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Crise financière - Les impolis

Serge Truffaut   8 octobre 2008  Économie
La crise financière ayant accosté le continent européen avec violence, le gouvernement britannique a ordonné une nationalisation partielle du secteur bancaire. Son homologue irlandais en a fait autant pendant que l'Islandais décidait de mettre la main sur l'ensemble du secteur. En Allemagne, les autorités ont secouru un mastodonte hypothécaire et quelques seconds couteaux en ouvrant les vannes de liquidités portant l'empreinte de l'État. En France, en Espagne, en Italie et dans quelques autres pays membres de l'Union européenne, les présidents et premiers ministres ont annoncé que l'assurance sur les dépôts serait élevée à 100 000 euros. Aux Pays-Bas, le gouvernement a nationalisé le réseau que le géant Fortis avait déployé sur son territoire. Quoi d'autre? La banque centrale européenne (BCE) a annoncé une diminution du taux préférentiel.

Ainsi, du sud du Portugal au nord de la Norvège, les ministres des Finances ont endossé l'uniforme des pompiers pendant que les chefs d'État planchaient sur les moyens propres à amenuiser les conséquences d'un drame qui saigne les indices boursiers et effiloche le bas de laine de centaines de millions d'épargnants. Mais, voilà, cet activisme ayant été jugé insuffisant ou plutôt n'ayant pas l'amplitude qu'auraient souhaitée les acteurs financiers, les Dr Feelgood de l'économie, les indices poursuivent leur chute.

On veut bien admettre que nous sommes à l'ère du tout tout de suite, de l'information en temps réel et autres stigmates du virtuel, mais tout de même... comment peut-on coordonner ce qui ne peut pas l'être? Plus précisément, comment concevoir un plan d'ensemble s'appliquant aux 27 membres de l'Union européenne alors que l'on ne dispose pas de tous les outils pour ce faire? On s'explique. Sur les 27, 15 nations seulement partagent l'euro. Parmi celles qui ont refusé l'adoption de cette monnaie, on compte le Danemark, la Norvège et surtout le Royaume-Uni, dont l'économie se distingue de celles des poids lourds du continent par la prépondérance de son activité bancaire.

Ensuite, on compte autant de réglementations qu'il y a de membres de l'UE, il n'y a toujours pas d'harmonisation fiscale, et le mandat de la BCE a été limité à la lutte contre l'inflation, alors que celui de la Réserve fédérale lui commande en plus de voir à la création d'emplois. Enfin, il y a le trou noir de la comptabilité, l'ovni mathématique. De quoi s'agit-il? Prenons le cas de l'Allemagne. La chancelière Angela Merkel a refusé de participer à un plan général, global, parce qu'elle ne veut pas payer pour les méfaits commis par des banques espagnoles, anglaises ou françaises et dont on ne connaît toujours pas les montants exacts.

À cet égard, on se souviendra que certains pays ont consommé jusqu'à plus soif des subprimes, des hypothèques exotiques, alors que d'autres se sont abstenus. Si l'horizon s'annonce plus orageux en Irlande, en Espagne et au Royaume-Uni, c'est pour des raisons que tout un chacun aura devinées. Morale de cette histoire? Ceux qui hier encore chantaient leur détestation de l'État sur toutes les tribunes lui reprochent aujourd'hui son manque d'ambition.






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  • Serge Charbonneau
    Abonné
    mercredi 8 octobre 2008 06h10
    On veut votre bien et on le prend
    « Pour le monde capitaliste, l'État peut et doit se mêler du privé pour annuler les pertes, mais ne doit en aucun cas nationaliser lorsqu'il y a des profits à l'horizon.

    On utilise l'impôt des contribuables, pour contribuer aux pertes. Ainsi, les gros portefeuilles ne souffrent pas trop. Monsieur et Madame tout le monde n'aura plus de coussin social, de services sociaux, de soins de santé ou de scolarité gratuite, mais les banques et leurs actifs seront sauvés protégés et remis à leurs riches propriétaires aussitôt qu'on aura restauré leurs honteux profits.

    Une arnaque à grande échelle.
    Qui donc va en faire les frais?
    Qui donc va en jouir? Certainement pas le plus petit, le plus démuni.

    La main invisible du marché vous bénit!
    On veut votre bien et on le prend.


    Serge Charbonneau
    Québec »

  • Claude Tremblay
    Abonné
    mercredi 8 octobre 2008 07h01
    La fin d'un monde?
    « On nous prédit, à coups de voyantes et de médiums, de prophètes et de rêveurs, que la fin du monde est proche. En 1989, avec la chute du mur de Berlin, on a assisté à la fin d'un régime qui avait mal tourné, d'un monde qui avait trahi ses adeptes. Peut-être qu'il s'agit ici de la fin du monde capitaliste tel qu'on l'a connu depuis trop longtemps, hélas!

    Parce qu'il faut bien se l'avouer, le capitalisme n'est pas la panacée universelle qui rendra tout le monde heureux. Le bonheur de l'être humain réside dans une sphère plus élevée que celle où Wall Street et autres mecques de la piastre engendrent et défont si allègrement des énormes fortunes de papier, en laissant sur leur sillage des hordes de gens malheureux qui souffrent sans avoir trop compris pourquoi.

    Oui, c'est la fin d'un monde tel qu'on l'a connu. Comment va-t-on le rebâtir? Ce sera intéressant à observer... »

  • jean claude pomerleau
    Inscrit
    mercredi 8 octobre 2008 08h09
    Tout nous ramène à la stratégie d'état.
    « Celle des États Unis en matière d'économie. Les lobbys ont pris le contrôle et utilisent tous les leviers de l'état pour servir leurs intérêts plutôt que l'intérëts nationale. Le plan Paulson en est un exemple: Concocté par l'admnistration Bush pour leurs ami banquiers au détriment de l'intérët public qui en assumeront les frais. Pendant ce temps le système financier internationale est morpionné par les "produits de placements" US. À tel point qu'il est plongé dans une crise systémique globale. La stratégie d'état des néo cons aura inscrit les États Unis dans un déclin programmé. Tel est le bilan de la révolution reaganienne. Les américains doivent reprendre en mains leur état pour changer le cours des choses: http://www.vigile.net/Les-bourses-mondiales-sur-le »

  • Albert Descôteaux
    Abonné
    mercredi 8 octobre 2008 08h18
    dans 5 ans, plus qu'un mauvais souvenir
    « Tout le monde panique, certains prophètes annoncent la fin du capitalisme, etc. Présentement, notre système économique qui est basé sur la consommation, souffre d'une très vilaine grippe. Oui, ça va faire mal, mais dans 5 ans, on n'y pensera plus et la roue continuera de tourner. Les populations des pays dits développés continueront de consommer pour consommer, et dans 10-15-20 ans, on se retrouvera avec une autre crise dont la cause sera encore la consommation. Pas facile de briser de cercle vicieux, et ce sont les individus qui en sont les premiers responsables. »

  • Claude Tremblay
    Abonné
    mercredi 8 octobre 2008 11h40
    @ A. Descôteaux
    « Loin d'être prophète, je ne peux quand même pas ignorer que cette crise de 2008 a une saveur, une couleur que celle de 1929 n'avait pas. Une petite odeur planétaire, car aujourd'hui, c'est toute la planète qui marche au pas du capitalisme, même le plus grand état communiste du monde, la Chine!

    Alors, rendez-vous dans 5 ans, monsieur Descôteaux, et on verra où nous a amenés votre propre prophétie.

    Une très vilaine grippe, dites-vous? N'oublions pas qu'il y a des grippes mortelles, ou qui même guéries, laissent des séquelles intolérables, ou mieux, invivables. »

  • Pierre-Yves Pau
    Inscrit
    mercredi 8 octobre 2008 12h13
    Le pompier pyromane
    « Il est navrant de constater à quel point les commentateurs de l'actuelle crise financière manquent des bases les plus élémentaires en matière d'économie et de finance: car cette crise n'en est pas une du libéralisme, mais plutôt de l'interventionisme étatique justement.

    C'est l'interventionisme de la Fed, obnubilée par sa politique planche à billets et de taux d'intérêts à ras des paquerettes, qui est la cause principale de l'excès chronique de liquidités qui a mené l'économie mondiale au bord du précipice.

    C'est l'intervention *publique*, à savoir la politique de crédits fonciers laxistes imposée à Freddy Mac et Fanny Mae par les autorités fédérales, qui a permis à cette masse monétaire hypertophiée de venir gonfler la bulle spéculative des prêts immobiliers et des actifs qui y étaient adossés. Mais de toutes façon, si tel n'avait pas été le cas elle se serait réfugiée ailleurs.

    En l'instance, la Banque Centrale Européenne a d'ailleurs manifesté longtemps son indépendance du monde politique en se cramponnant aussi longtemps que possible, au contraire de sa contrepartie US, à des taux d'intérêts en rapport avec la croissance réelle du PIB européen. Mais voilà... son boss JC Trichet vient de craquer.

    Enfin bref, le 'libéralisme' n'a pas grand chose à voir dans tout celà, car c'est d'abord et avant tout le dirigisme mal éclairé de l'administration américaine qui est à la racine de cette catastrophe... avec des années d'inflation galopante à prévoir pour l'avenir. C'est la logique perverse de l'interventionisme étatique, ou de mauvaises décisions (faibles taux d'intérêts de la Fed en l'instance), appellent d'autres mauvaises décisions pour tenter de limiter les dégâts alors que le feu est déja pogné.

    En fait, cette crise marque plutôt la victoire par K.O. de la pensée libérale et plus particulièrement celle de l'école autrichienne. À ce stade, ou bien les états renflouent les banques, ou bien le moteur coince. Je n'ai pas de mal à imaginer que les gouvernements choisiront la première option... avec à la clef, le sacrifice de la maîtrise de l'inflation.

    Il faudrait que les journalistes se mettent enfin sérieusement à essayer de comprendre les rouages de l'économie, au lieu de rédiger des tracts poliques: ça fait peut-être du bien, mais ça n'éclaire pas davantage qu'une allumette éteinte dans le cul d'un singe.

    Ce à quoi nous assistons actuellement avec les plans Paulson et cie, c'est tout simplement un remake du `Pompier pyromane'. »

  • André Chamberland
    Inscrit
    mercredi 8 octobre 2008 13h14
    Si je comprends bien, les petits feront survivre les gros
    « Étatiser des dettes et des crises revient à les refiler au petit peuple. Pas brillant ! »

  • Albert Descôteaux
    Abonné
    mercredi 8 octobre 2008 15h53
    @ C. Tremblay
    « je suis d'accord avec vous sur la gravité de la crise actuelle. Les diverses civilisations qui se sont succédé avant nous en ont vu des pires. La terre n'arrêtera pas de tourner et nos concitoyens ne guériront malheureusement de leur consommite aigue qui est une cause importante de la crise actuelle. »

  • Roland Berger
    Abonné
    mercredi 8 octobre 2008 16h17
    Suprême ironie
    « Il est ironique de voir les chantres d'un libéralisme économique absolu accuser aujourd'hui les gouvernements de ne pas s'empresser de les sauver en fouillant dans les poches des contribuables déjà trouées.
    Roland Berger
    St-Thomas, Ontario »

  • Normand Chaput
    Abonné
    mercredi 8 octobre 2008 17h58
    notre expert du Devoir en économie
    « J'ai lu au moins quinze fois depuis deux ans notre expert nous dire que le pire était derrière nous. Puis il donne des cours on the side! »

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