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Ruée vers l'or à Malartic

Émilie Parent-Bouchard   31 décembre 2007  Économie
Source: Osisko
C’est plus d’un cinquième du territoire de ce petit boom-town aux allures de Far West qui devra déménager ses pénates.
Source: Osisko C’est plus d’un cinquième du territoire de ce petit boom-town aux allures de Far West qui devra déménager ses pénates.
Une petite ruée vers l'or s'opère actuellement dans la ville de Malartic, le long de la 117, en plein coeur de l'Abitibi minière. Les foreurs sont à l'oeuvre, de 7h à 19h, dans le quartier sud de la municipalité de 3800 habitants, celui-là même qui devra être relocalisé si le projet de mine à ciel ouvert le plus ambitieux de tout le Canada, Canadian Malartic, se concrétise.

Les discussions autour de la table à café sont vives depuis que la compagnie Osisko, une junior d'exploration minière, a acquis 5655 hectares de terrain au sud de Malartic, en novembre 2004. Si l'on parlait surtout jusque là de la crise forestière qui a secoué la petite ville mono-industrielle, c'est dorénavant le grand chantier d'Osisko, qui pourrait bouleverser à jamais le paysage malarticois, qui fait jaser.

D'une part, on jubile devant les emplois créés, les retombées et l'effervescence économiques à venir, de l'autre, on déplore le chantier, le bruit et le déménagement que cela induira. Et surtout, le trou énorme qui sera creusé — 1,5 km par 750 m; la taille d'un petit lac ou d'un grand centre d'achats —, comme un symbole de la petitesse citoyenne en face de la rentabilité.

C'est plus d'un cinquième du territoire de ce petit boom-town aux allures de Far West qui devra déménager ses pénates. Si tout se passe comme prévu, 187 maisons, une école, une garderie, un HLM, une résidence pour personnes âgées et un bâtiment communautaire seront contraints d'élire domicile dans un quartier tout neuf, aux frais de la compagnie. Osisko, qui s'attend à investir «entre 50 et 70 millions» pour la relocalisation du secteur, a effectivement proposé aux résidants de racheter leur propriété, ou de transporter leur résidence dans le nouveau quartier et de leur verser un dédommagement de 5000 $. Le nouveau développement domiciliaire, qui amputera trois des neuf trous du terrain de golf ainsi que quelques lots du terrain de camping, siégera à l'autre extrémité de la communauté, à l'entrée nord de la ville.

En attendant, arpenteurs, ingénieurs, urbanistes, fonctionnaires et consorts défilent à Malartic. Soit pour confirmer la présence d'un gisement profitable, soit pour commencer les travaux de terrain, là où seront aménagées 13 nouvelles rues.

Il faut dire que les millions d'Osisko arrivent à point. Depuis la fermeture de Domtar et le départ des minières qui ont précédé Osisko, la pression fiscale pesait de plus en plus lourd sur le citoyen malarticois. «Il y a déjà eu 10 000 personnes à Malartic, avance Fernand Carpentier, maire de Malartic. Avec une population de 3800, la facture commençait à être de plus en plus salée pour les citoyens. La coopération avec Osisko permet à la Ville de souffler un peu, d'avoir plus de marge de manoeuvre. Ça fait du bien qu'il y ait quelqu'un sur ce terrain qui coûtait cher à entretenir.»

«La mine, c'est un levier économique dont nous allons [tous] bénéficier, poursuit monsieur Carpentier. Actuellement, il y a déjà 115 personnes qui travaillent localement. Pendant la construction, on parlera de 400 employés et, par la suite, entre 250 et 350 employés pour l'exploitation. C'est un projet de 450 à 475 millions.» Le maire estime les retombées pour la région à plus de 2,2 milliards de dollars sur une dizaine d'années.

Apprivoisés

La confiance en apparence aveugle que voue le maire au projet ne s'est toutefois installée qu'au fil d'une longue campagne d'apprivoisement de la part d'Osisko. En raison des désagréments engendrés par le forage en pleine ville, non seulement les dirigeants ont-ils fourni des climatiseurs pour minimiser le bruit et la poussière dans les maisons, mais ils ont également couvert les frais de scolarité de tous les enfants de la ville.

«On veut [agir en] citoyen corporatif responsable, lance Brian Coates, vice-président aux finances chez Osisko. Avant nos premiers forages en 2005, nous étions allés discuter avec la Ville. [...] Les premières consultations publiques sur la relocalisation ont eu lieu en 2006. [Depuis], le Groupe de consultation de la communauté est chargé d'informer la population des nouveaux développements.»

Le maire peut aussi se fier à un coup de sonde effectué en février dernier auprès de 92 % des résidants touchés par la relocalisation. Plus de 87 % des répondants avaient alors jugé que la relocalisation pourrait être bénéfique pour eux. «Je crois que le projet est sérieux. Nous avons eu la visite du gouvernement canadien; il voulait s'assurer qu'on ne vive pas un deuxième Bre-X», précise M. Carpentier depuis ses bureaux de l'hôtel de ville, où on a dû brancher deux nouvelles lignes téléphoniques pour répondre aux sollicitations des médias, citoyens et autres acteurs concernés.

Un projet d'envergure

Si le projet Canadian Malartic crée beaucoup d'engouement au sein des milieux économiques et scientifiques, c'est que non seulement les forages laissent présager un gisement alléchant — 8,4 millions d'onces d'or et une durée de vie de 12 à 15 ans —, mais aussi parce qu'il créerait un précédent dans l'historique minier québécois.

Le type d'exploitation projeté — dit à haut tonnage et à basse teneur —, consistant à traiter le volume maximum de roche pour en extraire les moindres traces d'or, est effectivement peu commun au Québec, où la plupart des mines d'or sont souterraines. Surtout utilisé en Amérique du Sud, le raffermissement du prix actuel des métaux rend le processus rentable ici, surtout si on considère les coûts de l'énergie généralement plus bas qu'ailleurs dans le monde, où le pétrole est la principale source d'énergie du secteur minier.

«Les années 1990 ont été des années de survie, les gens ont surtout exploité la haute teneur de la faille de Cadillac», explique Sean Roosen, président et chef de la direction d'Osisko. Cette faille de quelque 320 kilomètres, qui va de Val-d'Or à Larder Lake en Ontario, est l'une des anomalies géologiques les plus riches en métaux de la planète mais, pour des raisons de coûts, elle ne suffisait pas, à l'époque, à occuper toute la main-d'oeuvre minière. Plusieurs sont donc partis travailler à l'étranger.

«[Il est maintenant temps de] rapatrier l'expertise qu'on avait envoyée ailleurs dans le monde et d'appliquer ce qu'on y a appris, poursuit M. Roosen. C'est un peu ce qu'on a fait pour l'équipe d'Osisko; nous avons tous travaillé à l'international et, maintenant, c'est une joie de pouvoir s'installer ici, près de nos familles.»

L'entreprise, qui a reçu le prix du Prospecteur de l'année des mains de l'Association d'exploration minière du Québec (AEMQ) en 2006 pour ses travaux sur le projet Canadian Malartic, arrive d'ailleurs sur un terrain maintes fois miné. Entre 1935 et 1983, trois producteurs d'or se sont succédés à Malartic pour extraire pas moins de cinq millions d'onces d'or, suivant à chaque fois un filon à concentration élevée.

Mais cette fois, c'est au rythme de 30 000 à 40 000 tonnes par jour que la roche transitera de la fosse à l'usine de traitement si le projet se concrétise. À titre de comparaison, les mines souterraines de l'Abitibi traitent environ 2000 tonnes de minerai chaque jour. «Normalement, ce sont les mines de fer qui sont à ciel ouvert, explique Jean-Pierre Thomassin, directeur général de l'AEMQ. [L'avant-gardisme d'Osisko pourrait] mener à de nouvelles découvertes. Nous savons déjà tous que le long de la faille de Cadillac, il y a d'autres gisements comme ça, à haut tonnage et basse teneur.»

Le projet Canadian Malartic, lui, ira probablement de l'avant si l'étude de faisabilité d'exploitation, qui doit être terminée en 2008, est concluante. La décision d'entrer en production devrait suivre vers la fin de 2008, après la réalisation d'études environnementales et les demandes de permis. «On aimerait couler de l'or fin 2010», déclarent MM. Coates et Roosen, enthousiastes.

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  • Luc Boyer
    Abonné
    lundi 31 décembre 2007 07h09
    Canayènne Malartic.
    « Ossesko se pense toujours au Canada au Québec et ne se donne même pas la peine de nommer en français ce Canadian Malartic. Et voilà, un gros trous qui montre comment on agrandit le cercle de nos relations. Ha oui! Ce sont des Roosen et des Coates qui sont des dirigeants, qui sont allés prendre de l'expertise en Amérique du Sud comme ils disent. Hé! Que voulez-vous, fin du néolibéralisme oblige. They make me spew. »

  • Dumas Denise
    Inscrite
    lundi 31 décembre 2007 17h37
    Préoccupations environnementales en regard du projet minier Osisko
    « J'ai lu cet article avec beaucoup d'intérêt et, je trouve le projet Osisko intéressant à Malartic. D'ailleurs, il y a un certain temps que je m'intéresse à ce projet. J'ai cependant des préoccupations environnementales: je me demande ce que Osisko fera du trou béant en bordure de la ville de Malartic? Qu'adviendra-t-il des 30 000 à 40 000 tonnes de roches extraites quotidiennement? Que prévoit Osisko à la fin de ce projet en lien avec les lieux? Au cours de l'année 2007, nous avons eu des reportages sur d'anciens sites miniers inquiétants et pollués dans le nord du Québec, qu'y a-t-il de prévu afin d'éviter la récidive de tels comportements de la part de compagnies minières?

    Denise Dumas »

  • Marcel Côté
    Inscrit
    lundi 31 décembre 2007 18h32
    Canadian Malartic- commentaires de M Boyer
    « Monsieur Luc Boyer s'insulte du caractère impérialiste d'Osisko et de leur projet sur le gisement de la "Canadian" à Malartic. M. Boyer vient probablement du Sud et n'est pas trop au courant de la situation sur laquelle il commentte.

    Malartic est une ville minière. La "Canadian" fut l'une des premières mines de la ville, et par sa localisation, on peut considérer qu,elle fut à l'origine de Malartic, et pendant vingt-cinq ans, en fut un des principaux employeurs. Tout comme on ne renit pas le nom de Québec (un nom indien), on ne renit pas un nom qui a fait l'histoire d'une ville, aussi modeste soit-elle, même si le nom est d'origine anglosaxonne.

    Osisko par ailleurs, est un nom très abitibien, d'origine indienne, et qui est aussi le nom du lac autour duquel a été bâti Rouyn Noranda. C'est aussi le nom de la société Osisko, une minière QUÉBÉCOISE (pour les ignorants) qui exploitera le gisement située sur l'ancienne propriété de la "Canadian".

    Quant à l'équipe derrière le projet, que M Boyer se conforte. M. Rosen vient du Nord est de l'Ontario, (Haylebury, près de Notre Dame du Nord, je crois,) mais demeure aujourd'hui à Montréal et est Québécois. Brian Coates est Canadien français comme vous et moi, malgré son nom. En fait, la direction du projet d'Osisko à Malartic au est essentiellement constitué d'anciens de Cambior.

    Ceux qui comme moi ont connu les hauts et les bas de Malartic peuvent être fiers de ce que font l'équipe d'Osisko, la relance de Malartic par du développement respectueux. Et par une entreprise de chez nous! Que les pisseux de vinaigre se trouvent d'autres cibles!

    Marcel Côté »

  • bibeau pierre
    Inscrit
    mercredi 2 janvier 2008 10h50
    Projet tiers-mondiste ?
    « Selon le maire et la compagnie tout est beau. Mais si j'étais citoyen de Malartic je serais quand même inquiet. Les projets de ce genre--haut tonnage, petite teneur-- qui existe en Amérique du sud sont excessivement néfastes pour l'environnement et les belles promesses des compagnies minières ne tiennent pas très longtemps. Elles ressemblaient étrangement par ailleurs à celles faites aux citoyens de Malartic : jobs, frics, progrès social. On utilise dans certains cas encore des procédés à base de "lixiviat" et le cyanure s'en échappe au point de tuer à petit feu tout ce qui se trouve alentour (dont les êtres humains) et le tout est opéré par des compagnies canadiennes dont la "respectabilité" n'est plus à faire. Aujourd'hui en Guyanne, au Chili, au Pérou, la désolation, la mort et les dégâts environnementaux ont été et sont encore présents sourtout en ce qui concerne l'or mais pas exclusivement.

    Il est vrai qu'ici on ne peut se permettre ce genre d'activités minières irresponsables pour toutes sortes de raisons évidentes, nous sommes quand même au coeur du royaume. Je ne connais pas le procédé qu'utilisera la compagnie minière pour le traitement de son minerai mais si le tonnage est élevé, il faudra quand même le traiter et en extraire le "précieux" métal.

    Être citoyen de Malartic je poserais quelques questions sur le procédé de concentration du minerai et les mesures de sécurité l'entourant ainsi que la fiabilité de ces mesures.

    Une mine d'or et la concentration du minerai eu égard d'un fort tonnage doit allumer quelques lumières. À ce que je sache on utilise toujours le cyanure comme précipitant et même si le tout se fait en circuit fermé. Le risque environnemental croit en fonction du tonnage de minerai à traiter et là on n'a pas encore abordé la question de la gangue. »

  • Raymond Beaudoin
    Inscrit
    lundi 7 janvier 2008 11h00
    200 millions, ce sera insuffisant!
    « Pour transporter 36,000 tonnes de minerais par jour de la fosse à l'usine il faudra 150 transits de camions 240 tonnes par jour. Camion à plusieurs millions pièce. Sans compter le chargement! Et l'usine, quelle usine! Il faut oublier celle qui existe. Des broyeurs de dimension colossalle. On s'entend, 1500 tonnes par heure ça n'entre pas dans n'importe quoi. Et les 1500 tonnes qui sortent, on en fait quoi? Beau projet, mais attendons les résultats de l'étude de faisabilité avant de s'emballer. »

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