Des munitions pour les anti-Rabaska
Photo : Agence France-Presse
Un navire transportant du gaz naturel liquéfié comme ceux qui circuleront sur le Saint-Laurent lorsque le projet Rabaska se concrétisera.
L'État du Massachusetts s'apprête à imposer des normes sévères pour éloigner les projets de ports méthaniers des zones habitées. En fait, si une telle législation était en vigueur au Québec, le projet Rabaska ne pourrait voir le jour sous sa forme actuelle.
Le texte du projet de loi, qui n'attend plus que l'approbation du gouverneur démocrate de l'État, Deval Patrick, précise que tout terminal méthanier devrait être construit de façon à respecter «une distance minimale de 5000 pieds [1,52 km] du centre du réservoir de gaz naturel liquéfié à la résidence la plus près, ou encore les écoles, hôpitaux, centres de soins, entreprises ou développements». De plus, la législation stipule que les méthaniers ne devraient jamais circuler à moins de 500 mètres de ces mêmes éléments.
Si elles entrent en vigueur, les nouvelles règles pourraient signer l'arrêt de mort du port méthanier que souhaite implanter Weaver Cove Energy LLC à Fall River, au nord-ouest de Boston. Les dirigeants de l'entreprise pourraient toutefois contester le règlement, prétextant que les lois fédérales, moins contraignantes, doivent primer celles de l'État.
Le débat autour de la construction de ces installations fait rage depuis plusieurs années et a fait l'objet de nombreuses critiques. En octobre 2007, la Garde côtière américaine avait par exemple estimé que les méthaniers représentaient un risque pour la navigation dans le secteur. Les sénateurs John Kerry et Ted Kennedy s'y sont aussi opposés.
Le projet Rabaska
Le texte, approuvé la semaine dernière par la Chambre des représentants et le Sénat de l'État, pourrait également relancer le débat au sujet du projet de port méthanier de Rabaska. Dans le cas du complexe prévu sur les rives du Saint-Laurent, en effet, on retrouve un total de 133 familles, résidentes de Lévis ou de Beaumont, dans un rayon de 1,5 km du site. Yves Saint-Laurent, de la coalition Rabat-joie, s'inquiète d'ailleurs du risque que poseront les installations, surtout en cas d'accident. «On va être des rats de laboratoire pendant qu'aux États-Unis on interdit ce genre de projet à proximité des zones habitées», soutient-il.
Au ministère du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs, on a simplement renvoyé Le Devoir au «Rapport d'analyse environnementale» déposé en octobre 2007. Le document souligne surtout qu'il faudra tenir compte de la présence de résidences à proximité du site dans l'élaboration du plan d'urgence à appliquer en cas d'accident.
Le rapport précise aussi que les zones d'exclusion prévues sont de 400 mètres autour des réservoirs de gaz naturel liquéfié et de 500 mètres autour des bras de déchargement sur l'appontement. On y souligne ainsi que «les zones d'exclusion n'empiètent pas sur les propriétés privées limitrophes». Le projet a en outre déjà toutes les autorisations nécessaires de la part des gouvernements provincial et fédéral depuis plusieurs mois.
Les promoteurs, qui estiment qu'une zone d'exclusion de 500 mètres est suffisante, se sont néanmoins engagés à dédommager les résidents qui se trouvent dans un rayon de 1,5 km, en cas de perte de valeur de leur propriété ou de hausse de leurs primes d'assurances. Leur porte-porte, Simon Poitras, a précisé hier que ces mesures n'ont rien à voir avec la sécurité, mais doivent plutôt servir à indemniser les résidents qui se sentiraient «inconfortables» de demeurer à proximité des installations.
Selon Yves Saint-Laurent, Rabaska, conscient du risque, a même offert d'acheter toutes les résidences qui se trouvent dans cette zone. «Les promoteurs se sentaient un peu coupables, mais le gouvernement, lui, ne s'est jamais senti coupable, affirme-t-il. Il n'a jamais écouté les experts qui se sont prononcés durant les consultations du Bureau d'audiences publiques sur l'environnement. Pourtant, la plupart ont évoqué des zones de danger de 1,5 à trois kilomètres autour des ports méthaniers.»
Des experts des directions de la santé publique de Chaudière-Appalaches et de la Capitale-Nationale s'étaient pour leur part montrés très critiques à l'égard des conclusions du rapport du Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE) en ce qui a trait à la sécurité. «Les "passé-près" sont nombreux, tant dans le corridor maritime que les installations terrestres», avaient-ils fait valoir en septembre 2007 dans un rapport.
Ils soulignaient ainsi qu'en cas d'accident, le rayonnement thermique intense pourrait toucher des éléments sensibles dans les secteurs de la pointe est de l'île d'Orléans, de Saint-Laurent-de-l'île-d'Orléans, et de Lévis-Beaumont. Dans son rapport, le BAPE avait pris note de cette possibilité sans toutefois formuler de recommandation, soulignant que le risque d'accident était très faible.
Un pas de plus
Par ailleurs, Québec a cédé récemment à Rabaska une partie du «domaine hydrique» du Saint-Laurent en lui permettant d'utiliser le lit du cours d'eau pour y construire ses quais. La durée du bail locatif est de 55 ans. Le décret gouvernemental précise que ces installations incluent «une jetée maritime, un quai d'amarrage muni de digues déflectrices et des installations d'amarrage et de déchargement de gaz naturel liquéfié». Cette zone de 51,6 hectares est située dans les limites du territoire de Lévis.
Réunissant Gaz Métro, Enbridge inc. et Gaz de France, le projet Rabaska prévoit la construction, au coût de 840 millions de dollars, d'un terminal méthanier dans l'est de Lévis. Ce terminal sera constitué d'une jetée en eau profonde dans le Saint-Laurent permettant de recevoir les navires méthaniers (qui peuvent atteindre 300 mètres de longueur) et leur chargement de gaz naturel liquéfié (GNL). Des conduites cryogéniques souterraines relieront la jetée à deux réservoirs, où sera entreposé de façon temporaire le GNL en attendant d'être regazéifié pour être injecté dans le réseau de transport de gaz naturel du Québec et de l'Ontario. Les travaux de construction devraient débuter d'ici 2011, de façon à recevoir les premières livraisons de l'entreprise russe Gazprom en 2014.
En marge de la séance du comité de l'UNESCO sur le patrimoine mondial qui se tenait à Québec au mois de juillet, le Groupe d'initiatives et de recherches appliquées au milieu a dit craindre que Québec perde son statut de ville du patrimoine mondial si le port méthanier de Rabaska voit le jour.
Le texte du projet de loi, qui n'attend plus que l'approbation du gouverneur démocrate de l'État, Deval Patrick, précise que tout terminal méthanier devrait être construit de façon à respecter «une distance minimale de 5000 pieds [1,52 km] du centre du réservoir de gaz naturel liquéfié à la résidence la plus près, ou encore les écoles, hôpitaux, centres de soins, entreprises ou développements». De plus, la législation stipule que les méthaniers ne devraient jamais circuler à moins de 500 mètres de ces mêmes éléments.
Si elles entrent en vigueur, les nouvelles règles pourraient signer l'arrêt de mort du port méthanier que souhaite implanter Weaver Cove Energy LLC à Fall River, au nord-ouest de Boston. Les dirigeants de l'entreprise pourraient toutefois contester le règlement, prétextant que les lois fédérales, moins contraignantes, doivent primer celles de l'État.
Le débat autour de la construction de ces installations fait rage depuis plusieurs années et a fait l'objet de nombreuses critiques. En octobre 2007, la Garde côtière américaine avait par exemple estimé que les méthaniers représentaient un risque pour la navigation dans le secteur. Les sénateurs John Kerry et Ted Kennedy s'y sont aussi opposés.
Le projet Rabaska
Le texte, approuvé la semaine dernière par la Chambre des représentants et le Sénat de l'État, pourrait également relancer le débat au sujet du projet de port méthanier de Rabaska. Dans le cas du complexe prévu sur les rives du Saint-Laurent, en effet, on retrouve un total de 133 familles, résidentes de Lévis ou de Beaumont, dans un rayon de 1,5 km du site. Yves Saint-Laurent, de la coalition Rabat-joie, s'inquiète d'ailleurs du risque que poseront les installations, surtout en cas d'accident. «On va être des rats de laboratoire pendant qu'aux États-Unis on interdit ce genre de projet à proximité des zones habitées», soutient-il.
Au ministère du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs, on a simplement renvoyé Le Devoir au «Rapport d'analyse environnementale» déposé en octobre 2007. Le document souligne surtout qu'il faudra tenir compte de la présence de résidences à proximité du site dans l'élaboration du plan d'urgence à appliquer en cas d'accident.
Le rapport précise aussi que les zones d'exclusion prévues sont de 400 mètres autour des réservoirs de gaz naturel liquéfié et de 500 mètres autour des bras de déchargement sur l'appontement. On y souligne ainsi que «les zones d'exclusion n'empiètent pas sur les propriétés privées limitrophes». Le projet a en outre déjà toutes les autorisations nécessaires de la part des gouvernements provincial et fédéral depuis plusieurs mois.
Les promoteurs, qui estiment qu'une zone d'exclusion de 500 mètres est suffisante, se sont néanmoins engagés à dédommager les résidents qui se trouvent dans un rayon de 1,5 km, en cas de perte de valeur de leur propriété ou de hausse de leurs primes d'assurances. Leur porte-porte, Simon Poitras, a précisé hier que ces mesures n'ont rien à voir avec la sécurité, mais doivent plutôt servir à indemniser les résidents qui se sentiraient «inconfortables» de demeurer à proximité des installations.
Selon Yves Saint-Laurent, Rabaska, conscient du risque, a même offert d'acheter toutes les résidences qui se trouvent dans cette zone. «Les promoteurs se sentaient un peu coupables, mais le gouvernement, lui, ne s'est jamais senti coupable, affirme-t-il. Il n'a jamais écouté les experts qui se sont prononcés durant les consultations du Bureau d'audiences publiques sur l'environnement. Pourtant, la plupart ont évoqué des zones de danger de 1,5 à trois kilomètres autour des ports méthaniers.»
Des experts des directions de la santé publique de Chaudière-Appalaches et de la Capitale-Nationale s'étaient pour leur part montrés très critiques à l'égard des conclusions du rapport du Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE) en ce qui a trait à la sécurité. «Les "passé-près" sont nombreux, tant dans le corridor maritime que les installations terrestres», avaient-ils fait valoir en septembre 2007 dans un rapport.
Ils soulignaient ainsi qu'en cas d'accident, le rayonnement thermique intense pourrait toucher des éléments sensibles dans les secteurs de la pointe est de l'île d'Orléans, de Saint-Laurent-de-l'île-d'Orléans, et de Lévis-Beaumont. Dans son rapport, le BAPE avait pris note de cette possibilité sans toutefois formuler de recommandation, soulignant que le risque d'accident était très faible.
Un pas de plus
Par ailleurs, Québec a cédé récemment à Rabaska une partie du «domaine hydrique» du Saint-Laurent en lui permettant d'utiliser le lit du cours d'eau pour y construire ses quais. La durée du bail locatif est de 55 ans. Le décret gouvernemental précise que ces installations incluent «une jetée maritime, un quai d'amarrage muni de digues déflectrices et des installations d'amarrage et de déchargement de gaz naturel liquéfié». Cette zone de 51,6 hectares est située dans les limites du territoire de Lévis.
Réunissant Gaz Métro, Enbridge inc. et Gaz de France, le projet Rabaska prévoit la construction, au coût de 840 millions de dollars, d'un terminal méthanier dans l'est de Lévis. Ce terminal sera constitué d'une jetée en eau profonde dans le Saint-Laurent permettant de recevoir les navires méthaniers (qui peuvent atteindre 300 mètres de longueur) et leur chargement de gaz naturel liquéfié (GNL). Des conduites cryogéniques souterraines relieront la jetée à deux réservoirs, où sera entreposé de façon temporaire le GNL en attendant d'être regazéifié pour être injecté dans le réseau de transport de gaz naturel du Québec et de l'Ontario. Les travaux de construction devraient débuter d'ici 2011, de façon à recevoir les premières livraisons de l'entreprise russe Gazprom en 2014.
En marge de la séance du comité de l'UNESCO sur le patrimoine mondial qui se tenait à Québec au mois de juillet, le Groupe d'initiatives et de recherches appliquées au milieu a dit craindre que Québec perde son statut de ville du patrimoine mondial si le port méthanier de Rabaska voit le jour.
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