Kruger sort la hache
Se disant affaiblie par les mauvaises conditions du marché nord-américain du bois d'oeuvre, la société Kruger a annoncé hier la fermeture temporaire de cinq établissements, en Abitibi, en Haute-Mauricie et sur la Côte-Nord. Le geste, dernier chapitre d'une crise forestière qui décime communauté après communauté, entraînera 1027 mises à pied, dont près de la moitié dans moins d'une semaine.
«Nous sommes désolés des conséquences pour nos employés. Malheureusement, les conditions actuelles du marché, marquées notamment par un ralentissement de la demande, une baisse importante des prix de vente des produits et la vigueur du dollar canadien, ne nous laissent aucun autre choix», a déclaré le vice-président aux affaires publiques chez Kruger, Jean Majeau.
Un premier arrêt touchant 403 travailleurs aura lieu dès vendredi aux scieries de Parent, en Haute-Mauricie, et de Launay, en Abitibi. Le 29 juin, Kruger arrêtera ses scieries de Ragueneau et de Forestville et un atelier de séchage et de rabotage à Longue-Rive. Ces établissements de la Côte-Nord représentent les 624 autres travailleurs. Les fermetures sont d'une durée indéterminée.
«Nous espérons qu'un redressement des conditions actuelles du marché nous permettra éventuellement de reprendre nos activités», a ajouté M. Majeau. Lors d'un entretien, il a affirmé que la compagnie avait examiné toutes les avenues possibles et s'est défendu d'avoir annoncé les fermetures dans une période de vide politique à Québec.
Le ministre des Ressources naturelles, Pierre Corbeil, a perdu sa circonscription et le premier ministre Charest n'a pas encore dévoilé son nouveau cabinet. Kruger a dit avoir avisé les députés concernés de même que le chef de cabinet de M. Corbeil.
Kruger avait déjà laissé entendre, en décembre, que ses usines de la Côte-Nord étaient sous surveillance. La compagnie avait alors déploré que des calculs du forestier en chef de Québec allaient se solder par une réduction de 42 % des approvisionnements en forêt. Elle avait alors affirmé le besoin d'étudier l'impact de cette décision et de «trouver des solutions» lui permettant de fonctionner dans «des conditions viables».
Entreprise familiale, donc peu bavarde sur le sujet de ses finances, Kruger est un fabricant de pâtes et papiers qui compte environ 10 000 travailleurs. La société, qui en est à sa troisième génération, a été fondée par Joseph Kruger en 1904. Il s'agissait à l'origine d'un commerce de papiers fins à Montréal. Au fil du temps, elle a pris de l'ampleur et tente aujourd'hui de se diversifier après avoir acheté la Maison des futailles et créé une division de vins et spiritueux.
Sort des travailleurs en région
Profondément déçu du sort de l'industrie forestière sur la Côte-Nord et de l'inaction des gouvernements à certains égards de la crise, le président du syndicat de Ragueneau a affirmé hier que la menace planait depuis trois ans. «Mais la nouvelle nous a été annoncée jeudi à 15h. C'est le coup final», a dit Robert Dugas, président de la section locale 2250. Selon lui, la moyenne d'âge est d'environ 28 ans, mais il y a des employés jusque dans la cinquantaine avancée. Les travailleurs gagnent un salaire moyen de 18 $ l'heure.
«Du jour au lendemain, comme ça, il y en a qui ne réussiront pas à se replacer, sauf peut-être dans une autre scierie, a ajouté M. Dugas. Mais là, des scieries, il y en a de moins en moins. À terme, il en restera peut-être une ou deux sur toute la Côte-Nord. Donc, il y aura de la main-d'oeuvre en masse, mais les autres, il n'y a rien qui les attend. À moins qu'on leur donne une formation et qu'on les reconduise dans un autre secteur.»
Jusqu'à présent, la crise forestière a fait disparaître au moins 8000 emplois au Québec, sinon plus. Au moment de la commission Coulombe portant sur les pratiques de coupe, le nombre d'emplois fournis par l'industrie était globalement estimé à 100 000.
La hausse de 37 % du dollar canadien entre 2002 et aujourd'hui est en partie responsable de la crise, après quoi suivent les coûts énergétiques et de la fibre, le conflit du bois d'oeuvre avec les Américains et la réduction de 20 % des coupes imposée par le rapport Coulombe. Le ralentissement de la construction résidentielle aux États-Unis est venu compliquer la situation.
Le Conseil de l'industrie forestière du Québec a évoqué la question du bois d'oeuvre la semaine dernière. «Avec l'arrivée du printemps, les prix affichent traditionnellement une hausse qui s'explique par la reprise de la construction dans le nord des États-Unis et au Canada», avait affirmé dans un communiqué son p.-d.g., Guy Chevrette. «Or, non seulement n'observons-nous pas cette hausse cette année, mais depuis quelques semaines c'est le contraire qui se produit.»
M. Chevrette disait craindre que, «sans un redressement rapide», d'autres usines devraient cesser leurs activités. «Aucune entreprise ne peut perdre de l'argent sur une base permanente sans avoir à faire, un jour ou l'autre, des choix difficiles.»
Investissement à Trois-Rivières
Le syndicat soupçonne que la décision de Kruger est liée à une récente annonce faite conjointement avec le gouvernement Charest. Le 23 février, Kruger a annoncé qu'elle investira 200 millions à Trois-Rivières afin d'y construire un atelier de désencrage. Ce projet, auquel Québec verse une aide de 50 millions et un prêt de 50 millions, lui permettra de fabriquer du papier à haute teneur en fibres recyclées.
Or, du même coup, l'utilisation de fibres recyclées pour le papier diminuera substantiellement la consommation de copeaux, lesquels proviennent des usines de bois d'oeuvre comme celles qui fermeront temporairement. «Pour avoir des copeaux, il faut faire du bois d'oeuvre. Or, avec la réduction de demande dans les autres établissements, le coût du bois est trop cher, alors ils vont fermer ça pendant un an, un an et demi, jusqu'à ce que le marché reprenne», a dit M. Dugas.
Le porte-parole de Kruger, Jean Majeau, a affirmé que cette allégation ne tient pas debout, car le projet de construction à Trois-Rivières prendra deux ans et demi. «C'est vraiment le marché du bois d'oeuvre», a-t-il affirmé.
«Nous sommes désolés des conséquences pour nos employés. Malheureusement, les conditions actuelles du marché, marquées notamment par un ralentissement de la demande, une baisse importante des prix de vente des produits et la vigueur du dollar canadien, ne nous laissent aucun autre choix», a déclaré le vice-président aux affaires publiques chez Kruger, Jean Majeau.
Un premier arrêt touchant 403 travailleurs aura lieu dès vendredi aux scieries de Parent, en Haute-Mauricie, et de Launay, en Abitibi. Le 29 juin, Kruger arrêtera ses scieries de Ragueneau et de Forestville et un atelier de séchage et de rabotage à Longue-Rive. Ces établissements de la Côte-Nord représentent les 624 autres travailleurs. Les fermetures sont d'une durée indéterminée.
«Nous espérons qu'un redressement des conditions actuelles du marché nous permettra éventuellement de reprendre nos activités», a ajouté M. Majeau. Lors d'un entretien, il a affirmé que la compagnie avait examiné toutes les avenues possibles et s'est défendu d'avoir annoncé les fermetures dans une période de vide politique à Québec.
Le ministre des Ressources naturelles, Pierre Corbeil, a perdu sa circonscription et le premier ministre Charest n'a pas encore dévoilé son nouveau cabinet. Kruger a dit avoir avisé les députés concernés de même que le chef de cabinet de M. Corbeil.
Kruger avait déjà laissé entendre, en décembre, que ses usines de la Côte-Nord étaient sous surveillance. La compagnie avait alors déploré que des calculs du forestier en chef de Québec allaient se solder par une réduction de 42 % des approvisionnements en forêt. Elle avait alors affirmé le besoin d'étudier l'impact de cette décision et de «trouver des solutions» lui permettant de fonctionner dans «des conditions viables».
Entreprise familiale, donc peu bavarde sur le sujet de ses finances, Kruger est un fabricant de pâtes et papiers qui compte environ 10 000 travailleurs. La société, qui en est à sa troisième génération, a été fondée par Joseph Kruger en 1904. Il s'agissait à l'origine d'un commerce de papiers fins à Montréal. Au fil du temps, elle a pris de l'ampleur et tente aujourd'hui de se diversifier après avoir acheté la Maison des futailles et créé une division de vins et spiritueux.
Sort des travailleurs en région
Profondément déçu du sort de l'industrie forestière sur la Côte-Nord et de l'inaction des gouvernements à certains égards de la crise, le président du syndicat de Ragueneau a affirmé hier que la menace planait depuis trois ans. «Mais la nouvelle nous a été annoncée jeudi à 15h. C'est le coup final», a dit Robert Dugas, président de la section locale 2250. Selon lui, la moyenne d'âge est d'environ 28 ans, mais il y a des employés jusque dans la cinquantaine avancée. Les travailleurs gagnent un salaire moyen de 18 $ l'heure.
«Du jour au lendemain, comme ça, il y en a qui ne réussiront pas à se replacer, sauf peut-être dans une autre scierie, a ajouté M. Dugas. Mais là, des scieries, il y en a de moins en moins. À terme, il en restera peut-être une ou deux sur toute la Côte-Nord. Donc, il y aura de la main-d'oeuvre en masse, mais les autres, il n'y a rien qui les attend. À moins qu'on leur donne une formation et qu'on les reconduise dans un autre secteur.»
Jusqu'à présent, la crise forestière a fait disparaître au moins 8000 emplois au Québec, sinon plus. Au moment de la commission Coulombe portant sur les pratiques de coupe, le nombre d'emplois fournis par l'industrie était globalement estimé à 100 000.
La hausse de 37 % du dollar canadien entre 2002 et aujourd'hui est en partie responsable de la crise, après quoi suivent les coûts énergétiques et de la fibre, le conflit du bois d'oeuvre avec les Américains et la réduction de 20 % des coupes imposée par le rapport Coulombe. Le ralentissement de la construction résidentielle aux États-Unis est venu compliquer la situation.
Le Conseil de l'industrie forestière du Québec a évoqué la question du bois d'oeuvre la semaine dernière. «Avec l'arrivée du printemps, les prix affichent traditionnellement une hausse qui s'explique par la reprise de la construction dans le nord des États-Unis et au Canada», avait affirmé dans un communiqué son p.-d.g., Guy Chevrette. «Or, non seulement n'observons-nous pas cette hausse cette année, mais depuis quelques semaines c'est le contraire qui se produit.»
M. Chevrette disait craindre que, «sans un redressement rapide», d'autres usines devraient cesser leurs activités. «Aucune entreprise ne peut perdre de l'argent sur une base permanente sans avoir à faire, un jour ou l'autre, des choix difficiles.»
Investissement à Trois-Rivières
Le syndicat soupçonne que la décision de Kruger est liée à une récente annonce faite conjointement avec le gouvernement Charest. Le 23 février, Kruger a annoncé qu'elle investira 200 millions à Trois-Rivières afin d'y construire un atelier de désencrage. Ce projet, auquel Québec verse une aide de 50 millions et un prêt de 50 millions, lui permettra de fabriquer du papier à haute teneur en fibres recyclées.
Or, du même coup, l'utilisation de fibres recyclées pour le papier diminuera substantiellement la consommation de copeaux, lesquels proviennent des usines de bois d'oeuvre comme celles qui fermeront temporairement. «Pour avoir des copeaux, il faut faire du bois d'oeuvre. Or, avec la réduction de demande dans les autres établissements, le coût du bois est trop cher, alors ils vont fermer ça pendant un an, un an et demi, jusqu'à ce que le marché reprenne», a dit M. Dugas.
Le porte-parole de Kruger, Jean Majeau, a affirmé que cette allégation ne tient pas debout, car le projet de construction à Trois-Rivières prendra deux ans et demi. «C'est vraiment le marché du bois d'oeuvre», a-t-il affirmé.
Haut de la page

