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Des cadeaux revendus sitôt reçus

Stéphane Baillargeon   27 décembre 2007  Économie
C’était de nouveau la ruée vers les aubaines au centre-ville de Montréal hier, lors des soldes d’après-Noël, un phénomène en marge duquel en est apparu un autre: la revente des cadeaux sur Internet.
Photo : Pascal Ratthé
C’était de nouveau la ruée vers les aubaines au centre-ville de Montréal hier, lors des soldes d’après-Noël, un phénomène en marge duquel en est apparu un autre: la revente des cadeaux sur Internet.
Le père Noël vous a déçus? Les sites d'enchères sur Internet proposent une solution. Des millions d'internautes sans gêne et décomplexés s'engagent cette semaine dans cette toute nouvelle activité commerciale du temps des Fêtes: la revente de cadeaux en ligne.

Les Québécois ne devraient pas faire exception. Plus d'un million d'entre eux font maintenant des achats sur Internet. Ils dépensent chacun une moyenne de 268 $ par mois par cette entremise virtuelle. La bûche à peine digérée, il n'y a pas que le Boxing Day pour chasser les aubaines.

«La revente en ligne constitue un moyen efficace et discret d'écouler des marchandises tout en ménageant la susceptibilité de ceux qui nous les ont données», résume Erin Sufrin, directrice des relations publiques pour eBay Canada.

L'ampleur du phénomène ne se laisse pas cerner facilement, de l'aveu même de la directrice. Le site eBay, fondé en 1995, demeure de loin le plus populaire du monde avec environ 250 millions d'utilisateurs enregistrés. Les États-Unis comptent pour la moitié des ventes aux enchères mondiales, qui totalisent plus de 50 milliards de marchandises réparties dans 50 000 sous-catégories (antiquités, monnaie, voyages, etc.). La moitié des clients américains avouent «redonner» les cadeaux qu'ils n'aiment pas; un sur dix en aurait déjà revendu au moins un en ligne, selon un sondage réalisé en 2005. Cette dernière proportion double (22 %) dans la tranche d'âge de 25 à 34 ans.

En Grande-Bretagne, une enquête de Nielsen/Net situe le taux de revendeurs de cadeaux à 15 %, avec un bon tiers de répondants (35 %) prêts à se lancer.

En France, l'an dernier, un internaute sur sept se déclarait prêt à brocanter ses cadeaux sur la grande toile. Le site très français PriceMinister a vu les offres doubler dès le lendemain de Noël 2005, celles-ci passant à 200 000 produits. Janvier serait même devenu le meilleur mois de l'année de ce big bazar virtuel, alors qu'auparavant, c'était décembre.

Le site eBay belge a lancé une campagne de pub avec un slogan en anglais on ne peut plus explicite: «When Santa bores, eBay scores», qui pourrait devenir: «Quand le père Noël déçoit, eBay reçoit», ou encore: «Mauvaise pige? eBay corrige... »

Et ici? «Le Québec a une petite longueur de retard pour le commerce en ligne par rapport aux autres Américains, mais ce retard va être comblé», commente Jean-François Ouellet, professeur de marketing aux HEC, spécialiste des innovations et des nouvelles technologies. «Déjà, 75 % des Québécois ont un accès régulier à Internet et 40 % font au moins un achat en ligne par année.»

La version canadienne d'eBay revendique plus de dix millions de visites par mois. La version en français (cafr.ebay.ca) n'a que quelques mois d'existence. «On ne peut pas savoir exactement qui fait quoi et pour quelle raison», commente alors la directrice Sufrin. Elle révèle cependant des données portant sur la fin de l'année dernière et qui fournissent de bons indices. Au cours de la semaine qui a suivi Noël 2006, la fameuse «boxing week», les catégories des DVD, des souvenirs de hockey (y compris les cartes), des CD et des livres (les essais, en fait) avaient dominé les échanges. Une semaine plus tôt, au moment des achats de cadeaux, la faveur allait plutôt vers les appareils électroniques (y compris les consoles de jeu), les vêtements et les chaussures, les équipements sportifs et les ordinateurs.

Le Centre francophone d'informatisation des organisations (CIFRIO) commence à suivre à la trace les activités sur Internet mais n'a pas de données à propos de la revente de cadeaux. Sa dernière étude, L'Indice du commerce électronique du Québec, montre tout de même que les achats en ligne représentent maintenant 3% du commerce au détail québécois. Le secteur connaît un boum exceptionnel: la moyenne mensuelle a dépassé les 275 millions de dollars d'achats en 2007, par rapport à 88 millions de dollars par mois en 2005.

Les enquêtes révèlent rarement la motivation profonde de la revente et même de la vente. Un vélo, c'est un vélo, un point c'est tout. Tout de même, eBay.com a noté en 2004 une hausse de 16 % des mises en vente de pull-overs pour femmes le 25 décembre par rapport au 23. Les catégories des vins, des livres et des équipements vidéo avaient connu une hausse instantanée du quart après le réveillon.

Redonner et revendre

Pour la directrice Sufrin comme pour les anglophones en général, la revente en ligne n'est qu'une version plus récente et plus lucrative du regifting, soit l'habitude de redonner des cadeaux. Le Macmillan English Dictionary explique que ce mot (avec ses dérivés regift et regifter) désigne aussi par euphémisme l'habitude de «revendre ou de mettre aux enchères sur Internet un cadeau peu apprécié».

«Redonner des cadeaux est devenu plus populaire aux États-Unis après l'épisode "The Label Maker" de la série Seinfeld, dit-elle. C'est devenu une habitude acceptable et distrayante, une activité à la mode.»

Le dictionnaire Macmillan cite même la populaire série Seinfeld comme creuset du mot servant à désigner cette chose tout de même plus ancienne. Une vieille blague affirme que dans toute l'Amérique, il ne se cuit que deux nouveaux gâteaux aux fruits par année, tous les autres étant des cadeaux recyclés du Noël précédent.

Dans cet épisode diffusé pour la première fois le 19 janvier 1995, le 98e de la drolatique série, Jerry Seinfeld reçoit une étiqueteuse que son amie Elaine a elle-même d'abord donnée à une de leurs connaissances communes: «He's a regifter!» La série The Simpsons a poussé le bouchon de l'insolence assez loin avec un spécial de Noël où un cadeau des mages était refilé en douce à une autre famille: «Personne n'a besoin de myrrhe!»

Une des règles d'or à respecter par les «redonneurs», selon le site d'Emily Post, la Madame Étiquette à l'américaine, exige de ne pas se débarrasser de certains biens: les chandelles, les savons, les CD inqualifiables (comme celui des versions grégoriennes des tubes de Céline Dion par les moines de Saint-Benoît-du-Lac), les chaussettes et les gâteaux aux fruits, bien sûr. Il serait aussi important de garder le secret, voire d'utiliser un pseudonyme en ligne.

«Nous, ce que nous disons, c'est qu'il n'y a pas de problème moral avec cette pratique, dit la directrice Sufrin. Est-ce moins moral que d'échanger un cadeau?»

Le professeur Ouellet, lui, distingue le don de la vente, ou plutôt le fait de donner ou de vendre au suivant, la première pratique pouvant paraître plus acceptable d'un point de vue éthique. Il cite aussi une enquête récente ayant distingué les comportements des consommateurs québécois selon leur tradition protestante ou catholique.

«Les protestants ont une vision transactionnelle du cadeau tandis que les catholiques semblent développer une relation émotionnelle plus forte, dit-il. Cette différence de rapport pourrait expliquer la réticence de certains à revendre ou même à redonner les cadeaux reçus.»

Le remords, ce sentiment très judéo-chrétien, fait regretter d'avoir commis le péché. Il ne tarauderait que 7 % des revendeurs franco-français, selon l'enquête de PriceMinister. Tout de même, la conscience malheureuse pourrait bien porter, au moins un peu, sur les habitudes de surconsommation de nos sociétés: les Canadiens auront acheté pour près de 30 milliards de dollars de marchandises en décembre, qu'ils auront revendues quand le père Noël les aura déçus...






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Vos réactions

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  • Marie Lauzier
    Inscrite
    jeudi 27 décembre 2007 22h15
    Bouleau nouère!
    « Raison de plus de cesser d'acheter des cadeaux à Noël...
    Bouleau nouère! »

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