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Théâtre - Nouveau lieu, mêmes défis

Normand Thériault   17 août 2002  Théâtre
Un nouvel espace théâtral.
Un nouvel espace théâtral.
Il était une caserne sur la rue Fullum. Centenaire de façade, elle devient en 2002 un nouveau lieu. Qu'on se le dise, à nouveau Espace libre ouvre au public et à la création ses portes.

Il est des anniversaires qui ne se fêtent pas. Il y a 30 ans, Jean-Pierre Ronfard quittait le Théâtre du Nouveau Monde pour poursuivre une route qui serait la sienne. Quelques pas plus loin, et trois années plus tard, il faisait en tant qu'institution à nouveau surface quand, s'associant à des personnages, eux aussi deux fortes personnalités, Robert Gravel et Pol Pelletier, il dépose sur la place publique trois lettres d'un nouveau sigle: TEM, pour Théâtre expérimental de Montréal.

Une aventure débute. Dans le Québec des années 1970, après la tenue d'une exposition universelle qui a ouvert ce coin d'Amérique au monde, avant la présentation d'une olympiade qui aurait dû consacrer Montréal comme une métropole planétaire, c'est dans une petite salle, continuellement réaménagée selon les besoins, celle de la Maison de Beaujeu, qu'un chapitre de la future histoire du théâtre est ouvert. À tout ce qui est création, expérimentation, le temps et le lieu d'un espace sont donnés. Jusqu'au moment où c'est cet espace même qui devient trop étroit...

En 1981, à celle ou celui pour qui la scène expérimentale ou de création importe, une invitation à fréquenter un nouveau lieu est lancée. Dans une ancienne caserne de pompiers rapidement réaménagée, vient d'ouvrir sur la rue Fullum le lieu dit de l'Espace libre. Hameau culturel, dans une trame urbaine dont les autres phares sont un centre de détention ou un chef-lieu télévisuel (celui de Radio-Québec), la nouvelle salle abrite principalement les Enfants du paradis, le futur Carbone 14 de Maheu, aussi la Compagnie de création Omnibus, mettant en vedette les mimes réunis autour de Jean Asselin, tout comme cette entreprise identifiée à Ronfard ou Gravel, le très bien nommé Nouveau Théâtre Expérimental.

Naissance

Pendant 12 ans, en ce lieu, les spectacles de ces compagnies se succéderont, la programmation se complétant quand des compagnies ou des projets par nature identiques y sont présentés. En 1994, une première fissure se produit. Carbone 14 quitte pour s'installer dans son Usine C: la salle de la rue Fullum accouche ainsi d'un autre lieu.

Mais il y a plus grave. Si tous s'accommodent d'un lieu, où l'exiguïté est la norme, où les parcours des spectateurs et des gens de scène naturellement et obligatoirement se mêlent, il est une chose avec laquelle il est difficile de se concilier car les édifices, eux, ont une résistance moindre: la vieille caserne, monument inauguré en 1904, a subi des ans «l'irréparable outrage» et une rénovation s'impose.

En cette fin d'été 2002, un nouvel Espace libre devient accessible aux créateurs et aux tenants d'un théâtre où la recherche prédomine. Toujours s'y retrouveront deux troupes: Omnibus et le NTE, mais aussi un lieu d'accueil, pour qui veut s'y laisser inviter. Un même édifice donc, avec des étages en plus, dont les locaux permettent à une école de mime de s'y installer. Pour mener à terme le projet, de nouveaux personnages se sont préalablement joints à l'équipe, dont Marthe Boulianne.

Et l'aventure continue. «Mais, plus que tout, il importe que cette maison conserve ce qui depuis longtemps la caractérise, la liberté dans le choix des actions et des partenaires occasionnels, la rigueur dans la ligne de création qu'elle s'est donnée, un certain mode de fonctionnement heureux reposant sur la confiance et la responsabilité», nous annonce toutefois Jean-Pierre Ronfard. Quant à Jean Asselin, il parle, lui aussi, de la poursuite d'une quête: «Par sa fidélité à sa fonction créatrice, notre théâtre est un trou noir dans la cité. Quand on y est, le temps devient relatif, élastique au gré de l'imagination. Comme ces étoiles invisibles et à haute densité qui attirent la matière, l'imaginaire s'y matérialise, et il y devient multiforme.»

Point d'anniversaire pour l'Espace libre. Une renaissance plutôt. Comme cela fut un jour pour le Théâtre d'aujourd'hui, pour la Veillée et son Prospero, le Théâtre du Nouveau Monde dans l'ancienne Comédie canadienne. Comme il sera aussi bientôt de mise de parler des 40 ans de la NCT, la Nouvelle Compagnie théâtrale.

En théâtre, les chiffres décrivent le passage du temps. Et ce qui fait date s'appelle la création.
 
 
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