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Metro a encore le vent dans les voiles

Claude Turcotte   24 janvier 2007  Économie
Avec l’acquisition d’A&P, Metro se situe au troisième rang des distributeurs alimentaires au Canada, après Loblaw et Sobeys.
Photo : Jacques Nadeau
Avec l’acquisition d’A&P, Metro se situe au troisième rang des distributeurs alimentaires au Canada, après Loblaw et Sobeys.
L'acquisition d'A&P Canada au coût de 1,7 milliard de dollars, qui lui a permis de doubler sa taille, n'empêche aucunement Metro inc. de maintenir la courbe de croissance de ses bénéfices, de la valeur de son titre, de ses dividendes dès la première année d'un plan d'intégration de deux ans. Les résultats de 2006 sont très éloquents et la tendance se maintient au premier trimestre de 2007, pour la plus grande joie des actionnaires qui, en très grande majorité, considèrent que Pierre H. Lessard, en tant que «capitaine» de ce navire qui a le vent dans les voiles, mérite bien les millions qu'il reçoit sous forme de salaire, de primes et d'options.

C'était hier l'assemblée générale annuelle de Metro. Avec l'acquisition d'A&P, les revenus de Metro ont fait en 2006 un bond de 65 %, ce qui n'étonne pas étant donné la taille de la compagnie acquise. Souvent, une acquisition de cette ampleur pose problème au chapitre des bénéfices, du moins les premières années. Ce n'est pas du tout le cas pour Metro, qui a déclaré un bénéfice net de 253 millions, en hausse de 33 %, un rendement des actionnaires de 15 % et un dividende accru de 7,8 % au cours de l'exercice. Les synergies attendues de 50 millions pendant cette première année ont été dépassées. Metro a même pu diminuer sa dette de 180 millions. Il reste 12 mois pour compléter l'intégration d'A&P et l'objectif des synergies, qui était de 60 millions, a été augmenté à 80 millions.

Pour le premier trimestre de 2007, le bénéfice net a été de 67,9 millions, en hausse de 112,2 %. Les synergies ont été de 19 millions en comparaison de 7,9 millions au trimestre correspondant de 2006. Depuis 1990, c'est-à-dire depuis l'arrivée de M. Lessard à titre de président et chef de la direction, Metro présente des résultats impressionnants. La valeur de son action a augmenté de 4703 %; sa croissance a été de 626 % depuis 10 ans, de 113 % depuis cinq ans et de 27 % en 2006. L'avoir des actionnaires atteint 1,7 milliard et la valeur boursière totale est de 4,3 milliards.

Avec l'acquisition d'A&P, Metro se situe au troisième rang des distributeurs alimentaires au Canada, après Loblaw et Sobeys. Ses revenus atteignent le plateau de 11 milliards. Les dirigeants de Metro visent maintenant le deuxième rang occupé par Sobeys, dont les ventes dépassent 12 milliards. M. Lessard précisait hier que Metro est déjà premier pour le bénéfice net mais demeure pour l'instant second en ce qui concerne les revenus. Metro a une part de marché de 34 % au Québec et de 24 % en Ontario. L'hypothèse d'une autre acquisition importante n'est pas exclue pour une expansion à la grandeur du Canada, mais il n'y a aucun projet d'acquisition concret à ce sujet présentement, bien que Metro aurait les ressources financières pour en faire, compte tenu de la valeur de son titre, de sa capacité de générer des liquidités et d'une réserve de 500 millions sous forme d'actions dans Alimentation Couche-Tard, un bloc d'actions qu'on n'a pas l'intention de vendre mais qu'on pourrait quand même monnayer si nécessaire.

La priorité demeure pour l'instant le plan d'intégration d'A&P, auquel des ressources importantes sont consacrées en argent et en personnel. Ce plan s'articule sur trois axes, dont le premier est d'aménager des magasins selon un concept moderne, évolutif et proche des goûts des consommateurs. Metro a une équipe qui voyage sans cesse à travers le monde pour percevoir les tendances les plus novatrices. En second lieu, il s'agit d'harmoniser les marques maison en Ontario même, et en rapport avec celles du Québec, afin d'augmenter les synergies et de mieux cibler les marchés. Il faut aussi rationaliser les cinq marques conventionnelles en Ontario. Enfin, il faut implanter les systèmes informatiques de Metro chez A&P. Selon M. Lessard, il reste des défis énormes à relever, notamment celui d'une concurrence très vive qui risque de s'accroître avec l'entrée sur le marché ontarien de Wal-Mart. Pour l'instant, le président déclare qu'il ne s'agit que d'un «concurrent comme les autres».

Encore cette année, les émoluments de M. Lessard ont donné lieu à un certain débat au cours de la période de questions. Yves Michaud, actionnaire de Metro et président du Mouvement d'éducation et de défense des actionnaires, a repris toute l'argumentation dénonçant les sommes colossales versées à des dirigeants d'entreprise par des conseils d'administration qui ne font qu'appuyer les décisions de l'équipe de direction. Bien sûr, M. Michaud a mis Metro dans le même panier en parlant de M. Lessard, dont le salaire et les primes totalisent 1,7 million en 2006 et qui a en réserve des options pour une valeur qui irait de 39 à 60 millions, selon lui.

Il a établi un parallèle entre la situation de Paul-Henri Rousseau, qui a un salaire d'un million comme président de la Caisse de dépôt et qui gère des actifs nettement plus élevés que ceux de Metro. Il a souligné que Pierre Brunet est président du conseil de la Caisse et également président du comité de rémunération chez Metro. M. Michaud s'est étonné qu'il y ait un écart 40 fois supérieur entre les salaires de l'un et de l'autre. À cela, M. Brunet a répondu que le conseil d'administration de Metro n'avait rien à se reprocher et a rappelé qu'en 1990 un investisseur qui avait pour 10 000 $ d'actions de Metro en a aujourd'hui pour une valeur de 480 000 $. La valeur accumulée des options versées à M. Lessard depuis 1990 est de 27 millions. «Le conseil d'administration est très fier de ses décisions», a ajouté M. Brunet.

Par ailleurs, Maurice Jodoin, président du conseil de Metro, a répondu à M. Michaud en rappelant qu'en 1990, Metro avait connu deux déficits annuels consécutifs de 10 millions. L'entreprise recherchait quelqu'un pour effectuer un redressement mais ne pouvait pas payer un salaire compétitif, ni offrir de primes au rendement. Les banquiers étaient nerveux. Approché par Metro, M. Lessard aurait alors dit qu'il voulait bien se comporter comme un entrepreneur pour autant que sa rémunération soit conforme à celle d'un entrepreneur. Une entente sur la formule des options est alors intervenue. Il y a eu depuis au moins deux renouvellements de mandat et chaque fois le conseil d'administration a jugé bon de maintenir la même philosophie, en limitant cependant le nombre des options. Les sommes importantes d'argent que M. Lessard est maintenant en mesure d'obtenir en vendant ses options découlent en somme des résultats obtenus depuis par Metro sous la gouverne de M. Lessard, que tout le monde, y compris M. Michaud, considère comme «un excellent gestionnaire».






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  • Philippe Champagne
    Inscrit
    mercredi 24 janvier 2007 16h26
    Certains journalistes couchent avec nos millionnaires.
    « C'est ainsi que je souligne l'article que je viens de lire. Je veux montrer comment le peuple est devenu plus critique, et ne se fait plus passer n'importe quoi. Ce n'est pas parce que monsieur le journaliste Un tel écrit que...que c'est parole d'évangile. Le journaliste ci-haut a même eu le culot de se servir du nom d'Yves Michaud pour faire mieux passer son message...Je n'en crois rien. C'est de la poudre aux yeux.

    Comme usager de Metro, je demeure scandalisé que nos dirigeants économiques fassent bon marché de leur conscience sociale en acceptant que les producteurs de lait du Québec par exemple, chaque année, comme le 28 janvier prochain et une autre en février prochain, hausseront les prix du lait dont le litre est devenu chez Metro aussi dispendieux que le Pepsi.

    En ce qui me concerne, Pierre H. Lessard est un adepte de Milton Friedman et à ce titre, ne mérite aucun apitoiement de ma part sur la misère des riches.

    Et je ne parle pas du pain Sélection Mérite, 18 tranches, 450g, qui a passé de 99¢ quand Lessard est arrivé à la barre du marché d'alimentation, à 1,79 $, soit une hausse de 180 %. Vous ne me direz pas que c'était pour augmenter les salaires horaires de ses employés ou de favoriser le con-sommateur. Mais bien plutôt pour clore le bec à ses éventuels détracteurs en lui faisant miroiter une entente de 9 ans avec son syndicat en novembre dernier, tout en se ménageant un bon stock d'options en sortant au regard de ses actionnaires, les nouveaux pontifes de la religion néo-libérale. Henry Ford se retournerait dans sa tombe en voyant la voracité de nos cupides chefs d'entreprises, qui disait que le salaire du PDG d'une entreprise ne devrait pas dépasser 40 % de celui de ses employés.

    Et comme usager de leurs grandes surfaces, n'allez pas demander par exemple à leur service à la clientèle de nous donner des circulaires en 8½ x 11 au lieu de leurs encombrantes grandes feuilles 10 x 15 qu'on a peine à manipuler en magasin pour courir les aubaines. Notre opinion a rarement de suites, j'en sais quelque chose. Nous nous sentons vis-à-vis ces Goliaths des Davids munis seulement de leur expression pour les dénoncer. De se laisser dénoncer leur donne bonne conscience et leur permet de continuer leur arnaque économique sur le dos de la grande majorité de leurs concitoyens sans coup féru.

    Simplement en matière d'OGM, Metro qui devrait être un chef de file dans ce domaine et ne pas attendre, frileux, les choix gouvernementaux, hésite même à favoriser ses clients quand il leur vend sa salade de chou faite maison, sans indiquer à qui l'achète, qu'il doit payer une TPS sur le produit et qui arrive décontenancé à la caisse, en dessous du budget qu'il s'était promis pour l'achat de cet aliment.

    La seule bonne chose faite par l'actuel président de la chaîne a été de mettre à la disposition de sa clientèle des sacs Metro recyclables à prix abordable et convenables pour le port des aliments.

    Et ça ne vaut pas la valeur accumulée des options versées à M. Lessard depuis 1990, de 27 millions.

    En ce domaine, je préfère de beaucoup me joindre à la réflexion d'Albert Jacquard prononcée à l'UQÀM l'automne dernier pour qui:

    La présente humanité se compare au naufrage du Titanic, avec pour capitaine le marché, qui brûle d'aller toujours plus vite, l'appelant croissance.

    D'ailleurs il en a profité pour tirer des flèches à la publicité manipulatrice et désinformante. Il aurait pu ajouter aussi la programmation faite par certains media pas toujours responsables des pensées du journaliste X qu'ils emploient.

    Il voit dans le capital ce que Marx avait décodé avant lui, un suicide de l'humanité. Il souhaite que dans le futur, le gouvernement planétaire fixe des barèmes de propriété et en limite le droit. Il est indécent que seules certaines minorités, 25 % des créatures humaines de la planète, disposent de la possession de 75% de la terre. Il situe à ce niveau comme biens appartenant à tous, le pétrole et l'eau. On pourrait ajouter le lait et le pain... tout en accordant à qui nous les fabrique, un revenu décent, non indécent sur le dos des acheteurs.

    Il donne à la pédagogie un avenir prometteur si les enseignants apprennent à donner à leurs élèves non leur savoir, mais leur être. Pour ce qui est de Pierre H. Lessard, seul son savoir a été sur-évalué, et il ne nous laisse aucun choix de le critiquer positivement en acceptant les décisions de son conseil pour montrer qu'il est aussi humain et non simplement une machine à calculer.

    Il disait que le premier à taxer les dirigeants de criminels a été Montesquieu.

    Selon le généticien, nous (les décideurs) sommes devenus aussi dangereux que la nature.

    Selon lui de plus, la compétition est un handicap à la communication avec ses semblables; on devrait la substituer par une saine émulation.

    Rien dans le bilan de Lessard laisse deviner qu'il ait voulu faire autre chose depuis qu'il y est, que de l'argent... »

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