«Les Misérables»: chants populaires

Nick Cartell, qui incarne Valjean, n’est ni plus ni moins que le joyau du spectacle.
Photo: Matthew Murphy Nick Cartell, qui incarne Valjean, n’est ni plus ni moins que le joyau du spectacle.

Depuis qu’elle a vu le jour à Londres en 1985, après une genèse à Paris en 1980, la création d’Alain Boublil et Claude-Michel Schönberg a enchanté 130 millions de spectateurs dans 45 pays et en 22 langues. Mise en scène par Laurence Connor et James Powell, la production de passage ces jours-ci à la Place des Arts, à l’occasion d’une tournée nord-américaine, est essentiellement celle qui a été imaginée en 2009 pour le 25e anniversaire de la comédie musicale inspirée du chef-d’oeuvre de Victor Hugo.

Quelques mois avant de renouer avec Notre-Dame de Paris — la comédie musicale de Luc Plamondon et Richard Cocciante, créée il y a 20 ans, sera présentée au Québec l’automne prochain —, les aficionados du genre ont la chance de se mettre sous la dent ce qu’il est convenu d’appeler un canon, une oeuvre qui a des leçons à donner en matière de musique (somptueuse), de paroles (poignantes) et de livret (captivant).

L’intrigue des Misérables s’articule autour de l’insurrection républicaine qui a eu lieu à Paris en juin 1832. Dans la guerre d’usure que se livrent Javert et Valjean, il y a assez d’amour et de politique, de solidarité et d’injustice, de grandeur et de petitesse pour galvaniser des générations aux quatre coins de la planète.

Devant le nouveau décor, on fait rapidement le deuil de la scène tournante qui était pourtant devenu emblématique du spectacle. Inspirée par les dessins de Victor Hugo, la scénographie de Matt Kinley use davantage de la hauteur que de la profondeur, allant même jusqu’à empiéter sur le cadre de scène. On introduit sur le plateau des éléments qui évoquent efficacement les différents lieux, mais on emploie surtout avec beaucoup de doigté des projections mouvantes, des tableaux brumeux qui confèrent à la production une signature visuelle unique. Porté par un rythme haletant, le spectacle bénéficie également d’une balance de son irréprochable, permettant d’apprécier les arrangements soignés aussi bien que les harmonies vibrantes.

Au sein d’une distribution sans maillons faibles, quelques-uns brillent tout particulièrement. Allison Guinn est une Madame Thénardier truculente, gouailleuse à souhait. Josh Davis est un Javert redoutable et pourtant nuancé. Joshua Grosso, dans le rôle de Marius, et Danielle J. Summons, dans celui d’Éponine, sont dotés de timbres fort émouvants. Quant à Nick Cartell, qui incarne Valjean, il n’est ni plus ni moins que le joyau du spectacle. Pourvu d’une voix puissante et cristalline, ample et souple, exceptionnellement expressive, il illumine la scène à chacune de ses apparitions. Son interprétation de Bring Him Home est à fendre l’âme.

Les Misérables

Musique : Claude-Michel Schönberg. Paroles : Herbert Kretzmer. Mise en scène : Laurence Connor et James Powell. Une présentation de Broadway Across Canada et d’Evenko. À la Salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts jusqu’au 11 février et à la Salle Southam du Centre national des Arts, du 13 au 18 février. En anglais, sans surtitres.