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La soif d'éthanol dope les prix agricoles

24 mars 2007  Économie
Paris — L'engouement mondial pour le bioéthanol a provoqué une envolée du prix du maïs qui se répercute sur les cours des denrées alimentaires, mais ne devrait pas se ressentir sur les prix de la nourriture, à de rares exceptions près comme celle de la tortilla au Mexique.

«Les biocarburants ont redéfini les prix agricoles», et devraient dans ce domaine avoir un impact important dans les quatre ou cinq ans à venir, estime Abdolreza Abbassian, de l'agence des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO).

En un an, les cours du maïs ont doublé, atteignant plus de 4 $US le boisseau, dopés par la demande d'éthanol et une récolte médiocre.

Depuis 2002, la production d'éthanol aux États-Unis augmente de 20 % par an. Le premier producteur et exportateur au monde de maïs cherche à diminuer sa dépendance aux hydrocarbures et entend consacrer désormais 25 % de son maïs à l'éthanol.

Environ un cinquième de la production américaine l'an dernier, soit 55 millions de tonnes de maïs, a ainsi été transformée en éthanol.

Les éthanols sont issus du maïs, du blé mais aussi encore de la betterave ou canne à sucre. Le procédé consiste à en extraire le sucre, pour le faire ensuite fermenter. La combustion ultérieure du biocarburant obtenu, mélangé à de l'essence classique, est censée réduire de 60 % les rejets de CO2.

La hausse du prix du maïs se répercute sur d'autres denrées alimentaires, car elle encourage les fermiers à cultiver du maïs au détriment du soja, du blé, du coton, entre autres, soulignent les experts.

Au Mexique, l'envolée des cours du maïs a fait grimper en quelques mois de 40 % à 100 % le prix de la tortilla, base de l'alimentation de 50 millions de Mexicains, et d'après Joe Victor, analyste chez Allendale, elle a aussi entraîné une hausse de plus de 10 % du prix des oeufs.

Les industries pétrolières en ont fait l'un de leurs arguments pour défendre leur pré carré.

Peu de lien

Toutefois, selon Philippe Chalmin, professeur d'économie à Paris Dauphine, «il y a de moins en moins de lien entre les prix agricoles et ceux des aliments» car les produits consommés proviennent de plus en plus des industries de transformation.

«La part du blé dans le pain ne représente que 4 % du prix final du pain», renchérit-on à l'Association générale des producteurs de blé (AGPB).

L'envolée du prix du maïs, l'une des principales nourritures animalières, se répercute en revanche largement sur la filière agricole, notamment sur les marges des éleveurs.

Alain d'Anselme, président de l'Association pour le développement des carburants agricoles, fait aussi valoir que la hausse du prix de certaines matières alimentaires pourrait stimuler leur production dans des pays en développement qui, jusqu'alors, ne pouvaient concurrencer l'agriculture subventionnée des pays développés. Ce qui pourrait rééquilibrer l'offre et la demande.

L'AGPB met aussi en avant qu'«on a en France 1,2 million d'hectares de terres en jachère», qui peuvent permettre «de satisfaire l'approvisionnement des usines de biocarburants sans provoquer de tensions sur les marchés alimentaires».

Au niveau mondial, Philippe Chalminil estime toutefois qu'il n'y a pas de réserves de surfaces agricoles et que le fait d'avoir consacré l'an dernier 55 millions de tonnes de maïs à la production d'éthanol aux États-Unis est «absurde».

L'efficacité environnementale du bioéthanol à base de maïs est en outre contestée car sa production nécessite beaucoup d'eau et de pétrole, et son efficacité énergétique est moindre que celle de l'essence classique, affirment ses détracteurs.






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