Analyse - Les prix du pétrole ont la mine basse
Photo : Agence Reuters
Le siège social de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole, à Vienne.
Des spéculateurs qui auraient fini par jeter l'éponge? Une économie américaine en perte de vitesse? Une situation géopolitique au Moyen-Orient qui n'inquiète plus autant? Le prix du baril de pétrole, plus chatouilleux que l'or et le nickel, a terminé en hausse hier après avoir touché, en matinée, son plus bas niveau depuis mai 2005. La question, malgré la reprise en fin de journée, demeure entière: pourquoi a-t-il dégringolé de 20 % en un mois? Le cours du pétrole, que les raffineries transforment en essence et en huile à chauffage, a terminé la journée d'hier à 52,24 $US, en hausse de 2 %. À la mi-décembre, toutefois, le baril de light sweet crude, qui se négocie sur la Bourse Nymex, se vendait autour de 63 $US. Il avait allégrement franchi la barre des 78 $US au cours de l'été...
Plusieurs hypothèses
La réponse, qui découle d'un ensemble de facteurs parfois difficiles à cerner, est une mosaïque d'opinions et d'avis. Les hypothèses ci-dessus circulent toutes, certes, mais celle qui revient souvent est d'ordre météorologique. Alors que les ouragans de 2005 avaient endommagé des raffineries du golfe du Mexique, remis en question leur capacité de répondre à la demande et donc poussé le prix du pétrole à la hausse, on observe l'inverse aujourd'hui, disent certains observateurs. Le climat agit, mais dans l'autre sens.
«L'hiver a été très doux», a avancé cette semaine Maduabebe Edmund Daukoru, ministre nigérien de l'Énergie et président de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole jusqu'au 1er janvier dernier. «Le marché est surapprovisionné», a-t-il dit en marge d'une conférence à New Delhi.
Il n'est pas le seul à se rabattre sur le climat. «Plusieurs centrales électriques américaines utilisent du pétrole, donc l'hiver chaud fait en sorte qu'elles en ont utilisé moins qu'avant», a estimé hier Frédéric Quintal, auteur du livre Qui fait le plein? et observateur aguerri du marché pétrolier. Il est généralement convenu que les États-Unis représentent 25 % de la consommation mondiale de pétrole. La Chine arrive deuxième, à 8 %, mais sa croissance fulgurante fait en sorte que certaines estimations la mettent à égalité avec les Américains d'ici 2020.
Or au moins deux autres facteurs entreraient en ligne de compte. D'abord, selon M. Quintal, les licenciements chez les constructeurs automobiles américains en 2006 et la diminution des ventes de grosses cylindrées reflètent une baisse de la consommation d'essence, ce qui se traduit peut-être ces jours-ci par une demande à la baisse pour du pétrole brut. D'où la récente glissade du prix du baril après la surenchère de 2005 et 2006.
Ensuite, il y a la spéculation. L'été 2005 et la hausse des prix dans la foulée de l'ouragan Katrina avaient attiré toute une armée de requins à la recherche d'un profit facile. Des «spéculateurs juniors», comme les appelle M. Quintal. «Voyant que le cours du pétrole n'augmentait pas malgré l'arrivée de l'hiver, ils se sont peut-être retirés du marché», a-t-il estimé hier.
La géopolitique n'a pas changé
Selon Antoine Ayoub, professeur à l'Université Laval, les bases de l'économie font en sorte que le pétrole devrait logiquement se transiger entre 35 et 40 $US le baril. La situation géopolitique au Moyen-Orient au cours des dernières années a ajouté de 10 à 15 $US au prix du baril, a-t-il dit.
Mais étrangement, rien, depuis un mois, n'a changé «pour le mieux» dans le discours politique dans cette région du monde. «Il y a des foyers de troubles assez menaçants», a rappelé M. Ayoub. Le marché se serait-il habitué à l'instabilité permanente au Moyen-Orient? Peut-être, dit-il en hésitant. «Je ne peux pas dire ça avec conviction, car la situation politique est mauvaise.»
Chose certaine, certains membres de l'OPEP s'inquiètent des prix. Déjà préoccupé par le cours du brut en décembre, le cartel, qui vise à maintenir les prix, a réduit sa production de 1,2 million de barils en novembre. En décembre, il a décrété une nouvelle baisse de production, soit 500 000 barils, qui entrera en vigueur le 1er février. En moyenne, les pays producteurs, y compris ceux ne faisant pas partie de l'OPEP, produisent près de 81 millions de barils par jour. Le marché, toutefois, se contrefiche des réductions. Il ne réagit plus. «Ça fait environ deux ans que le marché n'écoute plus les décisions de l'OPEP», a dit M. Quintal.
Nouveaux approvisionnements
Le ministre nigérien, de son côté, a récemment avancé une autre explication. L'OPEP va réduire sa production, certes. Mais certains pays qui ne font pas partie de l'OPEP, un groupe hétéroclite comprenant notamment la Russie, le Canada et le Mexique, inaugureront sous peu de nouvelles installations de production. C'est peut-être en raison de ces nouveaux approvisionnements, a-t-il dit cette semaine, que le prix du baril diminue. «On attendra. Le ciel n'est pas en train de nous tomber sur la tête à cause d'un baril à 52 $US.»
Malgré la récente baisse du cours du baril, le ministre du Pétrole de l'Arabie saoudite, Ali al-Naimi, a affirmé cette semaine qu'il ne voyait pas l'urgence de se réunir à nouveau pour réduire davantage la production, contrairement au Venezuela et à l'Algérie. Le prix remontera lorsque la baisse de 500 000 barils aura lieu en février, a-t-il dit mardi. D'autant plus que les grands froids s'en viennent. «Ne paniquez pas. Il n'y a aucune raison de se rencontrer», a-t-il dit à la presse à New Delhi.
Aux yeux du marché, ont dit certains analystes, la déclaration du ministre saoudien a semblé révéler une sorte de schisme entre l'Arabie saoudite et d'autres membres de l'OPEP. «L'organisation n'a pas l'air cohésive», a dit hier à l'Agence France-Presse un analyste de CFC Seymour.
Ce matin, les marchés auront les yeux rivés sur les données des stocks de pétrole publiées par le gouvernement américain.
En ce qui concerne le prix de l'essence à la pompe, déterminé par le cours du brut et le cours de l'essence sur le Nymex, l'impact est significatif depuis décembre. Hier, le litre se vendait pour aussi peu que 87 ¢ à Montréal.
Plusieurs hypothèses
La réponse, qui découle d'un ensemble de facteurs parfois difficiles à cerner, est une mosaïque d'opinions et d'avis. Les hypothèses ci-dessus circulent toutes, certes, mais celle qui revient souvent est d'ordre météorologique. Alors que les ouragans de 2005 avaient endommagé des raffineries du golfe du Mexique, remis en question leur capacité de répondre à la demande et donc poussé le prix du pétrole à la hausse, on observe l'inverse aujourd'hui, disent certains observateurs. Le climat agit, mais dans l'autre sens.
«L'hiver a été très doux», a avancé cette semaine Maduabebe Edmund Daukoru, ministre nigérien de l'Énergie et président de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole jusqu'au 1er janvier dernier. «Le marché est surapprovisionné», a-t-il dit en marge d'une conférence à New Delhi.
Il n'est pas le seul à se rabattre sur le climat. «Plusieurs centrales électriques américaines utilisent du pétrole, donc l'hiver chaud fait en sorte qu'elles en ont utilisé moins qu'avant», a estimé hier Frédéric Quintal, auteur du livre Qui fait le plein? et observateur aguerri du marché pétrolier. Il est généralement convenu que les États-Unis représentent 25 % de la consommation mondiale de pétrole. La Chine arrive deuxième, à 8 %, mais sa croissance fulgurante fait en sorte que certaines estimations la mettent à égalité avec les Américains d'ici 2020.
Or au moins deux autres facteurs entreraient en ligne de compte. D'abord, selon M. Quintal, les licenciements chez les constructeurs automobiles américains en 2006 et la diminution des ventes de grosses cylindrées reflètent une baisse de la consommation d'essence, ce qui se traduit peut-être ces jours-ci par une demande à la baisse pour du pétrole brut. D'où la récente glissade du prix du baril après la surenchère de 2005 et 2006.
Ensuite, il y a la spéculation. L'été 2005 et la hausse des prix dans la foulée de l'ouragan Katrina avaient attiré toute une armée de requins à la recherche d'un profit facile. Des «spéculateurs juniors», comme les appelle M. Quintal. «Voyant que le cours du pétrole n'augmentait pas malgré l'arrivée de l'hiver, ils se sont peut-être retirés du marché», a-t-il estimé hier.
La géopolitique n'a pas changé
Selon Antoine Ayoub, professeur à l'Université Laval, les bases de l'économie font en sorte que le pétrole devrait logiquement se transiger entre 35 et 40 $US le baril. La situation géopolitique au Moyen-Orient au cours des dernières années a ajouté de 10 à 15 $US au prix du baril, a-t-il dit.
Mais étrangement, rien, depuis un mois, n'a changé «pour le mieux» dans le discours politique dans cette région du monde. «Il y a des foyers de troubles assez menaçants», a rappelé M. Ayoub. Le marché se serait-il habitué à l'instabilité permanente au Moyen-Orient? Peut-être, dit-il en hésitant. «Je ne peux pas dire ça avec conviction, car la situation politique est mauvaise.»
Chose certaine, certains membres de l'OPEP s'inquiètent des prix. Déjà préoccupé par le cours du brut en décembre, le cartel, qui vise à maintenir les prix, a réduit sa production de 1,2 million de barils en novembre. En décembre, il a décrété une nouvelle baisse de production, soit 500 000 barils, qui entrera en vigueur le 1er février. En moyenne, les pays producteurs, y compris ceux ne faisant pas partie de l'OPEP, produisent près de 81 millions de barils par jour. Le marché, toutefois, se contrefiche des réductions. Il ne réagit plus. «Ça fait environ deux ans que le marché n'écoute plus les décisions de l'OPEP», a dit M. Quintal.
Nouveaux approvisionnements
Le ministre nigérien, de son côté, a récemment avancé une autre explication. L'OPEP va réduire sa production, certes. Mais certains pays qui ne font pas partie de l'OPEP, un groupe hétéroclite comprenant notamment la Russie, le Canada et le Mexique, inaugureront sous peu de nouvelles installations de production. C'est peut-être en raison de ces nouveaux approvisionnements, a-t-il dit cette semaine, que le prix du baril diminue. «On attendra. Le ciel n'est pas en train de nous tomber sur la tête à cause d'un baril à 52 $US.»
Malgré la récente baisse du cours du baril, le ministre du Pétrole de l'Arabie saoudite, Ali al-Naimi, a affirmé cette semaine qu'il ne voyait pas l'urgence de se réunir à nouveau pour réduire davantage la production, contrairement au Venezuela et à l'Algérie. Le prix remontera lorsque la baisse de 500 000 barils aura lieu en février, a-t-il dit mardi. D'autant plus que les grands froids s'en viennent. «Ne paniquez pas. Il n'y a aucune raison de se rencontrer», a-t-il dit à la presse à New Delhi.
Aux yeux du marché, ont dit certains analystes, la déclaration du ministre saoudien a semblé révéler une sorte de schisme entre l'Arabie saoudite et d'autres membres de l'OPEP. «L'organisation n'a pas l'air cohésive», a dit hier à l'Agence France-Presse un analyste de CFC Seymour.
Ce matin, les marchés auront les yeux rivés sur les données des stocks de pétrole publiées par le gouvernement américain.
En ce qui concerne le prix de l'essence à la pompe, déterminé par le cours du brut et le cours de l'essence sur le Nymex, l'impact est significatif depuis décembre. Hier, le litre se vendait pour aussi peu que 87 ¢ à Montréal.
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