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Théâtre jeunes publics - L'amour sans compromis

18 novembre 2004  Théâtre
Comment traduire et, surtout, comment mettre en scène les «histoires d'amour» des enfants? D'ailleurs, s'agit-il vraiment d'histoires d'amour? Tout le rapport sensuel au monde des enfants ressemble aux histoires d'amour des grands parce qu'il repose sur la tendresse, la confiance et l'abandon; il suffit d'avoir déjà tenu un enfant dans ses bras pour le comprendre. Mais c'est néanmoins un territoire qu'on n'aborde pas souvent au théâtre. Ni chez les grands, sauf pour souligner les effets néfastes qui découlent du fait d'en avoir été privé. Ni «en jeunes publics», parce que le thème risque peut-être de soulever des ambiguïtés. Or c'est précisément dans cette espèce de no man's land que Serge Marois a décidé de plonger avec Les Âmes soeurs.

Disons tout de suite que le projet de Serge Marois est ambitieux à plusieurs titres. D'abord parce que le territoire est tout aussi vaste que vierge: on n'aborde habituellement qu'un aspect de la question, pas tous à la fois. Ensuite parce que Marois a choisi de mettre en scène les relations affectives des enfants à travers une production sans intrigue. Ce qui ne va pas de soi, on le devine. Les choses auraient été plus simples si le patron de l'Arrière scène avait décidé d'illustrer tout cela dans et par un récit linéaire racontant l'histoire du petit Machin Truc. Eh bien non. Il a plutôt décidé d'incarner son propos dans une sorte de vaste fresque poétique où la voix et le corps tout entier des comédiens sont sollicités à tout moment. Comme chez les enfants, tiens.

Ils sont six, trois hommes et trois femmes. Dans un décor qui suggère la douceur de l'air méditerranéen, ils vont et viennent en dansant et en chantant derrière des colonnes grecques coiffées de feuilles vertes. Une voix off donne le ton dès le départ dans un très beau texte qui parle des enfants réfugiés dans le ventre de toutes les femmes du monde et qui n'ont pas encore à se préoccuper de savoir s'ils vont naître dans un pays où il sera possible de manger tous les jours et d'aller à l'école. Comme si les limbes pouvaient aussi ressembler au paradis.

Pendant une heure, les enfants se verront donc proposer un texte dense illustré par une mise en scène parfois ludique mais toujours extrêmement serrée: Marois ne fait pas de compromis. Il aborde le monde des sens et des sensations avec des fruits frais tout autant qu'avec des mots ou des jeux physiques qui résonnent comme une chorégraphie. Les Âmes soeurs est une production exigeante. Mais pleine.
 
 
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