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    Critique théâtre

    «Enfant insignifiant!» — La pertinence de l’enfance

    18 décembre 2017 | Sara Fauteux - Collaboratrice | Théâtre
    Dans le rôle de Nana, Guylaine Tremblay affiche avec aisance l’exubérance et la franchise de la célèbre mère de l’écrivain.
    Photo: Caroline Laberge Dans le rôle de Nana, Guylaine Tremblay affiche avec aisance l’exubérance et la franchise de la célèbre mère de l’écrivain.

    Les adeptes de Michel Tremblay se délecteront de cette adaptation théâtrale du dernier roman de l’auteur chéri des Québécois, Conversations avec un enfant curieux (Leméac/Actes Sud). Les autres pourront toujours tenter de résister au charme de cet Enfant insignifiant !, déplorant au passage l’absence de risque, voire la complaisance du spectacle. Reste que, si la pièce ne renouvelle rien, au théâtre comme en littérature, la mise en scène et la version scénique que signe Michel Poirier rend justice à l’écriture de Tremblay, dont l’incroyable sens de la réplique, l’humour et le rythme implacable propulsent les comédiens dans des zones jouissives.

     

    Plongeant à nouveau dans la source apparemment intarissable de ses souvenirs d’enfance, Michel Tremblay se remémore le jeune homme à la curiosité avide qu’il a été. Dans la mise en scène de Poirier, l’écrivain met un point final à son récit depuis sa résidence de Key West en Floride. C’est face à l’océan, dans l’espace scénique élaboré par Olivier Landreville (décor) et Yves Labelle (vidéo), que les personnages de Tremblay prennent vie, le rejoignant sur le plateau.

     

    Incarnant tour à tour la figure de l’auteur et celle petit garçon de la rue Fabre, Henri Chassé semble habité par la candeur de l’enfance autant que par la sérénité de la vieillesse. Il bombarde ses proches de questions dont l’inimitable pertinence appartient assurément à l’enfance, les plongeant dans le plus grand trouble, incapables qu’ils sont de lui expliquer le monde. Dans le rôle de Nana, la comédienne Guylaine Tremblay affiche avec une aisance réjouissante l’exubérance et la franchise de la célèbre mère de l’écrivain.

     

    Des Belles-soeurs à Enfant insignifiant !, en passant par les Chroniques du Plateau-Mont-Royal, l’oeuvre de Michel Tremblay est peuplée de personnages en quête d’émancipation. Bien plus que dans le portrait d’une société québécoise aliénée par la religion à l’aube de la Révolution tranquille, l’intérêt du texte repose dans la force de résistance qui anime, chacun à sa manière, les personnages. Les femmes de la maison sont celles qui ont le courage de défier les dogmes dans lesquels on tente de les enfermer, notamment par leur humour et leur amour de l’art, qu’elles transmettront au jeune homme.

     

    Après le succès rencontré avec Encore une fois, si vous le permettez, présentée l’an dernier chez Duceppe, que dirigeait également Poirier, le duo de comédiens se glisse pour une seconde fois dans la peau de la mère et du fils, et ce, avec une complicité évidente. Évoluant à leurs côtés dans la peau du père, de la grand-mère, de l’amie Ginette, de l’enseignante et de la soeur directrice de l’école, Sylvain Marcel, Danielle Proulx, Gwendoline Côté, Isabelle Drainville et Michelle Labonté offrent des performances également maîtrisées et désopilantes.

     

    La mise en scène de Poirier mise judicieusement sur la sobriété, laissant toute la place à l’interprétation. Cependant, il ne parvient pas à engager suffisamment les corps de ses comédiens. Prisonniers de l’espace, trop souvent stagnants, ceux-ci peinent à maintenir l’attention du public. En outre, en campant la pièce à Key West, au lieu d’activer pleinement l’imaginaire et la fantaisie qui caractérisent l’écriture autobiographique de Tremblay, le metteur en scène choisit de mettre l’accent sur la voix de l’auteur et de son témoignage. On ne sait trop en quoi cette mise en abyme sert la forme ou même le propos du texte. Et lorsque le spectacle se clôt sur un nouvel hommage que Tremblay livre à sa mère, le charme réconfortant de la représentation se dissout quelque peu.

    Enfant insignifiant!
    Texte : Michel Tremblay. Mise en scène et adaptation : Michel Poirier. Chez Duceppe jusqu’au 3 février.












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