«Voyage(s)»: périple sans boussole

Il est difficile de voir le lien, l’unité dans la juxtaposition de gestuelles et d’écriture fragmentées de chacun des acteurs.
Photo: Joseph Elliot Israel Gorman Il est difficile de voir le lien, l’unité dans la juxtaposition de gestuelles et d’écriture fragmentées de chacun des acteurs.

Partir en voyage, c’est aller à la rencontre de l’inconnu, de l’étranger, quand ce n’est pas de l’étrangeté. C’est aussi risquer de dépayser au point où le voyageur s’égare en chemin. Il y a un peu de ça dans le périple artistique, la nouvelle création multidisciplinaire signée Hanna Abd El Nour. Le metteur en scène avait présenté ces dernières années Nombreux seront nos ennemis au Théâtre La Chapelle et Requiem(s) King Lear à Espace Libre. Mais mon premier contact avec le travail de cet artiste est ce Voyage(s) sans GPS, qui laisse passablement désorienté.

 

L’oeuvre, et je cite ici le communiqué de presse parce que ce n’est pas forcément évident, propose « une odyssée du Soi », traitant « d’identité et de mémoire, d’utopie et de liberté » à travers ces grandes figures fictives de l’errance que sont Ulysse, Don Quichotte et Peer Gynt. Supposément.

 

Il y a relativement peu de texte, et encore moins de récit, dans Voyage(s). Chacun des trois interprètes (Marc Béland, Sylvio Arriola et Stefan Verna) y exécute une suite apparemment disparate de mouvements, ou profère certaines phrases (« Je suis en retard sur la vie », par exemple), souvent réitérées. Malheureusement, ces bribes textuelles font souvent décrocher (prises isolément, elles peuvent parfois friser le ridicule). Un quatrième artiste en scène, le musicien Radwan Moumneh, apporte par contre des sonorités assez envoûtantes.

 

En entrevue à La Presse, Marc Béland confiait que le trio d’acteurs a travaillé « séparément » avec le metteur en scène. Et ça paraît. Non seulement évoluent-ils en parallèle, chacun isolé sur scène. Mais il est difficile de voir le lien, l’unité dans cette juxtaposition de gestuelles et d’écriture fragmentées. Sans qu’on lui substitue forcément un univers onirique fort qui garderait captif.

 

Le spectacle est pourtant campé dans un espace qui n’est pas sans attrait, recouvert d’une matière granuleuse évoquant le sable, et planté d’une structure hérissée de projecteurs, qui ressemblent assez à des arbres de lumière. Je retiens aussi le travail d’éclairage, et certaines scènes. Une chorégraphie étrangement prenante exécutée par Stefan Verna vers la fin. Une litanie de souvenirs, où devient lisible un retour vers l’enfance, égrenés par Marc Béland. Ce comédien chevronné semble d’ailleurs — et on ne peut qu’admirer cette ouverture — toujours partant pour les expériences les plus diverses sur scène.

 

Reste que l’expérience peut être frustrante pour le spectateur. Peut-être Voyage(s) est-il de ces oeuvres prouvant l’adage selon lequel le trajet (le processus créatif) est plus passionnant que la destination finale…

Voyage(s)

Dramaturgie et mise en scène de Hanna Abd El Nour, une production de Volte 21, au Théâtre La Chapelle, jusqu’au 3 février.