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    Théâtre - La soif de s'affranchir

    24 septembre 2005 |Solange Lévesque | Théâtre
    En 1952, la première ébauche de Zone, intitulée De l'autre côté du mur, remporte le Prix de la meilleure pièce canadienne au Festival d'art dramatique. Marcel Dubé, son auteur, a 22 ans. L'année suivante, il la retravaille, inspiré par son équipe de jeunes interprètes (Guy Godin, Robert Rivard, Hubert Loiselle, Jean Duceppe, Yves Létourneau, Raymond Lévesque, Jean-Louis Paris et Monique Miller), et la production rafle tous les prix au Dominion Drama Festival tenu à Victoria (Colombie-Britannique).

    Dubé deviendra, par la suite, le dramaturge prolifique que l'on connaît, auteur de plusieurs scénarios et de séries télévisées; auteur, également, de pièces aussi fortes qu'Un simple soldat (1957), Florence (1960), Au retour des oies blanches (1966), Bilan (1968) et Les Beaux Dimanches (1968), pour ne mentionner que celles qui ont fait l'objet d'inoubliables télé-théâtres.

    Zone, c'est l'histoire en trois actes («Le Jeu», «Le Procès», «La Mort») d'une bande d'adolescents issus d'un milieu ouvrier très modeste. Ciboulette, Moineau, Passe-Partout, Tit-Noir et Tarzan, leur chef, sont en rupture avec les valeurs de leurs parents et veulent réaliser leurs rêves. Mais, pour y arriver, ils ont besoin d'argent et, pour en gagner tout en prenant leurs distances avec la loi et avec les adultes qui la font, ils participent à la contrebande de cigarettes américaines le long de la frontière. Leur repaire se trouve dans une usine désaffectée qu'ils squattent au milieu d'un quartier populaire de la métropole. S'ils se comportent en hors-la-loi, ils sont, au fond, des idéalistes imprégnés du désir de changer le monde et de s'offrir un destin plus reluisant que celui de porteur d'eau et de chômeur qui les attend.

    Le metteur en scène, Mario Borges, fait de la pièce un drame tout à fait actuel en conservant intacts ses enjeux et en montrant juste ce qu'il faut le terreau sociopolitique qui sous-tend l'action. L'accent est plutôt mis sur la passion de ces jeunes et sur l'intégrité qui pousse leur chef Tarzan à commettre un geste fatal.

    Trente-deux ans après sa création, Zone n'a pas pris une ride. Marcel Dubé manifeste une fine connaissance

    intuitive du désir de liberté et de l'enthousiasme des jeunes. Leur rêve d'affranchissement suggère une assise identitaire à conquérir, dont la pierre angulaire serait une identité politique. Remarquablement construite sur le plan dramatique et très efficace sur le plan du suspense, la pièce met en scène des personnages authentiques et attachants. Quelques détails suffisent à en faire des jeunes des années 2000: un téléphone cellulaire au lieu d'un téléphone à fil, le choix des costumes.

    La compagnie Kléos a eu du flair en choisissant de remonter cette oeuvre fondatrice de la dramaturgie québécoise et en la confiant à une distribution qui l'interprète avec justesse et sensibilité. La force du jeu autant que l'intensité du suspense font de ce spectacle un événement marquant.

    Zone, mis en scène par Mario Borges, avec Marie-Anne Alepin, Marc Beaupré, Jean-François Boudreau, Sylvain Castonguay, Luc Chapdelaine, Martin Fréchette, Jean-Dominic Leduc et Jacques Rossi, ce spectacle des Productions Kléos créé à la salle Fred-Barry en 2003 est présenté en reprise au Théâtre de la Ville à Longueuil, le samedi 24 septembre, à 20h. Informations et réservations: (450) 670-1616, de midi à 18h.












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