassent l'effort d'écouter les autres, on doit aussi être prêts à répondre à l'appel au moment d'agir.»
À propos de la lutte contre le terrorisme islamique, il a dit qu'elle opposait d'abord et avant tout deux courants au sein des populations des pays islamiques eux-mêmes: un courant majoritaire composé de personnes modérées et ouvertes à la modernité, et un courant réactionnaire engagé dans une guerre totale contre l'Occident et ses valeurs de démocratie, de liberté et d'équité. «On parle de l'Afghanistan et de l'Irak, parfois du Pakistan ou encore de l'Iran, mais chaque fois il s'agit de la même lutte, qui menace de s'étendre à d'autres pays de la région.»
Celui qui a engagé son pays dans la guerre en Afghanistan et en Irak a déclaré que le Canada faisait «un travail fantastique» en Afghanistan, ce qui lui a valu des applaudissements de la salle. «Si nous retraitons d'Afghanistan, les pays occidentaux et [l'Islam modéré] seront repoussés partout ailleurs. Nous ne pouvons pas abandonner.»
Outre son rôle de conférencier invité, Tony Blair est aujourd'hui, entre autres choses, l'émissaire au Moyen-Orient du «Quartet», composé des Nations unies, de l'Union européenne, des États-Unis et de la Russie. Il ne perd pas espoir de voir un jour le conflit israélo-palestinien se régler. «Ce que notre processus de paix en Irlande nous a montré est que ces problèmes peuvent être résolus à condition qu'on y consacre l'énergie nécessaire», a-t-il expliqué lors d'un jeu de questions et réponses auquel il s'est adonné, pendant quelques minutes après son discours, avec l'ancien premier ministre du Nouveau-Brunswick, Frank McKenna, aujourd'hui président suppléant du Conseil du Groupe financier Banque TD.
Le plus grand défi de notre temps
Selon lui, «le plus grand défi de notre temps» sera d'arriver à «construire les alliances» qui seront nécessaires entre les pays pour s'attaquer aux problèmes d'un monde de plus en plus étroitement interrelié. «Ce n'est pas souhaitable seulement pour des raisons philosophiques ou morales, mais parce que ce sera la seule façon de pouvoir réussir au XXIe siècle.»
En matière de lutte contre le changement climatique, les pays occidentaux devront, par exemple, nécessairement trouver une manière de bâtir des ponts avec les économies émergentes chinoise et indienne s'ils veulent avoir des chances de mettre en place un plan efficace de réduction des gaz à effet de serre. «Le pouvoir se déplace vers l'est, et il se déplace vite, a noté celui qui a été premier ministre de 1997 à 2007. La montée de la Chine marquera le prochain siècle, que cela nous plaise ou non.»
Il faudra, croit-il, impérativement réformer les institutions internationales. Comment espérer traiter efficacement d'économie mondiale avec un G8 auquel n'appartient pas la Chine, de terrorisme au sein d'un Conseil de sécurité de l'ONU qui a vu le jour il y a 60 ans, ou encore d'environnement quand le secteur n'a même pas encore d'institution pouvant faire office de gouvernement mondial?
Au carrefour des cultures européennes et nord-américaines, le Canada est bien placé pour favoriser la création d'alliances transatlantiques, a souligné Tony Blair. De plus, il a bonne réputation sur la scène internationale. Cela lui permet d'y jouer un rôle positif bien qu'il «aurait la possibilité d'en faire plus», selon l'ancien premier ministre britannique.
Il est important, selon lui, que les pays occidentaux s'attaquent à des problèmes comme celui de la pauvreté en Afrique. Au delà du simple geste d'humanité, il en va encore une fois de l'importance de jeter les bases d'un monde où ils ne pourront plus simplement commander, mais devront désormais convaincre les autres pays de les suivre. «Lorsque l'on applique à l'Afrique nos valeurs de justice et d'équité, on démontre à tous que ces valeurs ne sont pas seulement bonnes pour nous lorsque cela sert nos propres intérêts.»
L'ex-chef travailliste était le conférencier invité d'un grand dîner organisé par la Banque TD au Palais des congrès de Montréal, auquel ont assisté près de 1500 personnes, principalement issues du milieu des affaires. Il en a profité pour aborder les questions de la crise financière mondiale, de la lutte contre le terrorisme et des changements climatiques, mais surtout pour parler de la seule façon, selon lui, de s'y attaquer en cette ère de mondialisation.
«La cause immédiate de la crise financière mondiale a été l'effondrement des subprimes, mais la cause fondamentale est l'intégration économique mondiale», a-t-il expliqué. Il est normal, dans ces circonstances, que les gouvernements se portent au secours de leurs entreprises et de leurs économies en danger, a poursuivi celui dont le successeur à la tête du Royaume uni, Gordon Brown, est devenu une star depuis que son plan d'aide aux banques britanniques a été copié par un peu tout le monde. «La deuxième étape consistera à identifier avec beaucoup de soin les domaines qui présentent des dangers systémiques et requièrent un resserrement de la réglementation.»
Mais on doit prendre garde de ne pas aller trop loin, a-t-il prévenu. «L'objectif n'est pas d'arrêter la mondialisation, mais de la faire mieux fonctionner.» On a besoin pour cela d'adapter les structures gouvernementales à la nouvelle réalité, d'investir dans le développement du capital humain et de permettre aux entreprises d'améliorer leur compétitivité et de faire des profits.
En fait, s'il n'y avait qu'un seul geste à poser, ce serait celui de relancer et de conclure les négociations du cycle de Doha à l'Organisation mondiale du commerce. «Cela enverrait un message fort que la solution n'est pas dans le repli sur soi, mais au contraire dans une plus grande ouverture sur les autres.»
La fin de l'unilatéralisme
Que l'on parle de la crise financière, de la menace terroriste ou des changements climatiques, on se retrouve chaque fois devant «des problèmes qui ne peuvent pas être réglés par les pays de façon isolée», a expliqué, parfois en français, l'ancien premier ministre de 55 ans. «Personne ne peut plus non plus espérer se mettre à l'abri derrière ses frontières.»
Cela vaut également pour la plus grande puissance mondiale, a-t-il dit en cette veille d'élection présidentielle américaine. «Il est important que les États-Unis continuent d'exercer un leadership. Mais il est important aussi que les États-Unis écoutent ce que les autres ont à dire, a déclaré Tony Blair. En contrepartie, si l'on s'attend aujourd'hui à ce que les États-Unis fassent l'effort d'écouter les autres, on doit aussi être prêts à répondre à l'appel au moment d'agir.»
À propos de la lutte contre le terrorisme islamique, il a dit qu'elle opposait d'abord et avant tout deux courants au sein des populations des pays islamiques eux-mêmes: un courant majoritaire composé de personnes modérées et ouvertes à la modernité, et un courant réactionnaire engagé dans une guerre totale contre l'Occident et ses valeurs de démocratie, de liberté et d'équité. «On parle de l'Afghanistan et de l'Irak, parfois du Pakistan ou encore de l'Iran, mais chaque fois il s'agit de la même lutte, qui menace de s'étendre à d'autres pays de la région.»
Celui qui a engagé son pays dans la guerre en Afghanistan et en Irak a déclaré que le Canada faisait «un travail fantastique» en Afghanistan, ce qui lui a valu des applaudissements de la salle. «Si nous retraitons d'Afghanistan, les pays occidentaux et [l'Islam modéré] seront repoussés partout ailleurs. Nous ne pouvons pas abandonner.»
Outre son rôle de conférencier invité, Tony Blair est aujourd'hui, entre autres choses, l'émissaire au Moyen-Orient du «Quartet», composé des Nations unies, de l'Union européenne, des États-Unis et de la Russie. Il ne perd pas espoir de voir un jour le conflit israélo-palestinien se régler. «Ce que notre processus de paix en Irlande nous a montré est que ces problèmes peuvent être résolus à condition qu'on y consacre l'énergie nécessaire», a-t-il expliqué lors d'un jeu de questions et réponses auquel il s'est adonné, pendant quelques minutes après son discours, avec l'ancien premier ministre du Nouveau-Brunswick, Frank McKenna, aujourd'hui président suppléant du Conseil du Groupe financier Banque TD.
Le plus grand défi de notre temps
Selon lui, «le plus grand défi de notre temps» sera d'arriver à «construire les alliances» qui seront nécessaires entre les pays pour s'attaquer aux problèmes d'un monde de plus en plus étroitement interrelié. «Ce n'est pas souhaitable seulement pour des raisons philosophiques ou morales, mais parce que ce sera la seule façon de pouvoir réussir au XXIe siècle.»
En matière de lutte contre le changement climatique, les pays occidentaux devront, par exemple, nécessairement trouver une manière de bâtir des ponts avec les économies émergentes chinoise et indienne s'ils veulent avoir des chances de mettre en place un plan efficace de réduction des gaz à effet de serre. «Le pouvoir se déplace vers l'est, et il se déplace vite, a noté celui qui a été premier ministre de 1997 à 2007. La montée de la Chine marquera le prochain siècle, que cela nous plaise ou non.»
Il faudra, croit-il, impérativement réformer les institutions internationales. Comment espérer traiter efficacement d'économie mondiale avec un G8 auquel n'appartient pas la Chine, de terrorisme au sein d'un Conseil de sécurité de l'ONU qui a vu le jour il y a 60 ans, ou encore d'environnement quand le secteur n'a même pas encore d'institution pouvant faire office de gouvernement mondial?
Au carrefour des cultures européennes et nord-américaines, le Canada est bien placé pour favoriser la création d'alliances transatlantiques, a souligné Tony Blair. De plus, il a bonne réputation sur la scène internationale. Cela lui permet d'y jouer un rôle positif bien qu'il «aurait la possibilité d'en faire plus», selon l'ancien premier ministre britannique.
Il est important, selon lui, que les pays occidentaux s'attaquent à des problèmes comme celui de la pauvreté en Afrique. Au delà du simple geste d'humanité, il en va encore une fois de l'importance de jeter les bases d'un monde où ils ne pourront plus simplement commander, mais devront désormais convaincre les autres pays de les suivre. «Lorsque l'on applique à l'Afrique nos valeurs de justice et d'équité, on démontre à tous que ces valeurs ne sont pas seulement bonnes pour nous lorsque cela sert nos propres intérêts.»
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