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    «Je disparais», une histoire de perte

    2 octobre 2017 | Marie Labrecque - Collaboratrice | Théâtre
    Devant l’effondrement de leur monde, les personnages d’Arne Lygre inventent aussi des scénarios, souvent horribles, de situations que seraient en train de vivre des êtres imaginés.
    Photo: Matthew Fournier Devant l’effondrement de leur monde, les personnages d’Arne Lygre inventent aussi des scénarios, souvent horribles, de situations que seraient en train de vivre des êtres imaginés.

    Lisible à plusieurs niveaux, en partie insaisissable, le texte du Norvégien Arne Lygre est fascinant à sonder. Sous l’apparente simplicité de son écriture, où l’univers est mis au monde par le langage, la pièce semble ouverte aux interprétations. Une angoisse émane de sa trame, dramatique mais assez floue. On peut y voir notre rapport, compassionnel mais distant, à la tragédie des réfugiés. Mais, menant le spectateur à se questionner sur l’identité, la relation au mystère de l’autre, Je disparais recèle bien davantage.

     

    Poussée par une situation chaotique indéterminée, une femme (Marie-France Lambert) doit quitter son foyer, là où elle avait toujours vécu, l’espace de « son possible et de ses limites ». Son amie (Macha Limonchik) et la fille de celle-ci (Larissa Corriveau) l’accompagnent dans sa fuite. Mais pas son mari (James Hyndman, qui a la difficile tâche de n’apparaître qu’à la toute fin du spectacle), qui ne les a pas rejointes comme prévu. Au fil de cet exode incertain, la protagoniste va voir ses proches disparaître un à un. On se dissout sans la présence de l’autre.

     

    Devant l’effondrement de leur monde, les personnages d’Arne Lygre inventent aussi des scénarios, souvent horribles, de situations que seraient en train de vivre des êtres imaginés. Des destins qui semblent donner corps à leurs inquiétudes — « ça nous définit, ce qui nous fait peur ». Illustrant le pouvoir de la fiction, ces récits à la fois noirs et ludiques montrent souvent des êtres aimés séparés par la mort, ou par le choix de la survie posé par l’un d’eux. Histoires exposant notre solitude fondamentale. Car peut-on réellement se mettre dans la peau d’autrui ? demande la pièce. Ou même seulement dans celle de cet autre, si différent, qu’on était soi-même dans le passé…

     

    Sur la scène du Prospero, ce territoire de l’imaginaire est délimité par un carré de lumière. Le concepteur d’éclairages François Marceau fait un travail particulièrement contrasté, passant d’une obscurité parfois totale (terrifiante scène, vraiment anxiogène, de personnages pris sous les décombres) à une lumière pleine qui ne permet pas au public de se dérober.

     

    Cette histoire de perte jusqu’à la disparition est montée dans une arène complètement nue, qu’encerclent les gradins. Comme si la metteure en scène Catherine Vidal voulait le moins de barrières possible entre la pièce et les spectateurs, nous refusant les apprêts de la fable. Certains choix de la production semblent discutables (ces costumes peu seyants), mais sa proposition a le mérite de faire entendre le texte riche de Lygre.

     

    Et ce, malgré une dernière partie qui paraît moins forte. Ou peut-être le spectacle se ressent-il de la… disparition de Marie-France Lambert. La brillante comédienne est accompagnée par des partenaires talentueux, mais c’est elle qui soutient véritablement cet univers. Et qui paraît en maîtriser le mieux l’écriture aux singulières résonances.

    Je disparais
    Texte d’Arne Lygre. Traduction de Guillaume Corbeil. Mise en scène de Catherine Vidal. Au Théâtre Prospero, jusqu’au 21 octobre.












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