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    «Une excellente trilogie sur la vie» — Ce qu’il restera de nous

    4 décembre 2017 | Christian Saint-Pierre - Collaborateur | Théâtre
    Thomas Duret démontre un indéniable talent pour ce que les spécialistes de la danse appellent les états de corps.
    Photo: Colin Earp-Lavergne Thomas Duret démontre un indéniable talent pour ce que les spécialistes de la danse appellent les états de corps.

    Artiste multidisciplinaire, diplômé il y a peu de l’École supérieure de théâtre de l’UQAM, Thomas Duret semble se tenir en haute estime. Certains diront que ce n’est pas la modestie qui l’étouffe. D’autres qu’il n’est pas « né pour un petit pain ». Chose certaine, le titre de son spectacle, pour ainsi dire son premier, un solo performatif autofictionnel, traduit une bonne dose de confiance en soi : Une excellente trilogie sur la vie.

     

    Dans son emploi du corps, des objets et des images, la représentation est pétrie de références à l’âge d’or de la performance. Ce n’est pas toujours diablement original, ou même inventif, mais les actions ne semblent jamais accomplies de manière gratuite ou complaisante. Que le créateur traverse la scène en rampant, qu’il manipule des jouets ou dispose ici et là des fragments de miroirs, on ne cesse jamais de le suivre, de marcher à ses côtés dans le sentier de mémoire qu’il déploie patiemment.

     

    En une heure, pendant laquelle deux blocs de glace s’égouttent en fondant peu à peu, le performeur nous entraîne de la naissance à la vieillesse, de la découverte des choses à la peur de les perdre, de la nostalgie du passé à l’angoisse de l’avenir, de la reconnaissance de soi à la relation avec l’autre. Le premier volet est celui de l’arrivée au monde, celui d’où les mots, comme les vêtements, sont absents. C’est l’âge des premiers apprentissages, celui de l’éveil des sens. La deuxième partie est celle de la conscience de soi, de son reflet, de l’image qu’on projette. C’est l’heure des ébauches, celle des possibles, et de la construction de soi. Le dernier chapitre est celui de la filiation. C’est le moment de s’inscrire dans une lignée, notamment pour mieux apprivoiser sa propre fin.

     

    Pour évoquer les âges de la vie, l’artiste emprunte une voie bien personnelle qui donne à son entreprise une authenticité indéniable. De la bande sonore du Livre de la jungle aux rythmes électroniques de Polmo Polpo en passant par le rock de Creedence Clearwater Revival, la musique marque habilement le passage du temps et le contraste des époques. En fond de scène apparaissent les photos de l’enfance française de Duret. Puis surgissent les voix hors champ de ses irrésistibles grands-parents, dissertant sur la vieillesse, la vie à deux et leur inévitable disparition.

     

    Pendant ce temps, sur scène, le performeur crée avec les objets, et les éclairages sensibles de Cédric Delorme-Bouchard, des images soignées, et souvent émouvantes. Dans ces tableaux vivants, Thomas Duret démontre un indéniable talent pour ce que les spécialistes de la danse appellent les états de corps. Guidé en ce sens par Olivia Sofia, l’interprète captive en grande partie par sa manière d’évoluer dans l’espace, d’engager pleinement son corps dans cette poignante mêlée qu’est la condition humaine.

    Une excellente trilogie sur la vie
    Texte, mise en scène et interprétation : Thomas Duret. Une production du Théâtre du Baobab. À la Chapelle jusqu’au 8 décembre.












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