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Arrêt des négociations du cycle de Doha - Le «messie» Lamy n'a pas fait de miracles

26 juillet 2006  Économie
Le blocage entre grandes puissances à propos des subventions agricoles sonne comme un échec personnel pour M. Lamy, arrivé à la tête de l’OMC en septembre dernier avec la promesse de faire du cycle de Doha sa «priorité numéro un, numéro deux e
Photo : Agence France-Presse
Le blocage entre grandes puissances à propos des subventions agricoles sonne comme un échec personnel pour M. Lamy, arrivé à la tête de l’OMC en septembre dernier avec la promesse de faire du cycle de Doha sa «priorité numéro un, numéro deux e
Genève — Pascal Lamy n'a pas accompli le miracle espéré après un an à la tête de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), dont il compte cependant garder les rênes en attendant des jours meilleurs.

Faute de compromis entre les 149 États membres de l'OMC, son directeur général a dû se résoudre hier à annoncer une suspension sine die du cycle de négociations de Doha, lancé en 2001 dans la capitale du Qatar.

Le blocage entre grandes puissances à propos des subventions agricoles sonne comme un échec personnel pour M. Lamy, arrivé à la tête de l'OMC en septembre dernier avec la promesse de faire du cycle de Doha sa «priorité numéro un, numéro deux et numéro trois».

Attendu comme le messie, ce partisan d'une «mondialisation maîtrisée», incarnée selon lui par le gendarme des échanges mondiaux qu'est l'OMC, s'était cependant défendu d'avoir dans sa mallette une «baguette magique».

Pascal Lamy avait surtout été l'un des parrains des négociations lors de la conférence de Doha, alors qu'il était commissaire européen au Commerce.

Avec le blocage des pourparlers, il voit s'accentuer le risque d'une marginalisation de l'OMC face à la prolifération d'accords bilatéraux, pénalisants pour les petits pays laissés en tête-à-tête avec les grandes puissances.

Incapables d'obtenir par la négociation une baisse des subventions agricoles des pays riches, les pays du Sud risquent de multiplier les plaintes à l'OMC.

«Il y a un risque potentiel quand la procédure juridique prend le pas sur le législateur dans la fixation des règles», s'inquiète M. Lamy.

Face à cette mauvaise passe, le Français a promis de «rester disponible» pour les États membres dans son rôle de médiateur.

Mais le moment est peut-être venu de réformer l'OMC, une organisation gouvernée par la règle du consensus et dont le directeur général n'a qu'un pouvoir de persuasion, suggère Alan Oxley, un ancien responsable du Gatt, l'ancêtre de l'OMC. «Le système est censé servir les intérêts de ceux qui veulent réformer le commerce. Pour l'instant, ceux qui ne veulent pas en entendre parler bloquent le système», déplore-t-il.

Avant de prendre la direction de l'OMC, Pascal Lamy lui même avait dénoncé une organisation «médiévale», bloquée par ses divisions. Depuis, un projet de réforme consistant notamment à renforcer les pouvoirs du directeur général a été déposé. Mais Pascal Lamy s'était interdit de le soumettre aux pays membres tant que dureraient les négociations de Doha.

La suspension des travaux pourrait lui permettre de mettre de l'ordre dans la maison avant de relancer le cycle dans quelques années. «Si nous décidons de dériver longtemps, tout est possible», remarque son porte-parole, Keith Rockwell, alors que les pays membres doivent officiellement décider jeudi de suspendre les négociations.

Bien qu'il eut été mandaté début juillet pour susciter un compromis, Pascal Lamy s'était gardé de soumettre un plan de sauvetage aux participants, jugeant que sa crédibilité en serait à jamais entamée en cas d'échec.

Il lui reste à espérer que, dans chaque pays, membre le personnel politique se rende compte de la gravité du coup porté au système multilatéral.

«Il se peut que les nuits portent conseil, qu'un peu de temps fasse du bien, que les gens soient fatigués et que la considération de ce qui risque de se passer si la négociation ne reprend pas fasse réfléchir», espère-t-il, alors que la suspension pourrait durer jusqu'en 2009, avec l'arrivée d'une nouvelle administration américaine. Le mandat de M. Lamy, 59 ans, s'achève précisément à l'été 2009, mais rien ne lui interdit d'en solliciter un nouveau.






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