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La crise financière ne fait pas encore sentir ses effets sur l'économie réelle

Gérard Bérubé   1 octobre 2008  Économie
La vigueur de l'activité économique au Canada a surpris en juillet. La hausse observée du PIB, la plus importante depuis mars 2004, ne reflète toutefois pas cette crise financière qui a gagné en intensité depuis quelques semaines. D'ailleurs, pour Jeff Rubin, économiste en chef de Marchés mondiaux CIBC, le fait que cette crise ne se soit pas encore répercutée sur l'économie dite réelle explique l'opposition du Congrès américain au plan de sauvetage de 700 milliards. Or les effets de ces turbulences sauront rattraper l'économie canadienne, et l'Américain moyen, préviennent les analystes.

La croissance du PIB canadien s'est chiffrée à 0,7 % en juillet, surpassant de loin la prévision de 0,2 % des analystes. Ce gain, soit la plus forte hausse mensuelle depuis mars 2004, survient après celui de 0,1 % en juin et une baisse de 0,1 % en mai. Pour Marc Pinsonneault, économiste principal à la Financière Banque Nationale, «même si le PIB réel devait rester en panne au cours des deux mois suivants, la croissance économique se situerait à un niveau annualisé de 2,9 % au troisième trimestre».

Il reste que le rythme de juillet pourra difficilement se poursuivre. On retient que la croissance mesurée repose pour moitié sur le secteur de l'énergie, stimulé par une série de facteurs non récurrents. De plus, le secteur de la fabrication a affiché une augmentation de sa production de 1,3 %. «À l'avenir, étant donné le ralentissement de la croissance économique mondiale et en particulier aux États-Unis, nous doutons que la hausse de la production manufacturière de juillet [...] sera durable», a ajouté l'économiste.

«Alors que la confiance des consommateurs et des entreprises sera vraisemblablement durement atteinte par la récente série d'événements, une activité beaucoup plus faible semble au programme au quatrième trimestre», a renchéri Douglas Porter, de BMO Marché des capitaux.

Cette distorsion entre l'économie dite réelle et la crise financière qui secoue les banques et assèche le marché du crédit ne pourra persister. Mais pour l'heure, le fait que l'Américain moyen ne se sente pas touché par les déboires de Wall Street vient expliquer les réticences du Congrès américain à donner son aval au plan de sauvetage de 700 milliards. Toutefois, «l'Américain moyen se montrera probablement moins hostile à un plan de sauvetage lorsqu'il ressentira les effets désastreux de cette crise financière», croit Jeff Rubin, économiste et stratège en chef de Marchés mondiaux CIBC. Or, «quand viendra ce moment, le système financier mondial pourrait avoir subi des dommages systémiques», craint-il.

Jeff Rubin parle d'un gouffre, toujours plus profond, qui sépare les financiers de Wall Street du peuple américain. «Malgré la liste de plus en plus longue de banques qui ont dû déclarer faillite aux États-Unis et l'augmentation des écarts de crédit, particulièrement pour les institutions financières elles-mêmes, la crise qui touche Wall Street n'a pas encore eu de répercussions importantes sur l'Américain moyen.» Les taux d'intérêt sur les prêts hypothécaires à taux variable ont pourtant augmenté de presque un point de pourcentage aux États-Unis, les prêts automobiles sont de plus en plus difficiles à obtenir et les contrats de location pour des véhicules très énergivores sont pratiquement chose du passé. Mais «comme les pertes d'emplois et de production industrielle sont minimes jusqu'à maintenant, l'Américain moyen n'a pas encore beaucoup souffert de la crise qui affecte les marchés financiers».

Dit autrement, «c'est la nature très bénigne du ralentissement actuel de l'économie en général qui pourrait constituer le plus grave danger dans l'avenir. Sans une détérioration marquée du taux de chômage ou de la croissance du PIB, le peuple américain pourrait bien demeurer indifférent aux malheurs de Wall Street». Il a estimé qu'il faudrait un trimestre ou deux avant qu'un tel impact ne soit mesuré.

Dans son rapport, l'économiste de la CIBC a écarté toute ressemblance entre l'origine de cette crise, associée à l'effondrement du marché immobilier américain, et la conjoncture immobilière canadienne. Il a parlé d'un retour graduel à l'équilibre ici alors qu'au Sud, les prix de l'habitation sont en baisse depuis deux ans. Le recul moyen atteint désormais les 18 % et pourrait se chiffrer à 25 % au creux.

Sans compter que, dans ce jeu des comparaisons, «les ménages américains étaient plus vulnérables que les ménages canadiens à la crise de l'habitation en raison de leur endettement qui est plus important et de la valeur nette de leur patrimoine qui est beaucoup moins élevée». Sans oublier l'exposition au crédit hypothécaire à haut risque, l'éclatement de la bulle des subprimes ayant servi de catalyseur à cette crise financière. «Au sommet du cycle actuel, les prêts hypothécaires à risque comptaient pour au moins 33 % des montages de prêts hypothécaires aux États-Unis. À la même époque, le pourcentage des prêts hypothécaires non conformes a culminé à 5,4 % au Canada», a illustré Jeff Rubin.






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Vos réactions

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  • Rioux Margot
    Inscrite
    mercredi 1 octobre 2008 09h58
    ben voyons donc!
    « Si j'ai bien compris, l'américain moyen n'a rien perdu!!!
    J'écoutais un reportage sur TV5 qui disait que près de 50 % des propriétaires (depuis 2 ans) ont recu une <<note>> d évacuation pour défauts de paiements. A qui le tour? »

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