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    Dans les coulisses du théâtre jeunesse

    14 novembre 2017 | Marie Fradette - Collaboratrice | Théâtre
    Avec «Et voilà encore un beau dimanche de passé !», Philippe Dorin nous livre une pièce à tendance burlesque tout en ouvrant la porte sur les coulisses du théâtre.
    Photo: Marianne Duval Avec «Et voilà encore un beau dimanche de passé !», Philippe Dorin nous livre une pièce à tendance burlesque tout en ouvrant la porte sur les coulisses du théâtre.

    Deux personnages, main dans la main, campés dans un décor d’hiver, saluent la foule qui applaudit la fin du spectacle. « — Et de 153 ! — Déjà ? ! — Si je peux me permettre, aujourd’hui ce n’était pas la meilleure. » L’ours balourd enlève sa capuche, redevient Joël (Da Silva) qui n’hésite pas à critiquer la performance de sa partenaire, Esther (Beauchemin), qui a tout juste le temps de retirer son nez de clown pour se défendre.

     

    Avec Et voilà encore un beau dimanche de passé !, Philippe Dorin nous livre une pièce à tendance burlesque tout en ouvrant la porte sur les coulisses du théâtre. Les spectateurs passent alors de l’autre côté du miroir, là où les lumières s’éteignent et la solitude, les questions, les doutes refont surface.

     

    S’enchaîne alors entre Da Silva et Beauchemin une discussion sur le théâtre, sa réception, sur la réalité des comédiens, sur le jeu, le vrai et le faux. On s’interroge sur l’atmosphère qui se joue dans une salle, tout comme la perception que chacun peut avoir d’une représentation : celle des enfants qui attendent de voir si les comédiens vont trébucher, celle de l’acteur qui, lui, regarde si le critique assis dans la troisième rangée a l’air d’aimer ça. « Qui regarde le spectacle au fond ? » s’interroge Joël. « Qui s’occupe de nous ? Le Conseil des arts, heureusement. »

     

    Ce fond existentiel est entrecoupé de moments de folie qui ont tôt fait de créer l’hilarité dans la Maison Théâtre bondée de jeunes écoliers. La mise en scène éclatée de Martin Boisjoly laisse place à un véritable délire visuel, permet aux comédiens d’occuper l’espace, de jouer avec tout le matériel disponible, et il y en a. Alors que le décor se défait petit à petit, que Joël et Esther, en artistes inquiets, remballent nonchalamment le décor, le régisseur, Colin (St-Cyr Duhamel), veille à les ramener à l’ordre et à leur rappeler que tout doit être démonté.

     

    Entre le vrai et le faux

     

    Mais le jeu est viscéral chez eux et il reprend facilement le dessus. Entre les quelques coups de balai, le triage désintéressé des objets dans les boîtes, la scène redevient rapidement, et au moindre prétexte, un lieu de représentation improvisée. Que ce soit un rythme tapé sur une caisse en bois, une chanson inspirée du moment présent, quelques pas de claquette ou une samba, n’importe quoi pour jouer, comme pour étirer le plus longtemps possible l’effet enivrant de la scène. Même le régisseur, sous des dehors froids et insensibles, aimerait sortir de l’ombre et goûter l’effet de la scène. Ce qu’il tente d’ailleurs à la première occasion. Alors qu’il croit tout le monde parti, il monte sur des échassiers et connaît pendant quelques minutes son moment de gloire.

     

    Les comédiens s’amusent ferme dans ce questionnement sur l’essence du théâtre tout en laissant voir à quel point ce dernier est vital. Joël Da Silva est débordant d’énergie et de rigueur. Il faut le voir tenter d’enlever son costume d’ours, une lutte sans merci lorsqu’Esther lui lance qu’il a trop engraissé. « Je ne pensais pas que les personnages pouvaient nous coller à la peau comme ça »,dira-t-il. Véritable ode au théâtre, à cette limite ténue entre le vrai et le faux, cette pièce fait tomber les masques, permettant aux spectateurs, petits et grands, de découvrir à leur façon le théâtre dans le théâtre.

    Et voilà encore un beau dimanche de passé !
    Texte de Philippe Dorin, mise en scène de Martin Boisjoly. Avec Esther Beauchemin, Joël Da Silva et Colin St-Cyr Duhamel. Une production du Théâtre Magasin et du Théâtre de la Vieille 17. Pour les 8-12 ans. À la Maison Théâtre jusqu’au 19 novembre.












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