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    Critique théâtre

    «Antioche» — Soigner ses colères, aiguiser sa révolte

    10 novembre 2017 | Chloé Gagné Dion - Collaboratrice | Théâtre
    La colère de la jeune Jade, c’est celle de ne pas trouver une signification à son quotidien traversé de contradictions. 
    Photo: Marie-Andrée Lemire La colère de la jeune Jade, c’est celle de ne pas trouver une signification à son quotidien traversé de contradictions. 

    Vous dire le plaisir de voir une jeune femme être en colère tout au long de la pièce et la satisfaction de constater que réalistement, il ne sera pas simple de la contenir. Loin d’une rage dévorante et des lieux communs de la rébellion adolescente, la révolte que Sarah Berthiaume raconte avec sensibilité et humour dans Antioche prend au sérieux la déroute d’une jeunesse en quête de sens et souligne avec inventivité que la situation n’est pas nouvelle.

     

    La colère de la jeune Jade, c’est celle de ne pas trouver une signification à son quotidien traversé de contradictions. Réconcilier l’impératif de la consommation et la conscience de l’exploitation est difficile, surtout à 16 ans. Une poignée de personnages l’entourent et la confrontent : sa mère, qui semble avoir abandonné toute bataille, son amie l’indignée Antigone, qui s’est un brin assagie depuis sa mort dans la tragédie de Sophocle il y a 2500 ans, et une amitié forgée sur le Net.

     

    Inspirée par la scène d’ouverture de Trainspotting, Carrie et les paroles de Lana Del Rey, Jade est à la recherche d’un absolu qui conférerait un sens à son existence. En tentant de canaliser sa colère, elle en vient à comprendre un peu mieux sa mère, à découvrir des motifs poétiques qui traversent les âges, et à se rendre à Antioche, en Turquie, pour s’engager sur le chemin de la radicalisation. Cette délicate thématique est d’ailleurs abordée par des sentiments sincères et complexes, logés dans le déroulement d’un récit maîtrisé.

     

    Les trois actrices incarnent des personnages forts aux révoltes plurielles dans leur fragilité et leur puissance. Martin Faucher signe une mise en scène simple, ponctuée de doux moments poétiques faisant écho à l’écriture de l’auteure. Comme pour ne jamais délier l’extra de l’ordinaire, Faucher éclaire la scène cruciale de l’affrontement en Orient entre la mère et sa fille par de vulgaires néons, et Berthiaume rend toutes naturelles les brèches dans le temps ainsi que les fissures dans le sol menant au centre de la Terre.

     

    Après l’exploration d’un capitalisme du XXe siècle par des spectacles récents — entre autres documenté dans Extramoyen, dénoncé dans les deux Glengarry Glen Ross et dramatisé dans La mort d’un commis voyageur —, on se demandait à quel moment allait surgir une création pouvant rendre visible l’influence des systèmes politiques ou économiques actuels sur les esprits, les identités. Après la justesse de son Antioche jouée dans la salle Fred-Barry du Théâtre Denise-Pelletier, on ne peut qu’avoir hâte à la prochaine pièce de l’auteure. Intitulée Nyotaimori, elle sera présentée en janvier au Théâtre d’Aujourd’hui.

    Antioche
    Texte de Sarah Berthiaume. Mise en scène de Martin Faucher. À la salle Fred-Barry du Théâtre Denise-Pelletier jusqu’au 25 novembre. Des supplémentaires sont annoncées.












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