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André Caillé au Forum 2006 des dirigeants de l'industrie énergétique - La planète est bien nantie pour relever les défis énergétiques

Claude Turcotte   21 juin 2006  Économie
Selon André Caillé, président du Conseil mondial de l’énergie, les prix élevés d’aujourd’hui sont là pour de bon et l’on ne retournera jamais à un prix de 25 $ pour un baril de pétrole.
Photo : Agence Reuters
Selon André Caillé, président du Conseil mondial de l’énergie, les prix élevés d’aujourd’hui sont là pour de bon et l’on ne retournera jamais à un prix de 25 $ pour un baril de pétrole.
Premier de deux articles - En tant que président du Conseil mondial de l'énergie, André Caillé, ex-président d'Hydro-Québec et de Gaz Métro, voyage partout sur la planète pour parler d'énergie à des dirigeants de gouvernement et leur conseiller de garder toutes les options ouvertes en attendant de mieux voir «comment ça va tourner tout ça», c'est-à-dire les énormes enjeux énergétiques d'aujourd'hui, qui sont faits de défis économiques, environnementaux, techniques, sociaux et forcément politiques.

M. Caillé était cette semaine conférencier à un forum présenté à Mont-Tremblant sous les auspices du Conseil canadien de l'énergie. La bonne nouvelle, a-t-il fait valoir, c'est qu'il y a sur la planète des réserves d'énergie pour tout le monde et pour longtemps, bien que ces réserves ne soient pas réparties équitablement entre toutes les régions. Il est convaincu par ailleurs que le 1,4 milliard d'humains qui sont encore privés des services énergétiques modernes ne pourront pas résister à l'envie d'y avoir accès, ce qui sera d'ailleurs pour ces populations un moyen incontournable d'accéder à un niveau d'instruction, de développement et de richesse plus décent.

En d'autres mots, la demande d'énergie va continuer d'augmenter pour encore un demi-siècle, peut-être de 50 % d'ici 2030 et jusqu'à 100 % en 2050. Ces prévisions prennent en considération les efforts financiers et techniques qui seront déployés pour atteindre un niveau plus élevé d'efficacité énergétique. Or, comme le prix de l'énergie est un facteur qui incite à l'efficacité énergétique, M. Caillé en déduit que les prix élevés d'aujourd'hui sont là pour de bon et qu'on ne retournera jamais à un prix de 25 $ pour un baril de pétrole. En outre, les prix élevés sont de nature à attirer des capitaux, dont on aura besoin en énorme quantité pour atteindre les objectifs visés.

D'ici 2030, il faudra trouver 17 000 milliards de dollars. Les investissements sont cette année de 300 milliards. Il faudrait les doubler le plus rapidement possible afin d'atteindre la cible prévue pour 2030. La croissance de la demande énergétique au Canada n'est que de 1 à 1,5 % par année, alors qu'elle augmente de 6 à 7 % en Chine et en Inde. M. Caillé dit espérer que cette demande se manifestera bientôt en Afrique. Il parle entre autres du projet Inga sur le fleuve Congo, où il y a un potentiel de 37 000 MW. Le Conseil mondial de l'énergie recommande aux Africains, comme aux autres peuples ailleurs dans le monde, de former des alliances régionales d'échange d'énergie, comme cela existe ici entre le Québec, les provinces voisines et les États-Unis pour l'électricité, le gaz naturel et le pétrole. Revenant au fleuve Congo, il ajoute que dans 30 ans on aura changé le niveau de vie de tout le monde dans la région. M. Caillé est tout à fait convaincu que l'énergie engendre la richesse et cite l'exemple du Québec, qui n'aurait pas atteint son développement économique actuel sans la présence d'Hydro-Québec.

Avec tout cet argent, on pourra notamment intensifier les recherches pour atteindre plus d'efficacité énergétique dans la production, le transport et l'utilisation des technologies, tout en poursuivant l'exploration pour trouver du pétrole et du gaz naturel, en exploitant aussi des mines de charbon et d'uranium, en construisant d'autres barrages et en installant des éoliennes. «Rien de cela ne pourra se faire si l'opinion publique n'est pas bien informée», soutient M. Caillé, et à vrai dire la plupart des participants à ce forum de Mont-Tremblant ont fait leur mea-culpa au nom de l'industrie en général. Il faudra trouver une façon d'expliquer dans des termes simples, aussi bien aux consommateurs qu'aux actionnaires, ce qui est faisable et acceptable.

Quoi qu'il en soit, M. Caillé assure qu'on n'est pas à court de pétrole puisqu'il y a présentement des réserves pour une période de 30 à 50 ans. Les réserves de gaz naturel pourraient facilement supporter une production deux fois plus grande, pour une livraison sous forme de gaz liquéfié n'importe où sur la planète. Beaucoup de monde pense que l'industrie du charbon est en voie de mourir de sa belle mort. Oh que non! Celle-ci va renaître sous l'étiquette de «charbon propre» grâce à une technologie qui reste à être découverte. Il y a de grandes (pour 100 ans) réserves de charbon en Russie, en Chine, en Inde, aux États-Unis et au Canada. C'est la même chose pour l'énergie nucléaire, dont la production pourrait quadrupler, alors que celle de l'hydroélectricité pourrait tripler et que la production éolienne pourrait devenir mondialement équivalente à celle de l'hydroélectricité. Et on pense aussi à la géothermie et à d'autres sources d'énergie nouvelles.

Évidemment, tout ce développement énergétique doit être envisagé dans une perspective de développement durable, c'est-à-dire qu'il faudra éventuellement atteindre un niveau de zéro émission de carbone dans la nature. Cela pourrait être réalisé notamment par la solution de la «séquestration», c'est-à-dire en trouvant le moyen d'exploiter l'énergie en laissant le carbone dans le sous-sol. Des efforts de recherches considérables, lesquels sont prévus dans les objectifs d'investissements mentionnés, doivent être faits pour développer des technologies qui permettent une exploitation et une consommation énergétique propre.

Il y a là un boulot considérable à abattre, auquel l'industrie canadienne devrait et pourrait participer en plus de contribuer de façon importante à la fourniture d'énergie au cours des cinquante prochaines années et même au-delà.

***

Demain: le Canada et l'énergie
Selon André Caillé, président du Conseil mondial de l’énergie, les prix élevés d’aujourd’hui sont là pour de bon et l’on ne retournera jamais à un prix de 25 $ pour un baril de pétrole. La croissance de la demande énergétique au Canada n’est que de 1 à 1,5 % par année, alors qu’elle augmente de 6 à 7 % en Chine et en Inde.
 






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