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    Critique

    «Titus» – Les prisons invisibles

    22 novembre 2017 | Simon Lambert - Collaborateur à Québec | Théâtre
    Le spectacle de la troupe féminine Les Écornifleuses s’ouvre sous le signe de la liberté.
    Photo: Charles Fleury Le spectacle de la troupe féminine Les Écornifleuses s’ouvre sous le signe de la liberté.

    L’idée de départ, somme toute, était assez simple : à partir d’un texte au thème et aux personnages largement masculins, faire jouer les hommes par des femmes, et vice versa. La table est mise pour Titus.

     

    Le spectacle de la troupe féminine Les Écornifleuses s’ouvre sous le signe de la liberté, les comédiennes s’adressant au public en lui présentant les ficelles du récit. Déjà on délaisse le cadre de la seule représentation. L’adaptation d’Édith Patenaude en prend et en laisse sans façon, comme elle l’avait fait avec Le monde sera meilleur et Hamlet, même si on reste ici plus près du texte de Shakespeare.

     

    Sans fond de scène et agrémenté de costumes minimaux, porté par les râles et les tambours de guerre à travers les ambiances entêtantes de Mykalle Bielinski, qui signe aussi la musique (un banquet final joliment décalé et un Amazing Grace chanté d’une voix chevrotante), le récit suit Titus, ce général illustre qui, à son retour à Rome, voit s’abattre sur lui les infortunes appelant la vengeance.

     

    La plus grande liberté, toutefois, tiendra à cette inversion des rôles sur l’axe homme-femme. C’est de là que viennent les effets les plus intéressants.

     

    Interroger la réception

     

    Une fois la proposition initiale acceptée, ce jeu des miroirs en viendra vite à révéler quelque chose du sexisme ordinaire. Nommons notre malaise devant un Guillaume Perreault en reine Tamara, réduit à la séduction et aux calculs par-derrière, ou un Anglesh Major en Lavina qui n’apporte finalement au récit que sa vertu, marchandable. Le malaise est réel. C’est dire, ici, que le mécanisme jauge bien ses effets.

     

    Que dire sinon de ces comédiennes en empereur, en guerriers ? Les hésitations qui nous viennent, devant une Valérie Marquis qui force la voix en Saturninus, notamment, méritent d’être examinées. Si Joanie Lehoux devient parfaitement crédible en Titus, des limites se dressent ici et là, sous forme de questionnement direct adressé à nos préjugés de spectateur, les mêmes que nous traînons à la ville.

     

    Comme elle l’avait fait avec L’absence de guerre, la troupe se place en phase avec l’air du temps. La mécanique met en lumière un deux poids deux mesures et marque une incursion adroite dans ce rapport entre les sexes que l’actualité brasse et rebrasse.

     

    Cet aplomb se gâtera toutefois avec la scène finale, déconcertante. Après l’ultime bain de sang, très mâle, aux airs d’impasse mexicaine, un second dénouement nous sera proposé. Avec un texte qui ne s’appelle pas La très lamentable tragédie romaine de Titus Andronicus pour rien, les créatrices ont beau jeu de convoquer une fin plus humaine. Le résultat est toutefois mièvre et, pour tout dire, on grince des dents.

     

    Pour ce qu’il en est du geste créatif, d’abord : comme si l’apport féminin se voyait ramené ici à un appel à l’empathie, à l’amour possible et au dépassement de la haine. Surtout, la pièce était forte tant qu’elle jouait des mécanismes qu’elle s’était donnés, en appelant au corps et à une expérience bien réelle. La fin marque un pas de côté, versant dans un discours qui n’est tout à coup plus en prise sur la réalité.

    Titus
    Texte : Shakespeare. Mise en scène et adaptation : Édith Patenaude. Avec Mykalle Bielinski, Caroline Boucher-Boudreau, Véronique Côté, Marie-Hélène Gendreau. Une production des Écornifleuses, au LANTISS jusqu’au 2 décembre.












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