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Serge Turgeon (1946-2004) - «C'était un artiste socialement engagé»

Paul Cauchon   25 mai 2004  Théâtre
Serge Turgeon
Photo : Jacques Grenier
Serge Turgeon
Comédien et communicateur, son plus grand rôle aura été celui de leader de sa communauté, celui de l'artiste totalement impliqué dans sa société. Son successeur à la présidence de l'Union des artistes, Pierre Curzi, a d'ailleurs déclaré cette semaine à la télévision de Radio-Canada que Serge Turgeon avait été «un homme public et un homme politique».

Il avait d'ailleurs été courtisé par tous les partis politiques québécois, semble-t-il. Pour expliquer pourquoi il résistait aux sirènes de la politique partisane, il avait déjà déclaré qu'«il y a toutes sortes de façons de faire de la politique».

Ce qui explique pourquoi, depuis l'annonce de sa mort, les hommages proviennent autant de ses pairs immédiats, les comédiens, que des politiciens et des dirigeants de syndicats et de regroupements professionnels. Dans Le Devoir de vendredi le président de l'Union des écrivains québécois, Bruno Roy, apportait un témoignage personnel qui résumait bien l'impact de Serge Turgeon: «Il m'a appris à faire de la politique dans le sens le plus noble du mot: servir la cité.»

Et un autre des hommages est venu d'une ancienne ministre des Affaires culturelles, Lise Bacon, qui n'était pourtant pas dans sa famille idéologique immédiate, puisque Serge Turgeon était un souverainiste engagé, mais avec qui elle avait élaboré la Loi sur le statut de l'artiste. «J'ai pu constater ses grandes qualités comme l'honnêteté, la combativité ou encore le dévouement, écrivait-elle vendredi dernier dans La Presse. C'était sans contredit un homme entier et intègre.»

Fils d'une journaliste de La Presse, Nélida C. Turgeon, Serge Turgeon avait intégré sa première troupe de théâtre amateur à 17 ans, alors qu'il étudiait la philosophie à l'Université de Montréal. Pour le grand public, il avait été apprécié pour différents rôles dans des téléromans populaires, dont celui du fils de la riche héritière dans Les Belles histoires des pays d'en haut, et celui de Jérémie dans Entre chien et loup.

Homme de théâtre, Serge Turgeon était également un homme de radio. Il avait d'ailleurs soutenu son ami Jean-Pierre Coallier en lui prêtant sa voix pour sa nouvelle station Radio-Classique. Et c'était un communicateur qui connaissait très bien tous les tics et les travers des médias, puisqu'il avait eu l'occasion d'analyser en profondeur le travail des médias dans sa revue de presse qu'il a livrée pendant des années à l'émission matinale de TVA.

Mais c'est évidemment en occupant le poste de président de l'Union des artistes pendant douze ans, de 1985 à 1997, qu'il a joué ce rôle de leader aujourd'hui salué. Tous les témoignages recueillis ces derniers jours font état de sa force de persuasion et de sa détermination pour améliorer les conditions de vie des artistes québécois. John Parisella, qui est membre du conseil d'administration du Théâtre du Rideau Vert dont Serge Turgeon avait pris la direction ces dernières années, a d'ailleurs déclaré la semaine dernière que celui-ci «n'était pas qu'un homme qui pratiquait son art: c'était un artiste socialement engagé».

Serge Turgeon a donc convaincu le gouvernement d'adopter une Loi sur le statut de l'artiste, une première mondiale semble-t-il, une loi qui, entre autres, oblige les producteurs à signer des accords avec les représentants des artistes.

Mais cette loi n'est pas le seul combat qu'il a mené à la tête de l'UDA. Serge Turgeon a également porté haut et fort le dossier du doublage, pour faire en sorte qu'un plus grand nombre de films québécois puissent être doublés au Québec plutôt qu'en France. Il avait également piloté la création de la Caisse d'économie Desjardins de la culture. Plus récemment, il s'était occupé du Fonds d'investissement de la culture et des communications, un fonds de capital de risque géré par des artistes, dont il était président du conseil.

Ce rôle social, il l'avait assumé pleinement en représentant également les artistes à la Commission Bélanger-Campeau qui avait suivi l'échec de l'entente du Lac Meech.

Plusieurs prix lui avaient été décernés pour souligner cet engagement social, dont celui de Patriote de l'année par la Société Saint-Jean-Baptiste, celui de l'Ordre national du Québec en 2001, l'Ordre de la Pléiade en 2003 pour sa contribution à l'essor de la francophonie, et il devait recevoir l'Ordre du Canada cette année.

Serge Turgeon laisse dans le deuil six enfants de deux conjointes différentes, et il était quatre fois grand-père.
 
 
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