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Développement économique du Québec -Il faut lancer un véritable«au secours», croit le Fonds FTQ

Gérard Bérubé   2 octobre 2006  Économie
Côte à côte, le p.-d.g. du Fonds de solidarité FTQ, Yvon Bolduc, et le président de son conseil d’administration, Henri Massé
Photo : Jacques Nadeau
Côte à côte, le p.-d.g. du Fonds de solidarité FTQ, Yvon Bolduc, et le président de son conseil d’administration, Henri Massé
Au Fonds de solidarité FTQ, on sursaute devant ces hauts cris du milieu des affaires dénonçant l'immobilisme économique du Québec. Si l'institution n'appuie pas le constat, elle fait cependant sienne la principale conclusion voulant que le développement économique souffre d'un manque de vision et de leadership politique. On voit les effets de ce vide, qui se font crûment sentir sur les secteurs manufacturier et forestier. Pour ces industries, l'heure n'est plus à la dénonciation. «C'est un véritable "au secours" qu'il faut lancer.»

Henri Massé s'enflamme. Si le président du conseil d'administration du Fonds de solidarité FTQ accepte d'utiliser le mot immobilisme, il rejette l'association réductrice faite la semaine dernière par la Fédération des chambres de commerce voulant que cette paralysie traduise le poids trop grand des groupes de pression. «Il y aura toujours de la contestation, de l'opposition. Mais si le projet est bien expliqué, s'il est bien fait, s'il passe les différentes étapes...»

Il reprend l'exemple, cité la semaine dernière, du déménagement du casino au bassin Peel. Le Fonds était partenaire. «Dès que l'on peut créer des emplois... Nous étions intéressés par ce projet structurant, mais nous étions restés sur notre appétit quant au financement. Ça ne s'est pas joué sur la question de la dépendance au jeu. Là-dessus, et même s'il y avait encore un peu de résistance, ceux qui formaient le gros de l'opposition au projet se sont rangés derrière lorsqu'il y avait une meilleure compréhension. L'échec est venu d'un manque de leadership politique.»

Même appui au projet de terminal méthanier Rabaska. «Nous disons aux promoteurs de faire le travail, d'expliquer les choses devant le Bureau d'audiences publiques sur l'environnement. Si c'est bien fait, si ça passe les étapes du BAPE...»

Mais quant à cet immobilisme généralisé, «au contraire, ça bouge au Québec», insiste M. Massé. «Et notre économie est en bonne santé, à l'exception du secteur manufacturier. Du moins, elle est plus diversifiée qu'en Ontario.»

Yvon Bolduc acquiesce. Le p.-d.g. du Fonds, qui en était samedi dernier à sa première assemblée annuelle des actionnaires, est revenu sur les statistiques d'investissement de l'institution. L'exercice clos le 31 mai 2006 a permis d'établir un record en volume d'investissements avec 643 millions de dollars dirigés vers 97 entreprises. Cette année, les investissements prévus oscillent autour de 550 millions. Si les chambres de commerce s'inspiraient, la semaine dernière, de l'échec de projets majeurs, «il faut relativiser les choses. Il y a beaucoup de petits projets. Nous en avons encore pour plusieurs centaines de millions dans le pipeline. Ça se maintient ainsi, année après année.»

Le Fonds est présent dans tous les secteurs. «Ce que nous offrons, c'est du capital patient, ce qui est de plus en plus rare. Nous offrons du temps, ce qui nécessite de la persévérance de notre part.» Il en va de la mission du Fonds, qui lui confère un rôle unique et important. Et le rendement suit. Du moins, sur une base historique, le spécialiste québécois du capital de risque campe dans le deuxième quartile en matière de rendement dans un univers comprenant 170 fonds spécialisés au Canada. «Avec nos contraintes — investir au Québec et essentiellement dans les PME — ce n'est pas si mal», a commenté Yvon Bolduc.

«On ne nous demande pas un rendement maximal. Après tout, nous ne gérons pas une caisse de retraite. Et il y a le crédit d'impôt», a enchaîné Henri Massé. «Nous, on travaille en fonction d'un rendement honnête. Autour de 5 ou 6 % par année.» L'an dernier, le Fonds a affiché un rendement global de 6 %. Depuis sa création en 1983, et malgré deux années difficiles dans la foulée de la correction boursière de 2000-02, le rendement annuel moyen se chiffre à 5 %.

Le Fonds accompagne les entreprises. Dans leur création— «même s'il est difficile de dégager des rendements dans ce créneau» —, dans leur quête de compétitivité, avec des produits financiers pointus et ciblés, et dans leur déploiement à l'étranger, par une participation financière directe au projet d'acquisition ou par la capacité de l'institution à développer des réseaux internationaux. «Oui, il y a eu Jean Coutu, Bombardier ou Domtar. Mais il y a aussi Metro ou Couche-Tard», a renchéri le p.-d.g. du Fonds.

Ici, l'on se réjouit des 100 millions investis par le Fonds dans l'acquisition par Metro des magasins A&P. Ou de la contribution de l'institution à l'achat, par Allianz Madvac, des divisions canadienne et américaine de production de balais mécaniques appartenant à l'Européenne Johnston Group. «Accompagner ainsi les entreprises à l'étranger est une prolongation naturelle de notre mission. On surveille pour qu'il n'y ait pas de perte d'emplois au Québec, pour que cela se traduise par un accroissement de la production, un renforcement de la base», a insisté Henri Massé.

Celui qui préside le conseil parle de l'effet catalyseur d'une institution dont l'actif net atteint 6,6 milliards. «En cessant de se compétitionner et en développant plutôt des synergies avec la Caisse de dépôt ou Desjardins, nous avons pu attirer six ou sept fonds américains au Québec. Nous avons également été aux premières loges dans la constitution des FIER [Fonds d'intervention économique régional].»

Ce pouvoir mobilisateur a toutefois ses limites. «Dans le secteur forestier, nous avons posé deux ou trois gestes structurants, mais ce furent des coups d'épée dans l'eau.» Henri Massé parle de crise profonde. «Le ministre [des ressources naturelles] s'attendait à une réorganisation de l'industrie et écartait toute catastrophe. Or, on est en plein dedans. L'industrie a déjà perdu 7000 à 8000 emplois directs, et on va en perdre encore autant. Je m'inquiète. Les entreprises forestières sont tellement endettées. Et il y a les banques qui surveillent de près. Ça va prendre une intervention gouvernementale énergique.»

«Avant, les gens des régions n'étaient pas abattus. Mais, depuis sept ou huit mois, on sent que la morosité s'est installée. Il y a un sentiment d'impuissance, d'abandon, de démission.» Henri Massé ne s'arrête pas là. «Dans le secteur manufacturier, il n'y a pas une semaine sans qu'une fermeture soit annoncée. Ce n'est pas seulement la Chine, ce n'est pas le dollar, qui a monté trop rapidement. L'entreprise ne perd rien en délocalisant», a-t-il soutenu, tout en rappelant que l'économie du Québec s'est bâtie autour d'une vision et d'une intervention ciblée.

«Ça prend des programmes costauds et non la diminution des crédits d'impôt ou de l'appui à la recherche-développement. Or, nous avons deux gouvernements qui ont la même pensée, qui ne pensent qu'à réduire la dette, qui choisissent le laisser-faire.»






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