Le débat des chefs 2019 décortiqué

Le débat des chefs 2019 décortiqué

11 octobre 2019

Six chefs, deux heures de débat, près de 19 000 mots : nous avons analysé le débat des chefs de jeudi sous toutes ses coutures. Qui a le plus parlé ? Quels ont été les mots les plus utilisés ? Les chefs les plus ciblés ? Découvrez notre analyse.

Le temps de parole

Le débat de 120 minutes, top chrono, était organisé par un consortium de neuf médias, dont Le Devoir.

Cinq thèmes ont été abordés. Dans chaque section, des questions étaient posées directement aux chefs, et des confrontations plus libres avaient aussi eu lieu.

Les couleurs font référence au logo des six partis politiques représentés. Pour calculer le temps de parole de chacun, nous avons utilisé le minutage officiel du débat. Les interventions des modérateurs ont été retirées.

Le chef libéral Justin Trudeau a obtenu le plus de temps de parole, mais par une courte marge. Constamment interpellé par les autres candidats, il a dû défendre son bilan, en plus de mettre en avant son programme pour les quatre prochaines années.

Suivent ensuite, dans l’ordre, Andrew Scheer, Yves-François Blanchet, Jagmeet Singh, Elizabeth May et Maxime Bernier.

Les temps forts

Ce graphique indique l’activité sur Twitter, en utilisant les mots-clics #debatdeschefs, #polcan et #debatsdeschefs2019.

20h17 : Lors d’une confrontation à trois sur l’environnement opposant Jagmeet Singh, Maxime Bernier et Andrew Scheer, les internautes ont semblé réagir fortement après que le chef conservateur a interrompu son adversaire du Parti populaire avec cette phrase : « Tu ne vas rien imposer, tu ne vas même pas gagner en Beauce. » Le débat portait alors sur la taxe carbone.

20h44 : Ici, Maxime Bernier venait d’être interrogé sur sa volonté de mettre un terme au système de gestion de l’offre, qui met les agriculteurs canadiens à l’abri de la pression des grandes industries étrangères en stabilisant les prix et en limitant les importations, notamment. « Il faut abolir ce système-là, qui est un système socialiste, un cartel. »

Notons aussi que plusieurs internautes ont réagi aux interventions de la journaliste Hélène Buzzetti, du Devoir qui était alors aux côtés de Patrice Roy pour poser des questions aux candidats.

21h14 : À ce moment, Maxime Bernier, Elizabeth May et Yves-François Blanchet croisaient le fer sur les relations du Canada avec la Chine, mais la conversation a vite dérapé sur l’ouverture de leur parti respectif à céder plus de pouvoirs en immigration au Québec. À ce moment, le débat s’enflamme et les candidats dérogent de leur relatif respect des tours de parole…

21h25 : Ce qui nous mène au prochain point chaud, survenu après que l’animateur Patrice Roy a menacé de fermer les micros des candidats. « Voici le meilleur exemple d’une cacophonie », d’expliquer M. Roy, avant d’indiquer à Maxime Bernier que son temps de parole était presque écoulé en raison du temps perdu dans la mêlée. « Tant pis pour vous, il vous reste 20 secondes. »

21h50 : En fin de débat, la portion sur l’identité, l’éthique et la gouvernance ouvre la porte à plusieurs discussions portant sur des valeurs. Le droit à l’avortement ainsi que la possible contestation judiciaire au niveau fédéral de la loi québécoise sur la laïcité échauffent les esprits, autant derrière les lutrins que derrière les écrans. C’est toutefois ce cri du cœur d’Elizabeth May, alors rendue silencieuse par les échanges nourris entre Yves-François Blanchet et Andrew Scheer, qui attire le plus l’attention des internautes. « Arrêtez de vous chicaner ! J’ai le droit de parler un peu, s’il vous plaît ! »

Les mots utilisés

En analysant la transcription du débat, on découvre que 18 814 mots ont été employés au courant de la soirée.

Les chefs n’ont pas tous fait montre du même vocabulaire — le niveau de maîtrise du français peut expliquer certains résultats.

En calculant les mots les plus utilisés par les six candidats au poste de premier ministre pendant les 120 minutes du débat, une tendance se dégage : les verbes d’action ont la cote. Débat en français oblige, le Québec a été au cœur de nombreux échanges, ce qui explique sa 6e position.

Les attaques

Pour cette analyse, les attaques des chefs ont été comptées à la main. Chaque fois qu’un candidat mentionnait un de ses adversaires dans une optique négative, une attaque était comptabilisée.

La plupart des chefs ont réservé leurs attaques à celui à qui ils souhaitent ravir le poste de premier ministre, Justin Trudeau.

Le chef du Parti populaire Maxime Bernier a distribué les coups à gauche et à droite. C’est d’ailleurs le seul à s’en être pris à Elizabeth May.

Le chef bloquiste Yves-François Blanchet a été l’un des plus timides sur les attaques, avec 13 attaques seulement au total.

la chef du Parti vert ne s’en est prise qu’à Justin Trudeau, et très peu de fois. Elle est de loin celle ayant le moins recouru à l’attaque pendant le débat.

Andrew Scheer est celui qui a le plus mentionné le chef libéral.

Le néo-démocrate Jagmeet Singh a aussi écorché Justin Trudeau, notamment pour sa décision de faire l’achat d’un pipeline.

Finalement, le chef libéral s’est concentré sur l’autre homme susceptible de former un gouvernement, Andrew Scheer.