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Wall Street retient son souffle

Gérard Bérubé   17 septembre 2008  Économie
Les investisseurs ont retenu leur souffle hier, les yeux rivés sur l'opération de sauvetage d'AIG, l'un des plus gros assureurs du monde. Les grands indices boursiers nord-américains sont revenus en territoire positif, au terme d'une séance hautement volatile dominée par les interventions répétées des banques centrales visant à éviter un assèchement du marché du crédit. Dans l'attente du geste de Washington, le mot d'ordre était à l'accalmie, avec une Réserve fédérale maintenant son taux directeur inchangé afin de ne pas transformer la nervosité ambiante en panique.

Hier soir, la Réserve fédérale américaine (Fed) a finalement autorisé la Fed de New York à accorder un prêt de 85 milliards au géant de l'assurance pour le sauver d'une faillite. Le prêt garanti porte sur deux ans et prévoit une prise de participation du gouvernement à hauteur de 79,9 % du capital. L'État disposera en outre d'un droit de veto sur le paiement des dividendes aux actionnaires prioritaires en vertu de cet accord qui a reçu l'aval du département du Trésor et le soutien du président américain, George Bush.

Dans son communiqué, la Fed explique que le placement en faillite désordonnée d'Americain International Group «aurait ajouté aux niveaux déjà significatifs de fragilité des marchés financiers» et aurait pu avoir des conséquences néfastes pour l'ensemble de l'économie. De fait, ce prêt devrait permettre, ajoute l'autorité financière, la cession de certaines activités par AIG dans un cadre plus favorable que celui d'une faillite.

Plus tôt l'assureur américain, troisième au monde derrière le néerlandais ING et l'allemand Allianz, se faisait confiant. Se disant solvable, mais aux prises avec une crise de liquidité, AIG a diffusé un communiquédans lequel elle insistait sur le fait que «les activités d'assurance vie, d'assurance générale et de retraite, y compris en Asie, continuent à fonctionner normalement et restent convenablement capitalisées et pleinement capables d'honorer leurs obligations envers leurs assurés». AIG compte 74 millions de clients, en majeure partie américains, et emploie 116 000 personnes dans 130 pays.

Après l'effondrement de Lehman Brothers et l'achat in extremis de Merrill Lynch, les projecteurs s'étaient tournés sur AIG, troisième assureur mondial avec un actif de 1000 milliards renfermant un portefeuille à risque de 440 milliards fragilisés par la crise immobilière. Le gouverneur de l'État de New York ne donnait, hier, que la journée à AIG pour réunir les 75 à 80 milliards salvateurs devant lui permettre d'éviter d'emprunter le même chemin que Lehman. Les experts craignaient hier que, contrairement à la banque d'affaires, une défaillance d'AIG ait des conséquences systémiques, sa chute risquant de provoquer un effet de dominos sur les autres institutions financières au niveau planétaire.

Auparavant, la Réserve fédérale avait refusé de répondre à l'appel du marché l'invitant à abaisser son taux directeur. La banque centrale américaine a plutôt fait le pari d'un statu quo en maintenant son taux interbancaire à 2 %, évitant tout geste précipité qui aurait pu engendrer la confusion et alimenter une réaction de panique sur des marchés boursiers déjà secoués. En s'en tenant à une lecture plaçant les risques d'une baisse de la croissance en équilibre avec les risques inflationnistes, la Fed a surtout rappelé que la crise financière actuelle n'est pas une affaire de coût, mais plutôt de disponibilité du crédit.

D'ailleurs, plusieurs grandes banques centrales s'activaient, hier, à fournir les liquidités nécessaires au système. La Fed, pour sa part, a injecté quelque 70 milliards dans le système bancaire hier, pour une deuxième séance consécutive. En Europe, la BCE a consenti 100 milliards d'euros en deux jours en nouvelles liquidités.

Ces manoeuvres ont réussi à calmer le jeu. Après avoir chuté de 505 points (4,4 %) lundi, le Dow Jones a repris 141,51 points (1,3 %) pour clôturer à 11 059,02. Plus large et plus représentatif, l'indice S&P 500 a avancé de 20,90 points, à 1213,60. À Toronto, le S&P/TSX avait fondu de 515 points lundi, poussant à 20 % sa perte depuis son sommet de juillet. L'indice baromètre glissait de 351 points en cours de séance hier pour se ressaisir et terminer à 12 226,99, en hausse de 27,04 points.

Même si les autorités américaines n'avaient pas annoncé leurs couleurs avant la fermeture des marchés, les investisseurs pouvaient s'alimenter à partir des conjectures et des rumeurs d'intervention du gouvernement dans le sauvetage d'AIG. Ils accueillaient également favorablement l'annonce des résultats financiers de deux dernières banques d'investissements restantes. Goldman Sachs est demeurée bénéficiaire au troisième trimestre, avec un bénéfice de 845 millions, en baisse de 70 % sur un an. Morgan Stanley a également eu un effet d'apaisement en déclarant par anticipation l'inscription d'un bénéfice net de 1,42 milliard au troisième trimestre, battant les attentes des analystes.

Enfin le Wall Street Journal, dans son édition en ligne, mentionnait en soirée que la banque britannique Barclays était parvenue à un accord pour racheter les activités de Lehman Brothers aux États-Unis. La transaction, qui doit être annoncée aujourd'hui, s'élève à deux milliards, et concernerait 9000 des plus de 28 500 employés de Lehman.






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Vos réactions

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  • Marc M. Davignon
    Abonné
    mercredi 17 septembre 2008 11h19
    Il faut, il faut, il faut....
    « Déréglementer. Libéralisé. Moins de gouvernements dans le business.

    Où sont-ils ceux qui ont poussé ces idées?

    Ils nous ont fait croire que le privé était la meilleure façon de gérer les fonds publics.

    Avons-nous besoin d'un meilleur exemple? D'après vous, qui est le meilleur? Le privé ou le public?

    Que devrions-nous faire avec les hôpitaux? Avec le partenariat public-privé ? »

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