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Fonds d'investissement: Le pire ennemi de l'investisseur

Michel Marcoux   23 décembre 2002  Économie
Benjamin Graham, l'un des pionniers de la gestion par l'approche valeur, a déjà déclaré que le pire ennemi de l'investisseur, ce n'est pas la Bourse, mais lui-même. Difficile à croire, non? Une telle affirmation reviendrait à dire que les décisions que prennent les investisseurs au sujet de la vente ou de l'achat de leurs fonds sont plus dangereuses que les montagnes russes des marchés boursiers. Une recherche menée par la firme fundmonitor.com vient appuyer les propos de Benjamin Graham: l'investisseur est bel et bien son pire ennemi.

La recherche en question a été réalisée auprès des 100 plus gros fonds canadiens et couvre une période de 10 ans. L'originalité de cette étude tient dans le calcul du rendement effectivement réalisé par les détenteurs de fonds. Ce rendement a été calculé en tenant compte des entrées et sorties d'actif au cours des différents mois de la période analysée.

Le rendement réalisé par les détenteurs de fonds a été par la suite comparé au rendement que l'on peut vérifier dans les différents journaux, c'est-à-dire la performance qu'aurait obtenu un investisseur qui aurait constamment détenu un fonds pendant 10 ans.

Résultat de cette recherche: seulement un investisseur sur un total de 17 a obtenu un rendement supérieur ou égal au rendement affiché dans les journaux. Pour certains fonds, la différence entre les deux rendements est minime, mais pour d'autres, notamment pour les fonds ayant une volatilité plus élevée, l'écart est énorme.

Des exemples

Voici des exemples de rendements annualisés sur 10 ans pour quelques fonds de taille importante. Pour le fonds Templeton croissance, le rendement affiché est de 9,6 % tandis celui des investisseurs est de 4,3 %: une différence de 5,3 %. Un autre cas frappant concerne le fonds AGF valeur internationale, qui obtient un excellent rendement de 13,5 % contre un maigre 4,9 % pour les investisseurs: une différence de 8,6 %. Vous croyez que c'est épouvantable? Attendez le prochain exemple. Le fonds Fidelity Portefeuille international obtient un rendement de 9,6 %. Celui des investisseurs? Vous pensez peut-être à 4 % ou 3 %É Même pas! C'est d'un rendement négatif de - 0,1 % dont les détenteurs ont dû se contenter: une différence de 9,7 %.

La raison principale avancée pour expliquer l'écart entre le rendement affiché et le rendement réalisé est la constante tentation de synchroniser ses placements avec les mouvements du marché. Concrètement, de très nombreux investisseurs acquièrent des fonds qui ont le vent dans les voiles et se départent de ceux qui subissent un ralentissement. Comme on le sait, cette méthode d'investissement s'est traduite par des achats massifs vers la fin des années 90 et par des retraits nets depuis plus de deux ans.

Il existe une méthode d'investissement qui évite le genre de résultats désastreux dévoilés par la recherche. Cette méthode est simple, et c'est en bonne partie pour cela qu'elle me plaît bien: il s'agit de la détention à long terme (buy and hold). Pour appliquer cette méthode d'investissement avec succès, il suffit de transiger de façon disciplinée. Cette méthode exige également que l'on ignore, dans le choix de ses fonds, ce qui est souvent qualifié de «bruits de fonds», à savoir les nouvelles boursières et économiques, les bonnes comme les mauvaises.

Hélas, cette méthode d'investissement ne fait pas l'unanimité: les chiffres publiés par l'IFIC démontrent clairement un ralentissement des ventes de fonds d'actions. Templeton croissance, AGF valeur internationale et Fidelity Portefeuille international ont tous subi une diminution d'un peu plus de 20 % de leur actif sur une période d'un an. Peut-être que s'en départir est une bonne décision à court terme. En effet, on ne sait pas comment va se comporter le marché boursier au cours des prochains mois.

Cependant, il n'y a aucun doute qu'il s'agit d'une mauvaise décision si l'on considère une perspective de long terme. Étant donné que c'est seulement un investisseur sur un total de 17 qui a été en mesure de dégager sur 10 ans un rendement supérieur ou égal à ceux des fonds, laissez-moi douter que ces investisseurs aient choisi cette fois-ci un bon moment pour vendre.

L'étude vient donc mettre en lumière l'étendue des dégâts que se sont infligés les investisseurs au cours des 10 dernières années. Benjamin Graham a vu juste. Investisseurs, prenez donc garde à cet ennemi potentiel qui sommeille en vous, c'est-à-dire à celui qui tente de vous faire vendre dans un environnement morose.

question@avantages.com

Michel Marcoux est conseiller en placement et président d'Avantages Services Financiers inc., une société indépendante spécialisée dans le courtage de fonds communs de placement. Il est l'auteur de l'ouvrage Les 100 meilleurs fonds 2002.






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