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    Critique théâtre

    «Savoir compter» – Bêtes de sexe

    18 novembre 2017 | Marie Labrecque - Collaboratrice | Théâtre
    Déguisé en dauphin, le metteur en scène Michel-Maxime Legault s’est campé, sur le côté de la scène, en narrateur un peu sarcastique. Il lit les didascalies.
    Photo: Sandrick Mathurin Déguisé en dauphin, le metteur en scène Michel-Maxime Legault s’est campé, sur le côté de la scène, en narrateur un peu sarcastique. Il lit les didascalies.

    Jeune auteure prometteuse, Marianne Dansereau connaît une double introduction sur les scènes montréalaises cette année. Quelques mois avant la création de son texte lauréat du prix Gratien-Gélinas 2015, Hamster, à La Licorne, le bref Savoir compter donne un avant-goût d’un monde dramaturgique qui semble caractérisé jusqu’à maintenant par la jeunesse des personnages et un penchant pour les univers choraux recelant une révélation en leur sein.

     

    Doté d’une structure mélangeant les temporalités, Savoir compter présente un septuor de personnages, reliés d’une manière qu’on découvrira peu à peu, pour la plupart des ados. La pièce met à nu, dans une langue sans euphémisme, une sorte de vide existentiel banlieusard dominé par la sexualité (un thème récurrent dans les créations théâtrales de cette semaine). Un sexe souvent trouble. Détaché de tout sentiment, comme chez le grossier réparateur incarné par Mathieu Quesnel. Ou de nature plutôt clinique, à travers les questions que posent les jeunes filles à un gynécologue — d’où certains dialogues carrément informatifs. Il y a bien une histoire d’amour au centre du récit, mais elle enfreint les codes sociaux…

     

    Michel-Maxime Legault met au monde cette partition singulière à travers une proposition audacieuse, qui séduit de prime abord par son originalité. Déguisé en dauphin, le metteur en scène s’est campé, sur le côté de la scène, en narrateur un peu sarcastique. Il lit les didascalies, y compris les périphrases imaginatives qui tiennent lieu de noms aux personnages (ce qui, forcément, devient répétitif), et commente parfois l’action. Comme si la pièce devenait une sorte d’équivalent humain de ces documentaires sur les moeurs sexuelles animalières, que la jeune Qtips (campée par Marianne Dansereau elle-même) aime regarder pour se rassurer sur le caractère naturel de son propre couple.

     

    Les autres personnages, eux, sont traités un peu à la manière d’une série de notes alignées sur un xylophone. C’est en tout cas ce qu’évoquent ces bandes de couleurs franches derrière eux, cases dans lesquelles ils sont cantonnés. Pour ne pas dire captifs, les mouvements des interprètes semblant très précisément balisés. Un choix illustrant, on imagine, l’isolement et la difficulté relationnelle de cette faune décrite, il faut dire, plutôt schématiquement. Cette vision formelle non réaliste semble également faire ressortir le rythme d’une langue parfois aussi cadencée que crue.

     

    Le problème, c’est que le récit se révèle au final plutôt tragique. Alors que la mise en scène pose un regard distancié, assez désincarné, sur ces figures. Même si Annette Garant, de son côté, parvient à faire passer le désespoir de son personnage, on reste en général étranger à leur désarroi. Comme on le serait des coutumes d’une étrange espèce animale aperçue dans Découverte

    Savoir compter
    Texte de Marianne Dansereau. Mise en scène de Michel-Maxime Legault. En collaboration avec le Théâtre de la Marée Haute. À la salle Jean-Claude-Germain, jusqu’au 25 novembre. En supplémentaires du 28 au 30 novembre et le 1er décembre.












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