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    « L’Iliade » — Par l’écho de leurs voix complices

    15 novembre 2017 | Chloé Gagné Dion - Collaboratrice | Théâtre
    La série d’histoires façonnant «L’Iliade» est racontée par un chœur qui se partage les répliques et les personnages avec une complicité et une impression de facilité qui envoûtent.
    Photo: Gunther Gamper La série d’histoires façonnant «L’Iliade» est racontée par un chœur qui se partage les répliques et les personnages avec une complicité et une impression de facilité qui envoûtent.

    Chantée et récitée pendant des siècles, l’aventure mythique de L’Iliade reprend en quelque sorte sa forme originelle sur le grand plateau du théâtre Denise-Pelletier. Le metteur en scène et « rapiéceur » d’histoires Marc Beaupré relate le récit homérique en misant avec confiance sur le pouvoir des voix et des mots. La pièce convoque la puissance de l’imaginaire, et ses quelques imperfections sont faciles à oublier.

     

    La série d’histoires façonnant L’Iliade est racontée par un choeur qui se partage les répliques et les personnages avec une complicité et une impression de facilité qui envoûtent. La distribution forte, tout de même dominée par Jean-François Nadeau et Emmanuel Schwartz, met en avant autant les drames d’Achille, d’Hector et de Priam, que ceux d’Andromaque, Cassandre, Ménélas, Patrocle, Agamemnon et Pâris.

     

    Les épisodes se succèdent avec une remarquable clarté grâce à la redoutable précision de la mise en scène de Beaupré. Investissant la plasticité des mots, il les fait chanter et scander selon des rythmes lancinants. Il double aussi ponctuellement les mots en employant le langage des signes, point central d’une gestuelle tour à tour illustrative et non réaliste qui soutient toutes les paroles du spectacle. C’est ainsi que L’Iliade évoque jusqu’à rendre visibles des lieux, des casques, des combats, et même une guerre.

     

    En plus de la rigueur de l’interprétation, des conceptions impressionnantes nourrissent l’aspect spectaculaire de la pièce. La vaste scène laissant voir les murs dépouillés du théâtre est garnie d’éléments flottants, polysémiques, renvoyant peut-être aux dieux qui ont été évacués du récit. Les lumières d’Étienne Boucher découpent magnifiquement la scénographie conçue par François Blouin, s’y logent, s’y reflètent, y répondent.

     

    En travaillant le son, Stéfan Boucher et Olivier Landry-Gagnon participent aussi à modeler les voix, à sculpter les espaces. Une partie de la musique qu’ils signent paraît parfois un peu coincée, entre un hip-hop maladroit et un ton récitatif pas toujours assumé. Cependant généralement inspirées, leurs compositions proposent des moments de dense intensité qui confèrent une force aux scènes plus délicates.

     

    L’Iliade raconte la guerre, mais ce sont dans les scènes d’introspection des humains qui guerroient, dans les querelles et leurs résolutions, que la colère, l’orgueil, la peur et le désespoir se déploient avec ampleur et gravité pour donner accès aux possibles sens du spectacle. Et c’est peut-être à cause de ce fil signifiant ténu, ou encore par la nature du récit et des thèmes, que la représentation spectaculaire ne provoque pas le bouleversement sensoriel et émotif susceptible d’accompagner le grandiose soigneusement bâti par Beaupré et son équipe.

    L’Iliade
    Texte d’Homère. Libre adaptation et mise en scène de Marc Beaupré, inspirée du livre Homère, Iliade d’Alessandro Baricco (2004). Jusqu’au 6 décembre au Théâtre Denise-Pelletier, en coproduction avec Terre des hommes.












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