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Norbourg - Lacroix explique comment il pigeait dans les fonds

François Desjardins   15 février 2007  Économie
Le syndic RSM Richter a déposé hier en Cour supérieure la retranscription des interrogatoires que ses représentants ont menés auprès du fondateur de Norbourg, Vincent Lacroix, dans lequel ce dernier explique le fonctionnement de l'entreprise et comment elle faisait pour obtenir des fonds afin d'effectuer des acquisitions et faire des « prêts ».

Dans le document de 1200 pages, M. Lacroix, sous serment, raconte également en détail la nature de la relation d'affaires avec le gardien des valeurs, Northern Trust, qui avait pour devoir de surveiller l'épargne des gens ayant investi dans les fonds communs de Norbourg.

Le syndic a rencontré M. Lacroix à sept reprises du 24 octobre au 21 décembre 2006. Lors du premier interrogatoire, l'ancien président explique candidement qu'il était facile de demander à Northern Trust de retransférer vers Norbourg les sommes des épargnants, et ce même si les fonds communs dans lesquels ces personnes avaient investi présentaient des déficits importants.

«Non seulement il y aurait dû y avoir des drapeaux rouges, mais il y a des comptes qui étaient négatifs de 300 000 $ ou 400 000 $. On demandait des retraits, ça tombait à 800 000 $, puis ils nous envoyaient quand même le transfert», raconte M. Lacroix dans les documents transmis au Devoir. «Il y a eu des manques importants, et même flagrants.»

Les autorités affirment que Norbourg a floué les épargnants par un système de falsification de documents. Alors que la firme disait gérer 205 millions, les coffres ne contenaient plus que 75 millions. Environ 8200 personnes ont été touchées.

M. Lacroix fait face à 51 chefs d'accusation en vertu de la Loi sur les valeurs mobilières et son procès débutera en mai. Puisque la GRC enquête elle aussi, des accusations criminelles pourraient un jour survenir. De plus, M. Lacroix est visé par un recours collectif.

«On avait déjà tellement d'informations, rien là-dedans ne m'a énormément surpris», a dit lors d'un entretien hier soir Gilles Robillard, du syndic RSM Richter. «On a passé la totalité des transactions. M. Lacroix a carrément expliqué comment il pigeait dans les fonds, à quel point c'était facile.»

Le présumé détournement de fonds a été rendu possible grâce à 29 fonds communs que contrôlait Norbourg. Certains fonds, a déjà indiqué le liquidateur Ernst & Young, ont littéralement été vidés, passant de plus de 20 millions à presque zéro.

Dans le document déposé hier, M. Lacroix mentionne que son vice-président aux finances, Éric Asselin, était au courant du fonctionnement de la compagnie. Prié de dire qui était le «boss» quand il n'était pas là, M. Lacroix répond simplement : «Asselin».

Plus tôt en après-midi, M. Asselin avait brisé le silence pour la première fois depuis l'éclatement du scandale en rejetant toute responsabilité dans l'affaire. M. Asselin joue un rôle de délateur qui lui a permis de signer des ententes d'immunité avec la GRC et l'Autorité des marchés financiers (AMF).

«Depuis le premier jour où j'ai découvert des irrégularités dans la gestion, j'ai non seulement dénoncé une situation inacceptable et collaboré en toute bonne foi avec les autorités concernées, mais j'ai transmis toutes les informations en ma possession», a-t-il dit.

M. Asselin a récemment fait appel à la Loi sur la faillite et l'insolvabilité. Le syndic RSM Richter, qui a déposé des poursuites en octobre dans lesquelles il allègue que M. Asselin était carrément au coeur des malversations, lui réclame plus de 800 000 $.






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  • Jean-Pierre Aubry
    Inscrit
    jeudi 15 février 2007 10h13
    La qualité de la surveillenace
    « L'Affaire Norbourg soulève des questions sur la qualité de la surveillance exercée par l'AMF (avant la CVMQ). Comment se fait-il que les détecteurs de l'AMF n'aient pas sonné l'alarme plus tôt ? Comment se fait-il qu'ils n'aient pas repéré une fraude qui affectait non pas 2% ou 5% des fonds gérés par Norbourg, mais les deux tiers ? Même si un membre de l'AMF se serait fermé les yeux, ce n'est pas suffisant pour expliquer le silence des détecteurs, car les vérifications sont faites normalement par plus d'une personne.
    On ne parle pas ici d'un cas où on n'a pas repéré une aiguille dans une botte de foin ou de celui d'une firme énorme qui opère dans de très nombreux pays et dans de très nombreux secteurs d'activités. Il semble que les principes de base des contrôles financiers, dont la séparation des rôles entre la tenue de la comptabilité et les opérations de placement, ont été violés dans la structure administrative de Norbourg. Pire encore, il est possible que, sans les dénonciations venant de l'intérieur de Norbourg, les opérations frauduleuses se seraient poursuivies pendant encore un bon bout de temps sans être détectées par l'AMF.

    Jean-Pierre Aubry
    économiste »

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