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Gare à une réglementation excessive

Éric Desrosiers   23 octobre 2008  Économie
Photo: Daniel St-Louis
Photo: Daniel St-Louis
L'ancien premier ministre britannique, Tony Blair, a mis les gouvernements en garde hier contre le danger de trop en faire dans le resserrement de la réglementation des marchés financiers et de l'économie à la suite de la crise. Il les a également prévenus que le temps où un pays pouvait régler seul les grands problèmes de ce monde était révolu, y compris pour les États-Unis.

L'ex-chef travailliste était le conférencier invité d'un grand dîner organisé par la Banque TD au Palais des congrès de Montréal, auquel ont assisté près de 1500 personnes, principalement issues du milieu des affaires. Il en a profité pour aborder les questions de la crise financière mondiale, de la lutte contre le terrorisme et des changements climatiques, mais surtout pour parler de la seule façon, selon lui, de s'y attaquer en cette ère de mondialisation.

«La cause immédiate de la crise financière mondiale a été l'effondrement des subprimes, mais la cause fondamentale est l'intégration économique mondiale», a-t-il expliqué. Il est normal, dans ces circonstances, que les gouvernements se portent au secours de leurs entreprises et de leurs économies en danger, a poursuivi celui dont le successeur à la tête du Royaume uni, Gordon Brown, est devenu une star depuis que son plan d'aide aux banques britanniques a été copié par un peu tout le monde. «La deuxième étape consistera à identifier avec beaucoup de soin les domaines qui présentent des dangers systémiques et requièrent un resserrement de la réglementation.»

Mais on doit prendre garde de ne pas aller trop loin, a-t-il prévenu. «L'objectif n'est pas d'arrêter la mondialisation, mais de la faire mieux fonctionner.» On a besoin pour cela d'adapter les structures gouvernementales à la nouvelle réalité, d'investir dans le développement du capital humain et de permettre aux entreprises d'améliorer leur compétitivité et de faire des profits.

En fait, s'il n'y avait qu'un seul geste à poser, ce serait celui de relancer et de conclure les négociations du cycle de Doha à l'Organisation mondiale du commerce. «Cela enverrait un message fort que la solution n'est pas dans le repli sur soi, mais au contraire dans une plus grande ouverture sur les autres.»

La fin de l'unilatéralisme

Que l'on parle de la crise financière, de la menace terroriste ou des changements climatiques, on se retrouve chaque fois devant «des problèmes qui ne peuvent pas être réglés par les pays de façon isolée», a expliqué, parfois en français, l'ancien premier ministre de 55 ans. «Personne ne peut plus non plus espérer se mettre à l'abri derrière ses frontières.»

Cela vaut également pour la plus grande puissance mondiale, a-t-il dit en cette veille d'élection présidentielle américaine. «Il est important que les États-Unis continuent d'exercer un leadership. Mais il est important aussi que les États-Unis écoutent ce que les autres ont à dire, a déclaré Tony Blair. En contrepartie, si l'on s'attend aujourd'hui à ce que les États-Unis fassent l'effort d'écouter les autres, on doit aussi être prêts à répondre à l'appel au moment d'agir.»

À propos de la lutte contre le terrorisme islamique, il a dit qu'elle opposait d'abord et avant tout deux courants au sein des populations des pays islamiques eux-mêmes: un courant majoritaire composé de personnes modérées et ouvertes à la modernité, et un courant réactionnaire engagé dans une guerre totale contre l'Occident et ses valeurs de démocratie, de liberté et d'équité. «On parle de l'Afghanistan et de l'Irak, parfois du Pakistan ou encore de l'Iran, mais chaque fois il s'agit de la même lutte, qui menace de s'étendre à d'autres pays de la région.»

Celui qui a engagé son pays dans la guerre en Afghanistan et en Irak a déclaré que le Canada faisait «un travail fantastique» en Afghanistan, ce qui lui a valu des applaudissements de la salle. «Si nous retraitons d'Afghanistan, les pays occidentaux et [l'Islam modéré] seront repoussés partout ailleurs. Nous ne pouvons pas abandonner.»

Outre son rôle de conférencier invité, Tony Blair est aujourd'hui, entre autres choses, l'émissaire au Moyen-Orient du «Quartet», composé des Nations unies, de l'Union européenne, des États-Unis et de la Russie. Il ne perd pas espoir de voir un jour le conflit israélo-palestinien se régler. «Ce que notre processus de paix en Irlande nous a montré est que ces problèmes peuvent être résolus à condition qu'on y consacre l'énergie nécessaire», a-t-il expliqué lors d'un jeu de questions et réponses auquel il s'est adonné, pendant quelques minutes après son discours, avec l'ancien premier ministre du Nouveau-Brunswick, Frank McKenna, aujourd'hui président suppléant du Conseil du Groupe financier Banque TD.

Le plus grand défi de notre temps

Selon lui, «le plus grand défi de notre temps» sera d'arriver à «construire les alliances» qui seront nécessaires entre les pays pour s'attaquer aux problèmes d'un monde de plus en plus étroitement interrelié. «Ce n'est pas souhaitable seulement pour des raisons philosophiques ou morales, mais parce que ce sera la seule façon de pouvoir réussir au XXIe siècle.»

En matière de lutte contre le changement climatique, les pays occidentaux devront, par exemple, nécessairement trouver une manière de bâtir des ponts avec les économies émergentes chinoise et indienne s'ils veulent avoir des chances de mettre en place un plan efficace de réduction des gaz à effet de serre. «Le pouvoir se déplace vers l'est, et il se déplace vite, a noté celui qui a été premier ministre de 1997 à 2007. La montée de la Chine marquera le prochain siècle, que cela nous plaise ou non.»

Il faudra, croit-il, impérativement réformer les institutions internationales. Comment espérer traiter efficacement d'économie mondiale avec un G8 auquel n'appartient pas la Chine, de terrorisme au sein d'un Conseil de sécurité de l'ONU qui a vu le jour il y a 60 ans, ou encore d'environnement quand le secteur n'a même pas encore d'institution pouvant faire office de gouvernement mondial?

Au carrefour des cultures européennes et nord-américaines, le Canada est bien placé pour favoriser la création d'alliances transatlantiques, a souligné Tony Blair. De plus, il a bonne réputation sur la scène internationale. Cela lui permet d'y jouer un rôle positif bien qu'il «aurait la possibilité d'en faire plus», selon l'ancien premier ministre britannique.

Il est important, selon lui, que les pays occidentaux s'attaquent à des problèmes comme celui de la pauvreté en Afrique. Au delà du simple geste d'humanité, il en va encore une fois de l'importance de jeter les bases d'un monde où ils ne pourront plus simplement commander, mais devront désormais convaincre les autres pays de les suivre. «Lorsque l'on applique à l'Afrique nos valeurs de justice et d'équité, on démontre à tous que ces valeurs ne sont pas seulement bonnes pour nous lorsque cela sert nos propres intérêts.»






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  • Pierre-Yves Pau
    Inscrit
    jeudi 23 octobre 2008 06h03
    Le bon sens dont on ne veut rien savoir
    « Je n'en reviens pas de lire à travers la presse québécoise ces commentaires peu flatteurs sur la conférence de Tony Blair. Qu'il s'agisse du terrorisme islamiste, de la mondialisation économique, ou de la stabilisation des marchés financiers, l me semble que ses propos reflètent le bon sens même et la crédibilité du messager est incontestable. Tout sauf des banalités, mais il faut croire que le message de passe pas dans une opinion crispée sur le catéchisme traditionnel de la gogôche québécoise, confite dans ses certitudes boules-à-mites: l'argent, ça pousse sur les arbres au parlement d'Ottawa pas vrai? Sauf qu'il n'y a pas d'arbres, dans les jardins du parlement. La grande illusion du Québec: http://www.nationalpost.com/opinion/story.html?id=30152692-af20-442e-aff8-faa631e249a9 »

  • Patrick Lavoie
    Abonné
    jeudi 23 octobre 2008 08h32
    À Monsieur Pierre-Yves Pau
    « Ce ne sont pas des 'commentaires peu flatteurs' du tout, l'article n'est qu'un compte rendu objectif de ce que Tony Blair a dit. Il n'y a aucun commentaire de la part du journaliste dans cet article. C'est vous qui êtes biaisé; relisez, vous verrez. »

  • Claude Smith
    Abonné
    jeudi 23 octobre 2008 08h49
    Le bon sens ?
    « Le gâchis actuel a-t-il été causé par la go-gauche ou par la do-droite ? L'écart grandissant entre les riches et les pauvres est-il causé par la go-gauche ou la do-droite ? Le déni des changements climatiques et la course effrénée à la consommation sont-ils le fait de la go-gauche ou de la do-droite ? ect. ect. ect.

    Claude Smith
    Claude-francoise@videotron.ca »

  • Normand Chaput
    Abonné
    jeudi 23 octobre 2008 08h57
    combien a-t-il reçu pour venir nous faire la morale?
    « Il était aux premières loges de la mondialisation donc il ne devrait pas trop s'en éloigner. Comment un homme aussi occupé à la survie économique du monde entier, à la paix dans le monde peut-il prendre le temps de venir nous entretenir au palais des congrès de Montréal? »

  • Yvon Montoya
    Abonné
    jeudi 23 octobre 2008 09h30
    Bof2
    « Comment une mentalité américaine comme la vôtre peut-elle comprendre les problématiques européennes? Il y a des milliards et des milliards d'articles comme celui-ci et sur la justice en plus sans que cela change quoi que ce soit. ce ne sont pas les citoyens qui pourrons le faire loin de là. Encore un article qui reprend par paraphrases d'autres articles écrits dans la presse internationale cette semaine. tout le monde il est bon lorsqu'il s,agit de parler mais en pratique on ne voit rien venir ou tout reste pareil. »

  • Claude L'Heureux
    Abonné
    jeudi 23 octobre 2008 11h10
    'Prendre garde de ne pas aller trop loin"
    « Quel culot de nous dire de ne pas aller trop loin alors que ces entreprises ont une entrée illimitée dans nos impôts alors que nous ne devrions pas trop les augmenter avec nos mesures sociales ! Ce que je veux entendre: que les chefs des entreprises "assistées" retournent tous leurs profits (après investissements judicieux contrôlés) au gouvernement jusqu'à remise totale de "l'assistance" comme on le fait pour les assistés sociaux qui doivent réduire tous leurs avoirs. Pendant le temps de "l'assistance" les chefs de ces entreprises devraient toucher un revenu maximum de 100 milles dollars.

    Claude L'Heureux, Québec »

  • Michelle Bergeron
    Abonné
    jeudi 23 octobre 2008 11h27
    Intervention fantoche
    « Que les gouvernements commencent seulement à faire respecter les lois en vigueur serait un brin de sérieux et la crise évitée et en plus d'avoir des comités fantoches inconpétents ou vendus aux influents de ce monde. »

  • Robert Côté
    Abonné
    jeudi 23 octobre 2008 11h32
    Réformer les autres...mais pas nous.
    « M.Blair est un bel exemple de cette pensée de la droite qui veut réformer les autres(surtout l'afrique),sans rien changer à notre façon de vivre et de faire.Les pays occidentaux n'ont pas le monopole de la vérité,de la justice (Guantanamo),et du savoir faire.Ils n'ont aucune leçon à donner aux autres pays qu'ils exploitent depuis plus de 100 ans.

    Dans les prochains mois,les ténors de la droite vont nous chanter qu'il ne faut pas réglementer la sacro-sainte économie pourtant bien responsable par sa cupidité de nos malheurs actuels.

    Lorsque l'économie mondiale répartira réellement la richesse afin que chaque humain sur cette terre est droit à un logement,à de la nourriture et à de l'eau potable (en respect avec la nature),alors M.Blair, nous aurons accompli quelque chose de grand pour l'humanité. »

  • Jean-G. Lengelle
    Inscrit
    jeudi 23 octobre 2008 13h07
    Gare à une réglementation excessive est synonyme de mépris absolu!
    « Que ce soit en faisant exterminer des dizaines de milliers d'Irakiens, ou d'Afghans, ou en nous faisant participer à la récession après des déficits invraisemblables savamment orchestrés par son ami et complice George W. Bush pour satisfaire ses fantasmes envers Saddam Hussein., Tony Blair représente une insulte à l'intelligence et à l'éthique. Qu'il continue à proclamer ses boniments trompeurs à Montréal est choquant. Mais invité de la Toronto DOMINION est révélateur, même si le dominion n'existe plus que dans l'esprit étroit et colonisé des conservateurs.
    Il ya des jours où on regrette les entarteurs! »

  • Guy Fafard
    Inscrit
    jeudi 23 octobre 2008 13h43
    Monsieur Bof2
    « Décidément monsieur Bof2 est toujours à côté de ses pompes comme bien d'autres.

    Tony Blair présente une proposition logique qui teint comptes des facteurs envirnnementaux, économiques et sociaux dans son allocution. Que demander de mieux ?

    Malheureusement il n'est plus au pouvoir. »

  • Linda Hart
    Inscrite
    jeudi 23 octobre 2008 14h09
    M. Pau et le National Post
    « Les esprits étroits comme M. Pau qui prennent leur information auprès du National Post et probablement aussi de Fox News sont profondément choqués lorsqu'ils constatent que tous les journalistes ne sont pas des bibittes rampantes au service de l'entreprise. Dommage pour lui et ses semblables, il y a encore des roseaux pensants. »

  • Jacques Gagnon
    Abonné
    jeudi 23 octobre 2008 14h12
    Sourd comme un Pau
    « Ce monsieur est tellement avide de radoter son refrain qu'il est prêt à le rejouer à tout propos.

    Il s'abreuve au National Post, journal hautement objectif comme tout le monde sait.

    Sur quelle planète vivez-vous cher monsieur ? Certes pas la planète Québec.

    .... »

  • Jacques Gagnon
    Abonné
    jeudi 23 octobre 2008 14h18
    Bla bla Blair
    « Oui bien sûr monsieur Blair, on n'y avait pas pensé, il faut modérer nos excès, sans excéder en matière de modération aussi.

    Il ne faut pas arrêter de continuer non plus, car on pourrait faire avancer la stagnation.

    Excusez-moi, il faut que j'aille acheter mon baloney mondialisé chinois.

    .... »

  • Roland Berger
    Abonné
    jeudi 23 octobre 2008 15h15
    Droite, cache-toi !
    « Il faut un certain culot de la part de Blair pour tenter de nous convaincre qu'il faille repenser la globalisation en dérangeant le moins possible ces fous de la droite qui ont mis toute la planète dans le pétrin. Droite, cache-toi !
    Roland Berger
    St-Thomas, Ontario »

  • Roland Berger
    Abonné
    jeudi 23 octobre 2008 15h18
    Parti pris ?
    « Le titre dit le point de vue. Le capitalisme, c'est bon parce que c'est bon. Il faut mettre de l'ordre dans l'économie mondiale sans déranger les fous de la droite qui ont mis la planète entière dans le pétrin. Pendant ce temps, l'Afrique crève de faim.
    Roland Berger
    St-Thomas, Ontario »

  • Pierre-Yves Pau
    Inscrit
    jeudi 23 octobre 2008 16h11
    Eille les gauchistes
    « C't un article sur moi obedon sur Mr. Blair? »

  • Jasette
    Abonné
    jeudi 23 octobre 2008 17h20
    Il y a antithèse entre la mondialisation et l'esprit de conquête unilatérale des américains.
    « Permettez-moi de vous citer pour commencer: «À propos de la lutte contre le terrorisme islamique, il a dit qu'elle opposait d'abord et avant tout deux courants au sein des populations des pays islamiques eux-mêmes: un courant majoritaire composé de personnes modérées et ouvertes à la modernité, et un courant réactionnaire engagé dans une guerre totale contre l'Occident et ses valeurs de démocratie, de liberté et d'équité.»

    Il me semble que nous sommes assez informés pour savoir que les ennemis de l'Occident n'ont rien à redire contre les valeurs apparentes qu'elle cherche à défendre. La réalité, c'est que l'Occident (USA et autres du même genre) cherche à conquérir le pétrole. Ces valeurs dont parle Tony blair sont des valeurs fictives que nos décideurs invoquent dans le but de manipuler stratégiquement notre opinion, sachant par expérience que les populations disent non à la guerre si c'est uniquement pour conquérir le pétrole.

    En parlant ainsi, j'ai bien l'impression que Tony Blair est à la solde des décideurs dont l'intention machiavélique est de conquérir les pays qui ne veulent pas collaborer à partager leur pétrole. Avec les élections aux États-Unis qui arrivent bientôt, espérons un Barack Obama au pouvoir pour remplacer Bush et un peu plus de sagesse que Bush de la part d'Obama. La mondialisation devrait faire cesser l'approche impérialiste et l'esprit de conquête unilatérale des américains.

    JM »

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