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    «Les bâtisseurs d’empire ou le Schmürz» – Faut que ça saigne

    2 octobre 2017 | Christian Saint-Pierre - Collaborateur | Théâtre
    La pièce met en scène une famille bourgeoise qui fuit le Schmürz, une incarnation du souffre-douleur, du bouc-émissaire.
    Photo: Gunther Gamper La pièce met en scène une famille bourgeoise qui fuit le Schmürz, une incarnation du souffre-douleur, du bouc-émissaire.

    Claude Poissant n’a pas fini de nous étonner. En 2016, pour ouvrir la saison, le directeur artistique du Théâtre Denise-Pelletier avait retenu Le timide à la cour, de Tirso de Molina. Un pari risqué, relevé haut la main par Alexandre Fecteau et l’équipe de la Banquette arrière. Cette année, continuant à tourner le dos à la facilité, Poissant a confié une pièce de Boris Vian, Les bâtisseurs d’empire ou le Schmürz, à Michel-Maxime Legault.

     

    Pour le talentueux metteur en scène, qui dirige le Théâtre de la Marée Haute depuis 2006, il s’agit, sauf erreur, d’un premier grand plateau. Un défi qu’il aborde avec la même rigueur physique et verbale, ce sens consommé de l’absurde, cet humour sombre et grinçant, cette folie douce et néanmoins inquiétante qui caractérisaient ses premiers spectacles, à commencer par Rhapsodie-Béton, une pièce de Georges Michel présentée en 2007 à l’Espace Geordie.

     

    Créée en 1959, la pièce de Vian, dystopie cocasse et cruelle, vieillotte en même temps qu’éminemment actuelle, rappelle celles de Beckett et d’Ionesco tout en présentant quelque chose de typiquement vianesque, une grande vivacité d’esprit, mais toujours mâtinée de mélancolie. On a ici affaire à une famille en cavale. Le clan, qui comprend un père, une mère, une adolescente et une domestique, sans oublier le voisin, continuellement dans leur sillage, ne cesse, pour fuir un bruit, une rumeur qui les terrifie, de transporter leurs pénates à l’étage au-dessus. Mais ce qu’ils tentent de semer déménage avec eux : le Schmürz, souffre-douleur, bouc émissaire, incarnation de tout ce que les petits bourgeois méprisent et refoulent.

     

    Dans un salon dont les murs décatis se referment peu à peu sur eux, une pièce pour ainsi dire suspendue au-dessus du vide, surplombant les restes fumants d’un monde en déliquescence, les membres de la famille se laissent lentement, mais certainement, conquérir par l’angoisse. L’adolescente (Marie-Pier Labrecque) se rebelle. La bonne (Marie-Ève Trudel) se rebiffe. Le voisin (Olivier Aubin) s’agite. Le père et la mère (Gabriel Sabourin et Josée Deschênes) perdent à vue d’oeil le contact avec la réalité. Quant au Schmürz (Sasha Samar), il prend sans broncher les coups toujours plus nombreux et violents qu’on lui assène.

     

    En s’appuyant sur une solide distribution, le spectacle de Michel-Maxime Legault rend justice à la grande virtuosité de ce théâtre du langage. À ce chapitre, les envolées synonymiques de Cruche, la bonne, sont tout simplement jouissives. Hormis le recours superflu aux chansons de Vian, couplets et refrains placés ici et là dans la bouche des personnages, la cohérence esthétique du huis clos impressionne. De l’espace aux costumes, des éclairages à la musique, le metteur en scène s’assure de l’adhésion du spectateur-citoyen, adulte aussi bien qu’adolescent.

    Les bâtisseurs d’empire ou le Schmürz
    Texte : Boris Vian. Mise en scène : Michel-Maxime Legault. Au Théâtre Denise-Pelletier jusqu’au 21 octobre.












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