Sur les pas de Gabrielle Roy

Balade en « embourgeoisie »

Ce sont quatre textes anodins devenus fondateurs. Entre juin et septembre 1941, Gabrielle Roy, alors jeune journaliste au Bulletin des agriculteurs, publication grand public de l’époque, publie « Tout Montréal », une série de quatre articles qui résument chaque mois l’âme et l’esprit d’une métropole en mutation, à l’aube de son 300e anniversaire. Soixante-quinze ans après elle, et à l’approche d’un 375e, Fabien Deglise repart à la rencontre de la même ville, ou peut-être d’une autre, dans une série en quatre temps sur les pas de la romancière… Deuxième escale : le Montréal bobo.

Les lieux visités. Cliquez ici pour agrandir la carte.

Le matin, la plus forte densité de population de tous les arrondissements de Montréal se perçoit à l’œil nu dans l’ouverture continue des portes pivotantes du métro Mont-Royal.

Le flux est tendu à l’heure de pointe et dévoile, dans la détermination du mouvement de la foule, la typologie singulière des habitants de ce quartier de la ville qui aime depuis toujours conjuguer sa différence au temps d’une certaine fougue, d’une jeunesse, d’une assurance même, qu’il est facile de prendre pour de l’arrogance.

Les 50 % de célibataires qui peuplent le Plateau Mont-Royal ne sont jamais vraiment seuls, partageant ce territoire exigu dans la trame urbaine montréalaise avec une faune bigarrée composée de résidants de longue date, d’expatriés en tous genres, de jeunes des régions ayant investi les lieux le temps de leurs études, de « 450 » de retour à la ville et en quête d’une communion avec un dynamisme et une vivacité qu’ils avaient perdus…

Ici, dans l’urgence des petits matins ordinaires comme dans l’oisiveté des samedis après-midi passés à battre l’asphalte de l’avenue du Mont-Royal sous le soleil du printemps, la diversité se voit un peu dans les nuances de noir et de gris des étoffes, dans l’accessoire, dans l’organisation des cheveux sur les têtes, dans la densité des cadres de lunettes, mais elle s’affirme surtout dans la tonalité vocale des conversations que l’oreille indiscrète attrape à la volée.

Un quart de la population a un passé qui vient d’ailleurs, au-delà des frontières du pays. Dans les épiceries, on entend de plus en plus l’anglais continental, le franglais des jeunes à l’identité composite et décomplexée. On y parle le français de Julien Poulin ou encore celui de Fabrice Luchini, porté par le cinquième des occupants des lieux nés en France, selon les chiffres du recensement de 2011. C’est autant que la proportion des autres « Platoniens de l’everywhere », qui ont vu le jour au Portugal, aux États-Unis, en Chine, en Algérie, en Colombie, au Maroc ou en Grèce, et qui contribuent au métissage serré d’un territoire dont l’esprit cosmopolite ébranle parfois les certitudes sectaires du monde tout autour.

Sur l’avenue du Mont-Royal, les commerces posent comme un argumentaire les bases de la caricature qui fait le Plateau en affichant des viandes de bœuf toujours plus vieillies qu’ailleurs dans la ville, en traquant la tendance émergente dans le beigne au bacon, dans le dumpling, dans la réalité augmentée d’un café latte au « lait » d’amande ou de soya. Les grands classiques constitutifs de la réputation des lieux s’y cultivent : le restaurant urbain chic avec ses classiques, bavette de bœuf ou confit de canard, le siège de la lutte contre l’individualisme par le café équitable, la librairie indépendante et celle de livres d’occasion où l’on vient chercher du Miron ou la dernière réédition d’un bouquin de Stefan Zweig plutôt qu’un nouveau chapitre du Guide de l’auto.

« La France, pourtant, n’a jamais été si près d’affirmer son empire sur l’Amérique. De Montréal et de Québec, les explorateurs ont essaimé en tous sens. Louis Jolliet et le père Marquette ont navigué sur les eaux noires du Mississippi. Cavalier de la Salle a descendu le grand fleuve bourbeux et a pris possession de ces terres qu’il appelle Louisiane, au nom du roi de France. » — Gabrielle Roy

Exhiber les marqueurs de son temps

Les terrasses sont prises d'assaut l'été.

Près de la rue Saint-Denis, une jeune fille laisse s’envoler ses espressos, ses lattes, ses doubles allongés, depuis l’exiguïté d’un dessous d’escalier aux allures de placard vitré, minuscule, et forcément discriminatoire. Employés claustrophobes, s’abstenir.

Devant sa fenêtre, les arrêts sont fréquents pour saisir un de ses marqueurs de l’urbanité que le résidant du Plateau aime exhiber, comme pour se convaincre lui-même de sa prise directe avec son présent et son territoire. Son café à la main, il poursuit sa marche en direction d’une avant-garde que cet ancien quartier populaire et ouvrier pose comme une évidence sur ses artères depuis la fin des années 1970.

L’art de la fondue au fromage, la cuisine de bistrot, puis celle du marché, l’agriculture soutenue par la communauté, le bio, le culte du yogourt qui, pendant des lunes, se vendait comme un médicament dans quelques pharmacies de la rue commerçante principale, et l’effiloché de porc sont passés par là avant de se répandre ailleurs. Tout comme le pain croûté à la québécoise, émancipé de ses racines coloniales françaises par un Benoît Fradette dans les fours d’un Fromentier de la rue Fabre en 1993.

C’est en paradant fièrement sur ce Plateau que le parti de la gauche pluriel, Québec solidaire, a fait son entrée au Parlement. C’est là aussi que le vélo est passé de mode de transport pour les pauvres à outil de revendication sociale pour les bobos et que la terrasse en bois érigée en bravade sur les places de stationnement a posé la base de son épidémie, qui a désormais atteint les autres territoires de la ville. Sans exception.

« Je ne connais pas aux environs de Montréal d’endroit à la fois plus bizarre et charmant que ce bout de Lachine […] Un jour, les poètes et les peintres, les bohêmes et les dilettantes choisiront peut-être d’y aller vivre. Si Montréal doit jamais posséder son Montmartre, son Chelsea ou son Greenwich village, il me semble que ce sera là. » — Gabrielle Roy.

Une réputation fragilisée

Une foule assiste à un concert en plein air.

En 2005, Hill Stratégies l’a décrété quartier le plus créatif du Canada en raison de sa concentration d’artistes dix fois supérieure à la moyenne canadienne. L’an dernier, le journal Métro l’a placé en tête des 40 quartiers de Montréal où il fait le mieux vivre. Une suprématie cependant menacée par le Mile-End qui, géographiquement, ne peut que regarder le Plateau d’en haut, par le nord-ouest, et que le site pour voyageurs hipsters How I Travel (howitravel.co) a élu premier des « 15 quartiers les plus cools » au monde. Et ce, devant des espaces de vie tout aussi enviables dans des villes de l’Espagne, de la Scandinavie, de la Californie, de l’Oregon et de l’Allemagne, comme devant Austin Est et même Hackney Wick, à Londres.

Tout ça donne au Plateau cette confiance qui permet une autodérision que des quartiers ou villes moins sûrs d’eux-mêmes n’ont pas. À Fermont, une chanson de Vincent Vallières a déclenché les foudres de la mairesse. À Québec, une référence douteuse à des troupeaux de Mongols a attiré l’opprobre et des insultes vengeresses. Sur le Plateau, ce genre de commentaires mesquins et dénigrants, peu importe d’où ils viennent, donne naissance à des séries télévisées remarquées et remarquables, dont celle intitulée Les bobos.

Clin d’œil espiègle

Des soeurs à vélo

Rue Laurier, près de Saint-Denis, les bouches d’égout renfoncées dans l’asphalte amusent les cyclistes et les piétons avec leur peinture « jaune sécuritaire » formant un cercle surmonté de trois traits épais. L’ensemble façonne un clin d’œil espiègle lancé par un asphaltage défectueux, à l’usure prématurée, à ceux qui en sont les tristes responsables tout comme à ceux qui en sont les victimes.

Un vélo passe devant l’élégant compteur numérique à bicyclettes érigé devant la sortie nord du métro Laurier pour quantifier un art de vivre en mouvement. L’écran indique que 846 autres vélos sont passés devant ce matin-là. Plus de 150 000 depuis le début de l’année. Un calcul moderne qui tient parfois de la revendication, mais aussi de l’appel aux habitants du quartier qui n’auraient pas encore succombé à l’appel du deux-roues, parfois en criant un peu fort leur réticence à pédaler.

En novembre dernier, le maintien réclamé de places de stationnement pour véhicules à moteur dans la rue Brébeuf, en marge de l’élargissement de la piste cyclable, s’est joué dans la polémique, forçant l’ajout dans la grammaire urbaine d’une nouvelle composante sémantique : le demi-trottoir. Soixante-dix centimètres de compromis bétonné imposé par la ville centre, à l’angle de Laurier, pour préserver les rectangles délimités offerts aux autos. Les critiques y ont plutôt vu un aménagement urbain visant à complaire aux unijambistes, comme l’a décrié le fougueux maire de l’arrondissement, Luc Ferrandez, ou encore pour faire railler les parents avec poussette et les radicaux libres, dont plusieurs passent désormais devant avec l’indifférence retrouvée face aux combats inutiles.

Jouvence et patrimoine

 

Face à face à une table en bois, un verre en plastique à la main, deux femmes regardent les vélos passer le long de l’étrange bande de béton et discutent. On entend les mots « élèves », « directrice », « classes », « finies », « vacances ». On les devine enseignantes. Elles évoquent, dans les vapeurs d’un rosé, une escapade en Nouvelle-Écosse, un chalet, un duplex puis des rénovations, activité érigée en norme dans ce quartier dont l’embourgeoisement s’entend autant qu’il se voit, sur les trottoirs à la largeur conventionnée des rues Brébeuf, Mentana, De Bullion, Fabre, Des Érables, où poussent, dès le printemps revenu, les résidus de bois d’œuvre, les plaques de plâtre fragmentées, les éviers déclassés ou la céramique cassée.

Les dernières années ont cultivé la jouvence du territoire par des vagues de rénovation qui n’en finissent plus de moderniser les intérieurs et de rapprocher les façades de leur esthétique d’un passé désormais glorifié. Rue Villeneuve, une corniche soustraite pendant des années aux regards des passants par de la tôle ondulée est réapparue l’an dernier à la faveur d’une rénovation. Les responsables ? Un jeune couple sans enfant et forcément plus éduqué que la moyenne nationale : 64 % des résidants du Plateau ont un diplôme d’études supérieures et se préoccupent de leur patrimoine…

Cadre de fenêtre à guillotine en bois, porte d’entrée vitrée, escaliers extérieurs, corniches sculptées, indicateur de date inscrit dans la brique ou le mortier, reliques religieuses incrustées dans la façade… Le Plateau lustre désormais les marqueurs visuels de son identité singulière qui, dans un paradoxe savoureux, sont devenus, dans l’iconographie touristique et l’imaginaire collectif, ceux de toute une ville aux visages pourtant bien plus multiples.

En 2011, même si quatre logements sur cinq portent l’âge d’une construction datant d’avant 1981, seule une faible partie — 10 %, pour être précis — de ce parc immobilier vieillot, qui n’a pas encore été bichonné par tous ces nouveaux propriétaires, plus jeunes, plus aisés, plus lettrés, appelle à la rénovation majeure.

Ces immeubles dissimulent toujours, dans l’instabilité de leurs briques en façade, dans l’insalubrité de leurs fenêtres mal isolées, dans la rusticité de leurs portes d’entrée, des poches de pauvreté à la visibilité diffuse tant le poids de sa statistique est dispersé sur le territoire. Rues Cartier, Fullum, Gauthier, Coloniale, Bercy, De Bullion, Pontiac, Messier… entre un condo et un loft d’artiste, plus du quart des ménages du Plateau ont un revenu inférieur à celui qui pose le seuil du faible revenu, soit 20 000 $. 15 % de la population n’a pas de revenu ou gagne moins de 5000 $ par année et incarne surtout dans cette trame urbaine le sempiternel clivage qui se creuse, ailleurs comme ici sur le Plateau, entre les pauvres et les riches. Des riches qui, eux, forment 15 % des ménages disposant d’un revenu supérieur à 100 000 $, de plus en plus avec enfants, d’ailleurs…

Les effets d’un minibaby-boom

Dans la rue Henri-Julien, le parc situé en face du cube de verre et de béton, ancienne École des technologies supérieures (ETS) devenue Conservatoire d’art dramatique, s’est retiré temporairement derrière les barrières métalliques du monde de la construction. C’est sans doute la dernière d’une série de réhabilitations de parcs qui, depuis 2005 et un certain minibaby-boom que l’arrondissement a nourri de l’intérieur, met les terrains de jeu au diapason d’une nouvelle réalité sociale. Les deux tiers des 10 000 familles avec enfants ont une marmaille de moins de 14 ans. Les moins de six ans forment 34 % de ce nouveau cheptel qui, dans le parc Saint-Pierre-Claver comme ailleurs, donne libre cours à son excès d’énergie sur les matières composites des modules neufs et le revêtement de caoutchouc des jeux d’eau qui ont donné un coup de vieux aux insipides et trop statiques pataugeoires d’antan.

Plus bas, par Mont-Royal, on entre en contraction entre Frontenac et Iberville, cette bande de terre ingrate qui tranche avec sa tonalité industrielle et commerciale sale : des concessionnaires d’automobiles d’occasion, un carrossier, un lave-auto, une cour jonchée de débris de métaux, une station-service… reliques des Trente Glorieuses qui ont surdimensionné la place de l’automobile dans les environnements urbains.

La présence incongrue d’une épicerie certifiée biologique au milieu, rue Frontenac, ramène dans les préoccupations du présent ce territoire qui se pose finalement en sas idéal pour appréhender une des extrémités du quartier Rosemont de l’autre côté de l’emprise du chemin de fer.

Des airs de banlieue dans la ville…

Dans le secteur des Shop Angus, la place Léopold Beaulieu — baptisée en référence au président-directeur général de Fondaction et membre du conseil d’administration de la Société de développement Angus (SDA), toujours vivant, ce qui n’est pas banal — a des allures de Boucherville. Propre. Bien rangée. Trop prévisible. Elle a manifestement été pensée de manière intéressée pour les commerçants des alentours. Elle donne le ton et l’esprit des lieux, qui se dévoilent avec fatalité un peu plus loin sur Mont-Royal. À cet endroit, l’avenue est à des années-lumière du bouillonnement organique qui la façonne à l’est, dans sa république pour bobos.

« Le faubourg Saint-Henri voit passer tant de train ! […] Les petites maisons de bois tremblent sur leur base ; la pauvre vaisselle s’entre-choque, et, au-dessus du vacarme, la voix humaine s’élève pour continuer la conversation sur un ton criard. » — Gabrielle Roy.

Angle Augustin-Frigon, la ligne de fuite laisse défiler la conformité des façades de maisons de ville sur quatre étages, dont l’ADN a été reproduit ad nauseam le long de l’artère dans un assemblage de briques et de béton qui donne une impression de banlieue. Le calme assuré des lieux a attiré la maison André Gratton, seule résidence de soins palliatifs pédiatriques au Québec, qui détonne dans cet environnement normé avec ses formes cubiques emboîtées et son affichage bilingue : le Phare enfants et familles. The Lighthouse Children and Families.

Ondée

À l’est du parc Jean-Duceppe, le terrain est toujours vague. Il fait beau. Au milieu, un homme dans la soixantaine a posé son vélo contre une énorme pierre pour faire voler un cerf-volant. Il est seul.

On remonte vers le nord. Sur le trottoir, deux femmes voilées encadrent un petit groupe d’enfants en bas âge qui rentrent à la garderie après une balade au parc. Elles leur font chanter une chanson dans laquelle il est question de poils au nez.

Un peu plus loin, un réfrigérateur chante l’entraide et la solidarité en s’offrant aux résidants du coin dans une ruelle. On l’appelle le « frigo des écureuils gourmands », espace collectif et public où ceux qui ont trop à manger donnent pour ceux qui n’ont pas assez. Le pain tranché se trouve en abondance dans le congélateur. En ouvrant la porte, le vide y est troublé par de rares contenants de plastique réutilisable contenant une sauce à spaghetti végétarienne, un reste de sauté de légumes ou une salade de légumineuse, annoncent les étiquettes, des plats préparés pour cette perspective caritative. L’offre est toutefois chiche, comme un affront aux bonnes intentions.

Juste à côté, deux godets d’une pelle hydraulique attendent leur chargement. Un chat roux a l’air de regarder l’ouverture qu’ils viennent de faire dans la chaussée, excavation fraîchement remblayée par de la terre de jardinage pour en faire un jardin. Une autre ruelle verte qui témoigne d’une mutation des lieux qui se lit dans l’étrange poésie que raconte la devanture des commerces de la rue Beaubien, près du cinéma : Massothérapie, Galerie d’art, Bistro, Déjeuner, café mousse et Dollar en folie, royaume des articles bas de gamme pas cher, persistance d’une sociodémographie dont le déséquilibre est toujours flagrant.

Dans la rue Masson, d’est en ouest, autour de la paroisse Saint-Esprit, les mots de la consommation posés sur les vitrines entonnent le même couplet : Renaissance Montréal, Brasserie artisanale, Tabagie Impériale, Buffet Casa Corfou, relique d’un passé gastronomique au raffinement suranné et désormais risible. Pas très loin, Piri Piri Rôtisserie portugaise répand l’odeur de son poulet grillé sur cette artère commerciale dont la rencontre avec les marqueurs du confort et de l’aisance est parfois subtile, parfois pas…

« Des échoppes de fripiers, dites magasins de seconde main, les accompagnent rappelant les monts-de-piété. Leur triste cortège de hardes, de complets dépareillés et de pardessus accusant parfois une élégance défraîchie, défile dans la poussière de la rue Saint-Antoine et de la rue Craig. De pauvres bougres, trimardeurs ou ex-soldats, ex-matelots, s’y habillent à vieux… pour quelques dollars. » — Gabrielle Roy.

Après la victoire du Portugal à la finale de l'Euro 2016, de nombreux partisans de l'équipe sont descendus dans la rue à Montréal pour laisser éclater leur joie.

Diversité et obsession

L’écho de la disparité porte d’ailleurs loin dans l’est, où Rosemont dévoile dans plusieurs de ses rues les visages de sa diversité, avec un peu plus de conviction. Là, 37 % de la population est issue de l’immigration, un quart tient même de cette immigration dite de première génération, justifiant au passage la présence parsemée d’églises aux confessions multiples dans plusieurs artères portant des numéros : orthodoxe chrétienne, pentecôtiste, baptiste, anglicane… et qui partagent désormais leur pignon sur rue avec une nouvelle passion, celle portée au yoga dans ces quartiers résidentiels qui, entre deux lieux de culte, font désormais apparaître des vitrines évoquant le Yoga Sadhana, le Yoga pour Un pas vers soi, pour un Mouvement humain entre Bikram, Hatha ou Moksha. Cette mixité donne à l’environnement un cadre visuel amusant.

Retour par la piste cyclable qui longe la voie ferrée séparant deux quartiers, avec un cloisonnement et une étanchéité fragile défiée régulièrement par les piétons qui cherchent, à grands coups de pince coupante, à éviter les détours.

Une jeune agente de sécurité du CP condamne justement une brèche dans le grillage à l’aide d’attaches en plastique dur. Elle vient de poser une affiche collante sur laquelle on peut lire les mots « interdiction », « infraction », « sanction ». Elle dit : « Je sais que ça ne sert à rien. Dans cinq minutes, ça va être rouvert. C’est sans fin. Un passage piétonnier ? Jamais. Trop dangereux, on est dans une courbe. Une passerelle suspendue ? Ils ne le feront jamais. »

Comme quoi le changement d’un lieu, l’évolution, les mutations n’existeraient jamais sans les résistances.


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