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La crise résiste à la thérapie de choc

Claude Turcotte   9 octobre 2008  Économie
La presque totalité des marchés boursiers de la planète ont encore clôturé à la baisse hier.
Photo : Agence Reuters
La presque totalité des marchés boursiers de la planète ont encore clôturé à la baisse hier.
La thérapie de choc servie hier par six des principales banques centrales des pays les plus développés du monde, en baissant leurs taux directeurs de 50 points de base, n'a réussi que partiellement à faire baisser la fièvre qui a continué d'affecter la presque totalité des marchés boursiers de la planète. À l'évidence, les dirigeants des grandes puissances ont dû reconnaître qu'il faudra en arriver à un plan d'action concerté des gouvernements et faire aussi preuve de patience, car la crise n'a pas fini de faire des dégâts.

Au cours des deux dernières journées, il y a eu plusieurs consultations et initiatives aux paliers les plus élevés du pouvoir politique. On a notamment annoncé en fin d'après-midi qu'il y aura en fin de semaine à Washington une réunion du Groupe des 20 (G20), profitant ainsi des réunions d'automne du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale. On y discutera de la crise financière et de la place prise par les pays émergents dans l'économie mondiale. Ce sera, dit-on, un prélude à la réunion du G20 qui aura lieu au Brésil en novembre. Par ailleurs, des conversations ont eu lieu entre le président Bush et la chancelière allemande Angela Merkel, qui a par la suite convenu avec le président français Nicolas Sarkozy que «les actions de l'Allemagne et de la France relatives à la crise financière seraient totalement coordonnées». L'annonce en a été faite en fin de journée par l'Élysée.

En outre, Gordon Brown, premier ministre britannique, s'est montré particulièrement actif en invitant les pays de l'Union européenne à adopter un plan européen de financement à moyen terme. Pour sa part, le premier ministre canadien, Stephen Harper, s'est dit favorable à un sommet du G8 pour régler les problèmes du système financier mondial et il a invité les autres pays à adopter un système hypothécaire semblable à celui du Canada.

Il faut ajouter à cette liste d'interventions celle d'Adbou Diouf, secrétaire général de la Francophonie, qui souhaite, au cours du Sommet de la Francophonie qui se tiendra la semaine prochaine à Québec, avoir une discussion sur la crise financière pour faire en sorte que les pays francophones «se mobilisent pour en arriver à une nouvelle architecture financière, bancaire et monétaire internationale». M. Diouf se dit tout à fait d'accord avec le président Sarkozy, qui a déjà fait part de sa volonté de refondre le capitalisme. M. Diouf a d'ailleurs eu l'occasion cette semaine d'avoir un entretien avec le président de la République. «M. Sarkozy aura certainement des choses à nous dire et à nous proposer», a confié M. Diouf.

Des Bourses en haleine pendant toute la journée

Après une nouvelle chute en avant-midi, l'indice Dow Jones à la Bourse de New York a fait une lente remontée en après-midi pour sortir timidement et brièvement de la zone négative, mais à quelques minutes de la fermeture il a replongé dans le rouge avec une baisse de 2,2 % pour l'ensemble de la journée. Cette rechute a été causée par une déclaration du secrétaire américain au Trésor, Henry Paulson. Ce dernier a affirmé que le programme mis en place pour racheter les actifs douteux des banques n'empêcherait pas certaines d'entre elles de faire faillite. «La crise ne s'arrêtera pas rapidement», a-t-il avoué, en invitant les Américains à la patience.

En temps normal, le «remède de cheval» servi par les banques centrales aurait eu un effet bénéfique immédiat sur la confiance des investisseurs, qui pour l'instant se méfient autant de la situation précaire de plusieurs banques que des signes tangibles d'une récession. C'était la première fois hier depuis septembre 2001 que des banques centrales faisaient ensemble une annonce sur les taux directeurs. La Réserve fédérale des États-Unis, la Banque du Canada, la Banque centrale européenne, ainsi que celles du Royaume-Uni, de la Suède et de la Suisse ont en effet annoncé ensemble une baisse de 50 points, ce qui a porté leurs nouveaux taux directeurs respectifs à 2,5 %, 1,5 %, 3,75 %, 4,5 %, 4,25 % et 2,5 %. Le Japon s'est dit solidaire de cette décision mais n'a rien fait, ayant un taux directeur très bas, à 0,5 %.

Même la Chine, sans faire formellement partie du groupe, a participé au mouvement et, pour la deuxième fois en un mois, a abaissé son taux directeur de 0,27 %, ce qui le situe à 6,93 %. Le gouvernement chinois dit vouloir ainsi stimuler son économie, qui subit un ralentissement. Aussi bien dire qu'il y a une récession planétaire à l'horizon. D'ailleurs, au cours de la journée, le FMI annonçait qu'il baissait ses prévisions de croissance pour l'ensemble des économies développées. Il prévoit maintenant que la croissance de ces économies ne sera globalement que de 0,5 % en 2009, soit 0,1 % aux États-Unis et 0,2 % dans la zone euro; il y aura même une baisse de 0,2 % au Royaume-Uni.

En plus de la diminution importante des taux directeurs, il y a eu dans un certain nombre de pays des décisions gouvernementales pour injecter une dose d'énergie à leur secteur bancaire. Ce fut notamment le cas en Grande-Bretagne avec l'annonce d'un plan de 98 milliards $CAN visant à une nationalisation partielle de grandes banques et la promesse de garantir des prêts bancaires à hauteur de 490 milliards. L'Italie a mis en place un fonds de soutien aux banques se situant entre 30 et 46 milliards. La Banque centrale du Mexique a pour sa part injecté 2,5 milliards pour soutenir sa monnaie. Bref, des efforts ont été faits en plusieurs endroits. Tout cela vient s'ajouter bien sûr aux 700 milliards annoncés la semaine dernière par le gouvernement américain.

Comment ont réagi les Bourses à toutes ces mesures? En fait, il semble que seule la Bourse de Toronto ait terminé la journée avec un gain, qui a été de 2,3 %. Cette légère progression faisait suite cependant à cinq séances consécutives de pertes importantes. Ailleurs dans le monde, ce fut une suite ininterrompue de replis boursiers, une chute de 9,28 % à Tokyo, de 5,18 % à Londres, de 5,8 % à Francfort, de 6,3 % à Paris, etc. Il faut préciser qu'au Canada, la plupart des institutions financières n'ont pas jugé bon de faire profiter à leurs clients de cette baisse de 50 points du taux directeur. TD Canada Trust a été la première à annoncer sa décision de ne baisser son taux préférentiel que de 25 points. Elle a expliqué que les remous qui agitent les marchés depuis quelque temps ont fait augmenter les coûts d'emprunt, d'où sa difficulté à réduire son taux à plus de 25 points. Les institutions et les économistes s'attendent d'ailleurs à ce que les banques centrales procèdent à d'autres annonces de baisse du taux directeur dans un avenir pas très éloigné.

***

Avec l'Agence France-Presse, La Presse canadienne et l'Associated Press






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