mercredi 25 novembre 2009 Dernière mise à jour 09h58


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

Le prix du pétrole baisse-t-il pour mieux remonter?

François Desjardins   23 juillet 2008  Économie
Jusqu'où le baril va-t-il tomber? Voilà la question qui occupait les marchés hier, où le cours du pétrole a une fois de plus reculé de 3 $ pendant que le dollar américain suivait la trajectoire inverse et que la composante démocrate du Sénat américain faisait la promotion d'un projet de loi visant à limiter la spéculation.

Sur le Nymex, à New York, le cours du baril pour livraison en août a diminué de 2,4 % à 127,95 $US, une chute de près de 20 $US depuis le sommet historique de 147,27 $US qu'il s'est permis d'atteindre le 11 juillet. À de nombreuses stations d'essence, le prix à la pompe était de nouveau en baisse hier, tant à Montréal qu'à Québec. Malgré cela, le niveau actuel du prix du pétrole est de 70 % supérieur à celui qu'il affichait l'an dernier.

Cette ascension vertigineuse ne trouve pas d'explication consensuelle parmi les observateurs, certains évoquant le principe de l'offre et de la demande — de la part de pays émergents comme la Chine et l'Inde — alors que d'autres y voient une conséquence indirecte de l'arrivée des fonds d'investissement dans l'arène pétrolière depuis quelques années.

À Washington, un projet de loi visant à établir des nouvelles règles pour les investissements dans les contrats à terme sur le pétrole a fait l'objet d'un vote clé. Le résultat — 94 pour, zéro contre — signifie que le projet fera l'objet d'un débat. La date d'un éventuel vote final n'est pas connue.

Le projet, selon les démocrates, permettrait à la Commodity Futures Trading Commission d'imposer des limites aux joueurs du marché qui achètent des contrats à terme sans avoir l'intention de prendre livraison du liquide. De plus, les Bourses sur lesquelles se négocient des instruments financiers de nature énergétique feraient face à des obligations de transparence plus grandes.

«La raison pour laquelle nous avons un baril à 130 $, 140 $, 145 $, c'est qu'il y a une spéculation excessive, sans répit sur ces marchés, a dit lors d'un point de presse le sénateur Byron Dorgan, dont les propos ont été largement diffusés. Rien, dans l'offre et la demande de la dernière année, ne justifie le prix du pétrole.»

L'Organisation des pays producteurs de pétrole (OPEP) blâme aussi la ruée des grands investisseurs.

Les critiques accusent les démocrates de chercher un bouc émissaire, n'importe lequel, pour se faire du capital politique aux yeux de l'électorat. Bien que la taille du marché des contrats à terme a sextuplé depuis 2000, disent-ils, cela n'explique pas la montée des cours. Les républicains, pour leur part, souhaiteraient recommencer à forer en haute mer et voudraient creuser le sous-sol d'une réserve protégée en Alaska, ce que le projet de loi ne prévoit pas.

Hier, un certain nombre d'investisseurs semblent avoir liquidé leurs positions et être sortis du marché. Selon les données du Nymex, le nombre de contrats sur le pétrole brut a reculé de près de 3 %, à 1,23 million. Il s'agit d'un creux de 17 mois. Cependant, le nombre de contrats ouverts a diminué de plus de 20 % depuis un an, pendant que les cours explosaient.

Prévisions contraires

La baisse des derniers jours va dans le sens contraire de ce que certains analystes prévoient pour l'année. «Nous croyons que le prix du pétrole va se situer en moyenne à 158 $US d'ici la fin de 2008, a dit Dale Orr, de la firme de recherche Global Insight, à Toronto. Au cours du troisième trimestre, on le prévoit autour de 146 $US.» Les plus récentes prévisions de la firme placent le baril en moyenne à 133 $US au cours de l'année prochaine.

À la Financière Banque Nationale, où les économistes croient à l'hypothèse de la spéculation, le son de cloche est radicalement différent. «À notre avis, plusieurs acteurs financiers se sont servis du pétrole comme police d'assurance pour protéger leur exposition aux actifs financiers américains (la devise, les banques, la dette, etc.)», a écrit lundi l'économiste en chef, Clément Gignac. «Notre cible de 15 à 18 mois se situe toujours à 75-80 $US», a ajouté M. Gignac, qui avait été un des premiers à prédire la parité du dollar canadien.

Une des hypothèses sur les marchés hier tenait aussi aux propos véhiculés la semaine dernière par le président de la Réserve fédérale américaine, Ben Bernanke. Ce dernier a indiqué que l'économie irait mieux que prévu au cours de l'année 2008 mais que les incertitudes ne cessaient de prendre de l'ampleur.

Dans un tel contexte, la logique veut que la demande d'essence de la part des automobiles s'affiche en baisse, cela ayant un impact direct sur le cours du gallon d'essence sur le Nymex.

Parmi les autres variables qui pouvaient jouer un rôle hier dans le cours du pétrole brut figuraient les commentaires du président de la Fed régionale de Philadelphie. Charles Plosser a dit que la Fed de M. Bernanke aurait besoin de hausser son taux directeur «plus tôt que tard» pour combattre l'inflation.

Certains cambistes ont vu dans les propos de M. Plosser une raison d'acheter des dollars américains, ce qui a eu pour effet de faire baisser le cours du pétrole, libellé en devises américaines.

Les marchés semblaient se réjouir des prévisions voulant que la tempête tropicale Dolly n'aura qu'un impact mineur sur les installations pétrolières du Golfe du Mexique, contrairement aux inquiétudes qui circulaient lundi.

Les cambistes surveillent aussi l'évolution de la demande dans le monde, non seulement dans les pays industrialisés mais dans les pays émergents.

«On est sur un rythme de baisse de 1,5 % de la consommation dans les pays développés, mais la demande mondiale reste sur une pente positive, car elle est toujours tirée par la Chine, l'Inde, la Russie et le Moyen-Orient», a dit hier Frédéric Lasserre, principal analyste de la Société Générale, auprès de l'Agence France-Presse.

L'Agence internationale de l'énergie (AIE) et l'OPEP ont abaissé leurs prévisions depuis le début de 2008, entre autres à cause du ralentissement économique en sol américain.

L'AIE prévoit une demande mondiale de 86,9 millions de barils par jour (mbj), un million de moins qu'au début de l'année. Dans les pays émergents, où les consommateurs continuent de bénéficier de subventions, la demande croîtra de 3,8 % l'an prochain, pense-t-elle.

L'essence à la pompe

Quoi qu'il en soit, la baisse des cours semble avoir eu un effet à la pompe. Dans la région de Montréal hier, il était possible de faire le plein à 131 ¢ le litre, une baisse de prix significative par rapport à la veille et à la semaine dernière. Cela se situait même en deçà de ce que le CAA-Québec appelle un «prix réaliste», que l'organisme estimait à 135,6 ¢ en se basant toutefois sur les cours pétroliers observés lundi.

À Québec, l'essence se vendait à 134 ¢ le litre, en baisse de plusieurs cents, alors qu'à Sherbrooke certaines stations demandaient 135 ¢ le litre.






Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?
Partager
Digg Facebook Twitter Delicious
 

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires 
Déjà inscrit? Ajoutez votre commentaire ci-dessous

    Connexion




Cet article vous intéresse?
0 réactions
0 votes
 
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Abonnez-vous pour recevoir nos Infolettres par courriel
Choisir mes
infolettres
Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

» En savoir plus
© Le Devoir 2002-2009