Olymel: Bouchard broie du noir
Photo : Jacques Nadeau
Lucien Bouchard paraissait fatigué, très déçu et surtout incapable de laisser entrevoir une lueur d’espoir quant à la possibilité d’une reprise des négociations, ce qui ne l’empêche pas de répondre aux appels téléphoniques du conciliateu
Lucien Bouchard, négociateur pour Olymel, a passé une bonne partie de la journée d'hier à donner des entrevues aux médias. Après plusieurs jours d'un travail intense et le non massif des employés syndiqués de l'usine de Vallée-Jonction, M. Bouchard paraissait fatigué, très déçu et surtout incapable de laisser entrevoir une lueur d'espoir quant à la possibilité d'une reprise des négociations, ce qui ne l'empêche pas de répondre aux appels téléphoniques du conciliateur nommé par le ministre du Travail. Il ne voit pas non plus ce que le gouvernement québécois pourrait faire de plus pour empêcher l'abattoir beauceron de fermer ses portes le 25 mai prochain.
Est-ce qu'il y a une possibilité d'une reprise des négociations avec le Syndicat des travailleurs de Vallée-Jonction? M. Bouchard a eu d'abord comme réaction un léger haussement d'épaules pour exprimer qu'il avait déjà épuisé tous les arguments qu'un bon négociateur pouvait mettre en avant. Dans son entrevue au Devoir, il ajoutait ceci: «Ils [les syndiqués] n'ont jamais contesté nos chiffres montrant que cette usine enregistrait 20 millions de pertes par année. On leur a offert d'ouvrir tous nos livres pour qu'ils puissent les consulter. Ils n'ont pas accepté cette invitation. Nous, on croyait qu'on allait parler ensemble de la même réalité, pour arriver au même niveau que nos concurrents, effacer nos déficits annuels. Et nous avons dit très clairement que le vote de mardi allait être un vote sur la fermeture de l'usine.»
La réponse fut un retentissant vote à 97 % contre l'offre modifiée d'Olymel. «Quand on négocie, il y a des mots clés, explique M. Bouchard. Ne jamais mentir et, quand on emploie le mot "final", cela veut dire que c'est final.» C'est un message que les dirigeants d'Olymel ont répété depuis septembre dernier, en se disant que les employés allaient réfléchir. Le fait de procéder de cette façon représentait un risque, reconnaît M. Bouchard, puisque en général les entreprises ne négocient pas; lorsqu'elles trouvent qu'une usine génère des pertes à répétition, elles envoient tout simplement l'avis de fermeture. L'actionnaire majoritaire étant une coopérative et un actionnaire minoritaire étant la SGF, c'est-à-dire une société relevant du gouvernement, Olymel a opté pour une négociation avec ses employés de Vallée-Jonction, avec le résultat que l'on sait maintenant.
Le gouvernement ne pourrait-il pas intervenir pour remettre les négociations sur les rails? En fait, plusieurs et non des moindres le suggèrent. L'Union des producteurs agricoles trouve que le gouvernement s'est montré très réservé jusqu'à maintenant et avance que le temps est venu pour lui d'affirmer son leadership. La présidente de la CSN, Claudette Carbonneau, lance elle aussi un appel au premier ministre afin qu'il intervienne de toute urgence pour sortir de cette crise non seulement l'usine de Vallée-Jonction, mais tout le secteur du porc qui se trouve menacé par la fermeture de l'abattoir le plus important et le plus moderne du Québec.
Pour sa part, M. Bouchard, ancien premier ministre, avoue carrément ceci: «Je ne vois pas ce que le gouvernement peut faire là-dedans, à part d'avoir nommé un conciliateur qui travaille encore.» Le gouvernement ne pourrait-il pas investir de l'argent, comme s'y attendent certains des syndiqués qui ont voté contre la proposition d'Olymel? M. Bouchard rappelle que le gouvernement met déjà beaucoup d'argent dans le fonds d'indemnisation, auquel il contribue pour les deux tiers, l'autre tiers provenant de la contribution des producteurs de porcs. Or le fonds est déficitaire de 200 millions cette année. Bref, ce n'est pas une très bonne idée, pense M. Bouchard, de demander encore plus d'argent au gouvernement et aux producteurs, dont plus de 20 % accumulent des arrérages dans leur remboursement de dette à la Financière agricole.
À ceux qui supplient Olymel de retourner à la table de négociation, comme le demande le syndicat, M. Bouchard rétorque que le syndicat veut négocier sur une réduction du déficit annuel de l'abattoir, pas sur une entente qui permettrait de lui redonner une position concurrentielle avantageuse.
Pour le reste, M. Bouchard, dans l'exercice de son mandat, poursuit ses discussions avec les producteurs de porcs sur des modifications au mécanisme de la mise en marché collective qui a besoin, elle aussi, d'être réajustée en fonction de la concurrence mondiale. Par ailleurs, Réjean Nadeau, président et chef de la direction d'Olymel, qui recevait depuis des semaines des courriels de ses clients japonais qui accaparent la presque totalité des porcs passant par l'abattoir beauceron, a pris la route de Tokyo pour aller voir comment il sera possible de conserver ces précieux clients une fois l'usine de Vallée-Jonction fermée.
Est-ce qu'il y a une possibilité d'une reprise des négociations avec le Syndicat des travailleurs de Vallée-Jonction? M. Bouchard a eu d'abord comme réaction un léger haussement d'épaules pour exprimer qu'il avait déjà épuisé tous les arguments qu'un bon négociateur pouvait mettre en avant. Dans son entrevue au Devoir, il ajoutait ceci: «Ils [les syndiqués] n'ont jamais contesté nos chiffres montrant que cette usine enregistrait 20 millions de pertes par année. On leur a offert d'ouvrir tous nos livres pour qu'ils puissent les consulter. Ils n'ont pas accepté cette invitation. Nous, on croyait qu'on allait parler ensemble de la même réalité, pour arriver au même niveau que nos concurrents, effacer nos déficits annuels. Et nous avons dit très clairement que le vote de mardi allait être un vote sur la fermeture de l'usine.»
La réponse fut un retentissant vote à 97 % contre l'offre modifiée d'Olymel. «Quand on négocie, il y a des mots clés, explique M. Bouchard. Ne jamais mentir et, quand on emploie le mot "final", cela veut dire que c'est final.» C'est un message que les dirigeants d'Olymel ont répété depuis septembre dernier, en se disant que les employés allaient réfléchir. Le fait de procéder de cette façon représentait un risque, reconnaît M. Bouchard, puisque en général les entreprises ne négocient pas; lorsqu'elles trouvent qu'une usine génère des pertes à répétition, elles envoient tout simplement l'avis de fermeture. L'actionnaire majoritaire étant une coopérative et un actionnaire minoritaire étant la SGF, c'est-à-dire une société relevant du gouvernement, Olymel a opté pour une négociation avec ses employés de Vallée-Jonction, avec le résultat que l'on sait maintenant.
Le gouvernement ne pourrait-il pas intervenir pour remettre les négociations sur les rails? En fait, plusieurs et non des moindres le suggèrent. L'Union des producteurs agricoles trouve que le gouvernement s'est montré très réservé jusqu'à maintenant et avance que le temps est venu pour lui d'affirmer son leadership. La présidente de la CSN, Claudette Carbonneau, lance elle aussi un appel au premier ministre afin qu'il intervienne de toute urgence pour sortir de cette crise non seulement l'usine de Vallée-Jonction, mais tout le secteur du porc qui se trouve menacé par la fermeture de l'abattoir le plus important et le plus moderne du Québec.
Pour sa part, M. Bouchard, ancien premier ministre, avoue carrément ceci: «Je ne vois pas ce que le gouvernement peut faire là-dedans, à part d'avoir nommé un conciliateur qui travaille encore.» Le gouvernement ne pourrait-il pas investir de l'argent, comme s'y attendent certains des syndiqués qui ont voté contre la proposition d'Olymel? M. Bouchard rappelle que le gouvernement met déjà beaucoup d'argent dans le fonds d'indemnisation, auquel il contribue pour les deux tiers, l'autre tiers provenant de la contribution des producteurs de porcs. Or le fonds est déficitaire de 200 millions cette année. Bref, ce n'est pas une très bonne idée, pense M. Bouchard, de demander encore plus d'argent au gouvernement et aux producteurs, dont plus de 20 % accumulent des arrérages dans leur remboursement de dette à la Financière agricole.
À ceux qui supplient Olymel de retourner à la table de négociation, comme le demande le syndicat, M. Bouchard rétorque que le syndicat veut négocier sur une réduction du déficit annuel de l'abattoir, pas sur une entente qui permettrait de lui redonner une position concurrentielle avantageuse.
Pour le reste, M. Bouchard, dans l'exercice de son mandat, poursuit ses discussions avec les producteurs de porcs sur des modifications au mécanisme de la mise en marché collective qui a besoin, elle aussi, d'être réajustée en fonction de la concurrence mondiale. Par ailleurs, Réjean Nadeau, président et chef de la direction d'Olymel, qui recevait depuis des semaines des courriels de ses clients japonais qui accaparent la presque totalité des porcs passant par l'abattoir beauceron, a pris la route de Tokyo pour aller voir comment il sera possible de conserver ces précieux clients une fois l'usine de Vallée-Jonction fermée.
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